14/04/2011 à 16h:00 François Soudan
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M. Issoufou et S. Oumarou plaisantant devant un bureau de vote, le 12 mars à Niamey. M. Issoufou et S. Oumarou plaisantant devant un bureau de vote, le 12 mars à Niamey. © Djibo Tagaza pour J.A.

Le 14 mars 2011, la Commission électorale nationale indépendante du Niger annonce la victoire de Mahamadou Issoufou au second tour de la présidentielle avec 58 % des suffrages. Une victoire de la démocratie mais aussi de tous les Nigériens.  

Un candidat qui, quatre jours à peine après le scrutin, prend acte de la victoire de son adversaire, le félicite et renonce publiquement à exercer son droit au recours. Un élu qui rend hommage à son concurrent et salue ceux qui n’ont pas voté pour lui, parce qu’en agissant ainsi « ils ont vivifié la démocratie »…

Ce n’est pas le scénario fictif et rêvé de la présidentielle ivoirienne avant qu’elle ne bascule dans le cauchemar, mais, mot pour mot, le script qu’ont coécrit sous nos yeux, en ce mois de mars 2011, à Niamey, deux hommes d’État : Mahamadou Issoufou le vainqueur et Seini Oumarou le battu. Si l’on ajoute à cela une junte militaire exemplaire qui, après un an et un mois de transition, rend le pouvoir aux civils à la date prévue, on se dit que désespérer de l’Afrique est décidément une forfaiture. 

Pourtant, s’il est un pays où l’on ne pensait pas qu’un jour les contes de fées deviendraient réalité, c’est bien le Niger. Cet immense losange aux trois quarts désertique, à mille kilomètres de la mer la plus proche, avec ses huit mois de saison sèche et torride balayée par l’harmattan, a toujours été de ceux où la politique, comme le climat, ne donnait pas dans la nuance. Le pays de Hamani Diori, de Seyni Kountché, d’Ibrahim Maïnassara Baré, de Mamadou Tandja et de quelques autres a connu son lot de coups d’État, de dictatures, de corruption, de famines, de rébellions armées et, même, d’assassinats au sommet de l’État : un président et une première dame en exercice y ont connu une fin tragique.

L’uranium, cet autre pétrole des sables, entré en exploitation il y a quarante ans et dont la manne financière devait permettre un développement harmonieux, n’a pas empêché que le pays bascule, à la fin des années 1970, de l’état de pauvreté à celui de misère.

C’est sur ce terreau ingrat que l’arbre de la démocratie a lentement pris racine, pour s’épanouir aujourd’hui. Le mérite en revient à une classe d’hommes politiques responsables et d’officiers patriotes, à l’image du chef de l’État sortant, le général Salou Djibo, qui ont su s’opposer aux dérives d’un régime de restauration autoritaire sans renoncer à leurs principes. Il en revient aussi à un électorat mature, familier des joutes démocratiques et depuis longtemps éduqué à la contestation pacifique par une longue tradition de revendications syndicales.

Pour son décollage attendu, le Niger ne part heureusement pas de zéro. En dépit d’une certaine mal-gouvernance, les bases d’un nouveau départ ont été, au cours de la dernière décennie, restaurées : libéralisation du commerce, restructuration du secteur financier, taux de croissance supérieur à 5 % en 2011, 7 % espérés en 2012, et amélioration des indices – parmi les plus bas du monde – de développement humain et social.

La tâche qui attend le président Issoufou, élu à son quatrième essai depuis 1992, signe d’une belle obstination, est lourde. Pour l’accomplir, le nouveau chef de l’État nigérien jouit sur le plan symbolique d’un double totem. Son surnom : Zaki, « le lion » en haoussa. Et la couleur fétiche de toute sa campagne : le rose. La force et la tendresse, en somme. Cocktail prometteur. 

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