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Xavier Darcos : "La culture doit soutenir la diplomatie"

25/03/2011 à 12:08
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Xavier Darcos. Xavier Darcos. © Vincent Fournier pour J.A.

L’ancien ministre dirige depuis le 1er janvier l’action culturelle extérieure de la France. Il sera amené à piloter des événements comme la Biennale de Venise et les Rencontres photo de Bamako.

En pleine débâcle de la diplomatie française – démission de Michèle Alliot-Marie, naufrage de l’année du Mexique – l’ancien ministre de l’Éducation Xavier Darcos a pris les rênes de l’Institut français, nouvel outil de promotion de la culture à l’étranger. Plus politique que son prédécesseur Olivier Poivre d’Arvor, mais bien moins habité par l’Afrique, cet ancien proche de Nicolas Sarkozy « bricole » pour l’instant l’établissement public à caractère industriel et commercial qui remplace Culturesfrance, sous la tutelle du seul Quai d’Orsay. Objectif : faire de ce véhicule du soft power « une Ferrari ». Si la carrosserie a l’aspect du neuf, le rodage permettra d’évaluer la puissance du moteur. Pour l’heure, le pilote semble à peine entamer la phase d’échauffement.

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Jeune Afrique : L’Institut français, que vous dirigez, a vu le jour le 1er janvier. Comment s’est passée la transition avec Olivier Poivre d’Arvor ?

Xavier Darcos : Très bien. Mais c’est une mutation plus qu’une transition. L’association Culturesfrance vivait sous la double tutelle du Quai d’Orsay et du ministère de la Culture. Elle avait des compétences et des missions précises tournées vers l’action culturelle, les grands projets à caractère artistique. L’Institut français a, lui, une structure différente et une ambition plus large. C’est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la seule tutelle du ministère des Affaires étrangères. Cela signifie qu’en fonction de sa stratégie le Quai d’Orsay sollicite l’Institut français pour, via la culture, venir soutenir sa politique diplomatique. La culture ne se réduit pas aux artistes – même si c’est important.

À quoi pensez-vous ?

La culture, c’est aussi faire valoir les idées, les valeurs propres à notre nation dans le domaine de la gouvernance, des droits de l’homme, des relations Nord-Sud… C’est accroître la présence française dans les think-tanks, élargir nos compétences dans le domaine du livre, de la traduction, de l’édition…

Quelles sont les principales orientations que vous souhaitez donner à l’Institut français ?

Je n’ai pas beaucoup d’idées personnelles à avoir. La loi votée par le Parlement est extrêmement précise. Moi, j’applique ce que mon ministère de tutelle me demande de faire.

Vous parlez comme un diplomate…

Aujourd’hui, la guerre d’influence est aussi importante que la guerre économique.

L’Institut français n’est plus sous la tutelle du ministère de la Culture. Est-ce à dire que c’est le Quai d’Orsay qui définit les orientations de la politique culturelle de la France à l’étranger ?

Que dit la diplomatie ? Que nous devons être présents dans les pays émergents, dans les pays du Golfe… Elle s’en tient là. Nous avons un cadre d’action géopolitique dans lequel nous gérons librement nos projets. La tutelle n’intervient en rien dans les grandes manifestations dont nous avons l’initiative.

De quel budget disposez-vous ?

Le budget de Culturesfrance tournait autour de 21-22 millions d’euros. Celui de l’Institut français est de 45 millions d’euros. Sans compter les fonds qui seront levés par les appels à projet qui représentent environ 166 millions d’euros. Cela nous met en situation comparable avec le Goethe Institut ou le ­British Council – même si les Chinois sont en train de lancer un réseau immense.

Quels sont vos projets pour ­l’Afrique ?

