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Dominique Lafont : "Les accusations contre Bolloré relèvent de la pure calomnie"

13/04/2011 à 13:07
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Le 29 mars, au siège de Bolloré à puteaux (région parisienne). Le 29 mars, au siège de Bolloré à puteaux (région parisienne). © Vincent Fournier/J.A.

Le 8 mars, la Guinée résiliait la concession de Getma sur le terminal à conteneurs du port de Conakry. Depuis, la tension est à son comble entre les deux groupes français, qui se livrent un combat sans merci.

Rendre coup pour coup. La bataille franco-française entre les groupes Getma (NCT Necotrans) et Bolloré pour la maîtrise du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry ne souffre aucune… concession. Du moins pour l’instant. Les deux camps – qui coopèrent par ailleurs à travers une société commune, SMTC, dans des ports au Cameroun, au Gabon et au Bénin – évoluent dans un climat délétère, et le conflit est parti pour trouver un épilogue devant la justice. À moins que, au final, un accord soit préféré pour éviter un déballage devant les tribunaux des dessous des négociations des contrats de concession, qui écornerait leur image ainsi que celle des autorités guinéennes.

Pour l’instant, l’heure est à la démonstration de force. Le 8 mars, le décret présidentiel résiliant la concession accordée en septembre 2008 à Getma, à la suite d’un appel d’offres international, a été lu à la télévision guinéenne au journal du soir. Une réquisition de soixante jours des installations portuaires a suivi. Une demi-heure plus tard, des policiers et des militaires occupaient les locaux de Getma et, dès le lendemain matin, six salariés du groupe Bolloré, dont le directeur juridique, le futur directeur d’exploitation, un informaticien et un mécanicien, investissaient les lieux. Le 10 mars, Bolloré Africa Logistics signait une nouvelle convention de concession du port pour vingt-cinq ans, ainsi qu’un contrat d’assistance destiné à aider les autorités du port de Conakry à reprendre en main les équipements jusqu’à l’arrivée opérationnelle de Bolloré en avril.

S’estimant « spolié », NCT Necotrans a déposé plainte le 16 mars auprès du parquet de Paris pour « des faits pouvant relever d’infractions pénales ». Le groupe accuse les équipes de Bolloré de « soustraction frauduleuse de biens appartenant à autrui », en clair du vol des équipements portuaires, des ordinateurs et des logiciels de Getma à Conakry. Surtout, le groupe a demandé l’ouverture d’une enquête judiciaire avec commission rogatoire internationale pour déterminer si les relations étroites entre Alpha Condé et Vincent Bolloré ont joué. En même temps, NCT Necotrans a saisi l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada, à Abidjan), pour une procédure d’arbitrage qui prendra… des années. En attendant, Dominique Lafont, directeur général Afrique du groupe Bolloré, livre sa version des faits… et contre-attaque. Interview.

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Jeune Afrique : Le 10 mars, vous avez signé personnellement le contrat de concession du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry. Avez-vous enfin évincé Getma et repris le port ?

Dominique Lafont : Nous n’avons pas évincé Getma, c’est une décision légitime et légale du président Alpha Condé. Depuis l’avènement de l’alternance politique en Guinée, l’administration a procédé à la relecture de contrats d’infrastructures et miniers conclus pendant les dernières années de la longue dictature finissante. Pour le port, l’État a résilié pour défaillance la convention de concession qui liait l’autorité portuaire à Getma depuis 2008, et s’est retourné vers les autres participants à l’appel d’offres. Nous étions numéro deux, et avons bien entendu maintenu notre offre.

Quand la convention entrera-t-elle en vigueur et quel est votre projet ?

Il faut que nous libérions une caution bancaire de 4 millions d’euros, qui est prête. Nous devons aussi apporter du matériel de manutention sur place. Ce n’est qu’alors que nous pourrons vraiment commencer, sans doute courant avril. Au total, nous investirons 500 millions d’euros sur vingt-cinq ans, dont 150 millions les trois premières années. On veut faire passer la longueur du quai du terminal à conteneurs de 300 à 900 m, et la profondeur de 10 à 13,5 m. Le port sera connecté au chemin de fer pour dégager les conteneurs vers un port sec et éviter à Conakry la noria de centaines de camions par jour. Nous espérons ainsi désenclaver le Mali et le Burkina Faso.

Getma parle de spoliation et laisse supposer un « pacte de corruption » entre Alpha Condé et Vincent Bolloré…

Quand vous déposez une plainte pour corruption, en l’occurrence contre X mais en visant clairement le groupe Bolloré, vous avez intérêt à avoir un dossier consistant. Je peux vous affirmer que le dossier est complètement vide. Tout cela est faux et relève de la pure calomnie.

De votre côté, vous pilonnez la concession accordée à Getma en 2008.

