Extension Factory Builder

Francis Sorin : "Le nucléaire a une image dégradée, mais nous en avons besoin"

29/03/2011 à 17:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Cheminées d'une centrale nucléaire. Cheminées d'une centrale nucléaire. © AFP

La catastrophe au Japon met en lumière les risques de cette technologie, mais selon cet expert, les besoins énergétiques sont tels qu’il est inenvisageable de s’en passer.

Jeune Afrique : Comment expliquer une telle série de défaillances dans la centrale de Fukushima ?

Francis Sorin : La centrale puisait l’eau de refroidissement dans la mer, mais le tsunami a détérioré ses pompes et bloqué le système de refroidissement. Le cœur des réacteurs [sur les six réacteurs, trois étaient à l’arrêt au moment de la catastrophe, NDLR] a alors commencé à chauffer. Les systèmes de secours et les groupes électrogènes n’ont pu prendre le relais car le tremblement de terre avait également mis hors d’usage le réseau électrique.

Francis Sorin, directeur du Pôle information de la Société française d'énergie nucléaire. ©D.R.

Pourquoi et comment cette surchauffe du cœur du réacteur conduit à une explosion ?

Les éléments combustibles n’étant plus immergés, ils produisent avec l’air de l’hydrogène – qui, au contact de l’oxygène, explose. Puis, étant donné la très forte température, l’eau se transforme en vapeur d’eau. Ce mélange vapeur-hydrogène provoque une surpression. Les ingénieurs de Tepco, l’exploitant, ont alors dépressurisé l’enceinte de confinement en le rejetant dans le bâtiment. Ils savaient qu’ils risquaient une explosion, mais c’était un moindre mal : mieux vaut une explosion de la structure du bâtiment que dans la cuve du réacteur.

Comme à Tchernobyl ?

La centrale de Tchernobyl n’avait pas d’enceinte de confinement. Le cœur en fusion s’est donc retrouvé à l’air libre. Qui plus est, l’incendie du graphite [forme de carbone utilisée à Tchernobyl] a propulsé les produits radioactifs dans l’atmosphère.

Quels sont les risques de contamination à Fukushima ?

À partir du moment où des matières radioactives s’échappent lors de l’explosion, il y a contamination, mais à faible intensité. En revanche, si les enceintes de confinement lâchent, les éléments très radioactifs du cœur vont émettre par rayonnement des radiations autour du site. C’est ce que l’on appelle l’irradiation. Et puis il y a la contamination via les retombées d’atomes radioactifs qui se répandent dans l’environnement.

Cette catastrophe au Japon peut-elle remettre en cause l’appétence pour l’énergie nucléaire au niveau mondial ?

Oui. Le nucléaire va avoir une image dégradée, mais nous en avons besoin. La population sera de 9 milliards d’habitants en 2050, la demande énergétique va donc augmenter, même si on fait des économies. Or les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon), sur lesquels on s’appuie pour produire 85 % de l’énergie mondiale, sont en voie de raréfaction et émettent des gaz à effet de serre, dont le CO2. Le nucléaire (6,5 %) est, lui, capable de prendre le relais, car les autres énergies renouvelables ne peuvent répondre à la demande : l’hydraulique ne représente que 2,5 % de la production, le solaire et l’éolien oscillent entre 1 % et 2 % malgré de considérables investissements, le reste étant de la biomasse.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Dans ce quatrième billet consacré au déclenchement du génocide des Tutsis de 1994, Laurent Touchard* poursuit l'analyse des éléments brandis par les ex-partisans des Forces armées r[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Inde : qui brisera la vague safran ?

Personne, sans doute. Face à un parti du Congrès à bout de souffle, les nationalistes hindous du BJP, qui ont choisi cette couleur pour emblème, ont toutes les chances de remporter les[...]

Le propos raciste qui fait du bien

Peut-on utiliser les clichés pour mieux les dynamiter ? Des étudiants français répètent les saillies caractéristiques du racisme ordinaire pour en souligner[...]

Justice : après Simbikangwa, qui ?

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).[...]

Birmanie: Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie, est décédé

Win Tin, emprisonné pendant 19 ans pour son combat contre l'ancienne junte birmane, est décédé lundi à l'âge de 84 ans, a indiqué la Ligue nationale pour la démocratie[...]

Les quatre journalistes otages en Syrie sont de retour en France

Libérés le 19 avril, les quatre journalistes qui avaient été faits otages en Syrie dix mois auparavant ont regagné la France dimanche. Ils ont décrit des conditions de détention[...]

France : François Hollande accueille les quatre journalistes libérés en Syrie

Les quatre journalistes français libérés samedi après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda, sont arrivés en[...]

Les quatre journalistes français otages en Syrie sont libres, retour d'ici dimanche matin

Les quatre journalistes français otages en Syrie depuis 10 mois ont été libérés samedi et sont "en bonne santé", a annoncé le président François Hollande,[...]

Chine : le baiser du Dragon

De Taïwan à Hong Kong et de Bangkok à Jakarta, la République populaire de Chine étend les tentacules de son économie surpuissante. Beaucoup lui reprochent d'avoir l'affection un brin[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces