Entretien avec le ministre du Commerce et du Tourisme au lendemain d'une révolution qui a ébranlé le secteur touristique en Tunisie.
Jeune Afrique : Quel est le bilan de l’impact de la révolution sur le tourisme ?
Mehdi Houas : Sur les deux premiers mois de l’année, nous avons détruit environ 30 000 emplois, et les recettes touristiques ont enregistré une baisse de plus de 40 %. Si nous parvenons à réaliser 60 % de notre objectif de départ, nous aurons sauvé notre saison. Bien que l’activité soit à venir et s’étale entre avril et octobre, nous avons déjà perdu les réservations des familles qui prévoient leurs vacances à l’avance. De plus, la Tunisie recevait 2 millions de Libyens chaque année : la situation du pays voisin est un nouveau coup dur pour notre industrie touristique.
Que deviendront les biens des Ben Ali-Trabelsi dans le secteur ?
Nous avons répertorié 25 hôtels appartenant au clan Ben Ali-Trabelsi. Ils ont tous été nationalisés et mis dans un fonds. Une réflexion est actuellement en cours pour voir la façon dont ce fonds pourra être redistribué au peuple tunisien.
Les opérateurs tunisiens doivent-ils brader les tarifs pour attirer les touristes ?
Je leur ai demandé dès le départ de ne pas céder à la facilité. 2011 sera une année très difficile, il est certain que le secteur perdra de l’argent. Mais on peut éviter de brader les tarifs et regarder les choses différemment en se disant qu’on est en train d’investir pour l’année prochaine. En Allemagne [au salon du tourisme de Berlin, du 7 au 11 mars, NDLR], j’ai été provocateur et je leur ai dit : “Si j’étais vous, j’augmenterais les prix de 10 % ou 15 %. C’est une quote-part citoyenne.”
Quelles sont vos priorités aujourd’hui ?
Le secteur touristique est à revoir de fond en comble. Dans l’immédiat, ma responsabilité est d’opérer une relance avec l’offre dont dispose la Tunisie actuellement, et franchement, le produit n’est pas mauvais. Mais la Tunisie ne doit pas se limiter à une offre bon marché, elle possède les compétences pour proposer des prestations haut de gamme. En attendant, nous allons dès cette année faire la promotion du centre du pays, notamment autour des sites archéologiques : une réflexion est en cours pour les valoriser avec des sons et lumières et y installer des infrastructures de base.
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Propos recueillis par Julien Clémençot.

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