Nous ne faisons que nous poser des questions sur les conditions d’attribution de cette concession en nous appuyant sur des faits. Pourquoi Getma a-t-il obtenu une exonération fiscale totale pendant toute la concession des droits, alors que Bolloré paiera au terme de la convention que l’on vient de signer 400 millions d’euros d’impôts pendant vingt-cinq ans ? Dans nos treize concessions en Afrique, il n’y a jamais eu une telle clause léonine.

Comment expliquer que la direction du Port autonome de Conakry ait été délibérément écartée du processus d’appel d’offres en 2008, ce qui est contraire à toutes les règles du métier ? Comment expliquer que Getma, dans son dossier technique, ait obtenu une note supérieure à la nôtre en matière de construction et de gestion portuaire, alors qu’il ne gère aucun port et que nous en gérons treize ?

Pourquoi n’avoir rien dit en 2008 ?

Dois-je vous rappeler le contexte sulfureux qui existait à l’époque ? Le président Conté, mourant, qui suspend la convention de concession octroyée à Getma, puis Dadis, nouvel homme fort de Guinée, qui la suspend à nouveau avant de la signer… L’environnement était empoisonné.

Ce n’est plus le cas, malgré les relations très proches entre Alpha Condé et Vincent Bolloré ?

Vincent Bolloré est l’ami d’Alpha Condé depuis vingt-cinq ans, quand l’opposant de toujours ne représentait qu’une conviction forte sans moyens et sans troupes. Il vaut mieux être l’ami d’Alpha Condé que celui de Dadis Camara. Avec Alpha Condé, le changement est abyssal et j’espère que cela entraînera des changements forts dans le développement de la Guinée.

On parle de faveur. Vincent Bolloré a-t-il financé la campagne d’Alpha Condé avec l’appui d’Euro RSCG ?

Il n’y a eu aucune faveur. Le président Condé l’a d’ailleurs dit et répété dans les médias français. Euro RSCG fait la campagne de beaucoup de personnalités, depuis des décennies, et ce n’est pas parce que le groupe Bolloré est entré au capital de Havas qu’Euro RSCG doit s’abstenir de toute activité en Afrique. D’autant plus que nos activités sont radicalement différentes. Ils agissent sur des personnalités politiques et sur du court terme, nous agissons sur des infrastructures et une vision à long terme. Il est assez naturel qu’Alpha Condé demande à Euro RSCG, qui a une bonne expérience africaine, de l’assister dans sa campagne. Et, bien entendu, ce n’était pas à titre gracieux, Euro RSCG facture ses clients.

Vous travaillez avec Getma dans des concessions portuaires au Bénin, au Cameroun et au Gabon. Cette affaire se terminera-t-elle par un accord ?

Je vous rappelle que Getma ne dispose, en tout et pour tout en Afrique, que de participations financières minoritaires dans ces trois ports, participations obtenues grâce au groupe Bolloré. Pour l’instant, il n’est pas question de trouver un accord avec quelqu’un qui vous insulte et vous calomnie. On verra bien comment les choses évolueront. Qu’ils commencent par retirer leur plainte et on verra bien après.

En attendant une solution à ce conflit, le groupe a présenté de bons résultats 2010. Sur quoi reposent-ils ?

Au-delà des chiffres et des résultats clairement positifs et en progression (près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, + 11 %), 2010 a été une année riche en développements. Nous avons obtenu trois nouvelles concessions portuaires : Lomé, Misrata, Freetown et une quatrième à Conakry début 2011. Nous avons bien progressé à Lagos et à Pointe-Noire. Ces développements succèdent à d’autres victoires au Bénin et au Congo. Et nos affaires ont beaucoup progressé dans les territoires anglophones, qui représentent plus de 40 % de notre chiffre d’affaires.

Comment vivez-vous la situation en Côte d’Ivoire ?

La Côte d’Ivoire a subi de plein fouet la politique de sanctions prises par l’Union européenne et la césure politique du pays. Au port d’Abidjan, les volumes ont diminué de 70 %, la plupart des armateurs ont cessé de faire escale. Dans le transport ferroviaire, Sitarail a cessé de fonctionner à la demande des autorités militaires. Le cacao n’est plus exporté, le système bancaire est atrophié. Je n’ai jamais vu une économie subir autant de coups en aussi peu de temps et de manière aussi brutale.

Et vos projets en Afrique du Nord ?

En Algérie, nous sommes toujours en négociations pour le port sec de Skikda, que nous avons gagné en concession en 2007. En Libye, la visibilité est pratiquement nulle. En Égypte, notre partenariat avec Orascom nous permettra d’apprécier les opportunités portuaires. Au Maroc, nous n’avons jamais eu d’opportunités sérieuses. Mais tout est très ouvert. Le développement du continent sera tel qu’il aura besoin de beaucoup plus de ports dans les vingt ans qui viennent. 

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