Certains projets existants constituent un axe majeur de la politique culturelle française à l’étranger. Dans le domaine du cinéma, nous nous impliquons dans la diffusion et la conservation du patrimoine cinématographique africain. Nous essayons de constituer une cinémathèque Afrique. Nous organisons une rétrospective consacrée à Sotigui ­Kouyaté. Au Festival de Cannes, le pavillon « Les cinémas du monde » accueillera des professionnels africains. Et nous avons aussi un projet de diffusion du cinéma français sur le continent. Nous disposons aussi de programmes concernant le livre, avec une présence au salon de Paris, en mars. Chaque année, l’Institut français, ex-Culturesfrance, valorisait un pays d’Afrique ou de la Caraïbe. Cette année, nous allons honorer Haïti.

Culturesfrance soutenait fortement les Rencontres photo de Bamako et la biennale de la danse. Comptez-vous demander aux pays qui les accueillent de s’impliquer plus ?

Pas que je sache. Les événements comme Danse l’Afrique danse !, l’Afrique est à la mode ! et Regards Bénin sont des vitrines : il y a là un immense travail en matière de soutien à la création. Nous n’avons pas l’intention de les céder à qui que ce soit. Il n’y a aucune inquiétude à ce sujet. Nous avons quelques problèmes à Bamako en raison de la situation politique [liée à la présence d’Aqmi, NDLR], mais nous avons la ferme intention de poursuivre ces projets.

Quels sont vos liens avec l’Afrique ?

Je connais très bien ce continent, évidemment. J’ai été ministre de la Coopération et de la Francophonie. J’y suis allé très souvent. Comme tous ceux qui en sont venus à s’occuper de questions africaines, je suis passionné par ce continent. J’y ai gardé des liens.

Après les remous de l’affaire ­Florence Cassez, de nombreuses manifestations de l’année du Mexique sont annulées. N’êtes-vous pas gêné par une forme d’instrumentalisation de la culture ?

Je ne porterai pas de jugement, quoi que j’en pense, sur la manière dont cette affaire a été traitée sur le plan politique. Nous sommes l’opérateur principal de l’année du Mexique. Les choses vont très mal, le Mexique ayant pris une décision très ferme consistant à considérer que rien ne se fera. Tout cela est fâcheux. Aujourd’hui, nous sommes chargés de démonter l’année du Mexique.

Est-ce que la diplomatie culturelle, le soft power, ça n’aurait pas été prendre les choses à l’envers : essayer, grâce à l’année du Mexique, de résoudre une crise diplomatique ?

[Silence.] Pas de commentaire.

Qu’est-ce que la diplomatie culturelle, alors ?

C’est apporter l’appui de l’action culturelle à la diplomatie sous toutes ses formes. Vouloir lier une définition globale de la diplomatie culturelle avec les événements précis d’aujourd’hui, ce serait un peu abusif. La diplomatie culturelle a fonctionné. L’année du Mexique, elle, a fonctionné. La manière dont nous avons organisé les choses avec les Mexicains, dans un contexte tendu, a été presque parfaite. Une crise politique peut naître à un moment et interrompre le processus : c’est autre chose. On ne peut pas lier les deux sujets.

Vous étiez professeur de lettres. Est-ce qu’il y a des auteurs africains que vous appréciez particulièrement ?

Je ne connais pas très bien la littérature africaine. Je connais surtout les écrivains que tout le monde connaît. Je maîtrise mieux la poésie africaine produite entre les années 1960 et 1990 que celle d’aujourd’hui. Ce n’est pas ma spécialité, mais j’y ai consacré un long chapitre dans mon Anthologie historique de la poésie française.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Ce que je fais actuellement est passionnant. Mon successeur aura une Ferrari entre les mains. Moi je suis en train de bricoler, de mettre les pistons, les sièges, de garantir les amortisseurs.

Vous ne vous voyez déjà plus en pilote de la Ferrari ?

Je connais mon année de naissance, 1947, et je sais ce que disent les décrets concernant l’âge limite pour les présidents d’établissement public : entre 65 et 68 ans ! 

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Propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux et Nicolas Michel

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