Extension Factory Builder

Maite Nkoana-Mashabane : "Si les résultats de la présidentielle ivoirienne étaient évidents, l'UA n'aurait pas été saisie"

08/03/2011 à 09:08
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Maite Nkoana-Mashabane, chef de la diplomatie sud-africaine. Maite Nkoana-Mashabane, chef de la diplomatie sud-africaine. © Vincent Fournier/J.A.

À l’occasion de la toute première visite officielle de Jacob Zuma à Paris, les 2 et 3 mars, Nicolas Sarkozy, heureux de démontrer qu’il entretient des liens hors du traditionnel pré carré francophone, a reçu son homologue sud-africain avec les honneurs. Paris et Pretoria sont pourtant loin d’être d’accord sur tout. Et ce sont sur les dossiers diplomatiques, davantage que sur les questions économiques, que les divergences apparaissent. Revue de détail avec Maite Nkoana-Mashabane la ministre sud-africaine des Affaires étrangères.

Jeune Afrique : Pourquoi cette visite en France ?

Maite Nkoana-Mashabane : Parce que le président français a invité le président Zuma, tout simplement. Et parce que la France est un partenaire stratégique. Nous entretenons d’excellentes relations commerciales, il y a plus de cent vingt entreprises françaises en Afrique du Sud, et nous parlons d’une même voix sur la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde sur le dossier ivoirien…

Pour autant que je sache, la Côte d’Ivoire se trouve en Afrique de l’Ouest. Sur le continent, nous gérons nos problèmes à travers nos blocs régionaux. La crise ivoirienne est suivie par la Cedeao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, NDLR]. L’Afrique du Sud, elle, appartient à la SADC [Communauté de développement de l’Afrique australe, NDLR].

Le président Zuma est pourtant membre du panel de chefs d’État mandaté par l’Union africaine (UA) pour trouver une solution à la crise.

Au sein de l’UA, c’est le Conseil Paix et Sécurité qui s’occupe du dossier ivoirien. L’Afrique du Sud en est membre. Il fallait choisir cinq chefs d’État pour représenter chacune des cinq régions du continent, et c’est comme cela que Jacob Zuma s’est retrouvé dans le panel.

Vous avez affirmé que les résultats de l’élection présidentielle qui donnent la victoire à Alassane Ouattara et qui ont été reconnus par la majeure partie de la communauté internationale n’étaient "pas concluants". Comprenez-vous que cela puisse être perçu comme favorable à Laurent Gbagbo ?

Si les résultats étaient aussi évidents, la Cedeao n’aurait pas fait appel à l’UA. Il y a eu une élection en Ouganda, à la mi-février. Il me semble que le scrutin s’est bien passé, que les résultats ont été annoncés et qu’on n’a rien demandé à l’UA, ni qu’il n’a jamais été question d’y envoyer un panel de présidents. Le simple fait que l’UA soit sollicitée montre qu’il y a un problème.

Lors du dernier sommet de l’UA, des dissensions sont apparues entre l’Afrique du Sud et le Nigeria, précisément sur le dossier ivoirien…

Je ne sais rien de tout cela. Ce que je sais, c’est que j’ai été envoyée au Nigeria par le président Zuma dès le 4 janvier. Qu’auparavant, il y avait eu plusieurs conversations téléphoniques entre les présidents Zuma et Good­luck Jonathan. Que pendant le sommet de l’UA, ils se sont parlé plusieurs fois. Et que quand je suis moi-même allée en Côte d’Ivoire pour préparer la visite du panel, j’ai facilité une conversation téléphonique entre eux. Voilà ce que je sais.

L’UA manque-t-elle de fermeté à l’égard du colonel Kadhafi, au regard de la gravité de ce qui se passe en Libye ?

Nous avons dit qu’un tel usage de la force était disproportionné. Jamais, en Afrique, on avait eu, comme ça, mille manifestants tués en moins de dix jours.

Ne fallait-il pas aller plus loin et, comme la Ligue arabe, suspendre la Libye ?

L’UA à l’habitude de travailler étape par étape. Avant de suspendre un pays, on envoie une mission sur place. Il ne faut pas oublier que l’UA fait de bonnes choses. C’est l’une des rares institutions où l’on n’autorise pas l’auteur d’un coup d’État à siéger. Où l’on n’accepte pas non plus des dirigeants de transition, qui pourraient se sentir un peu trop à leur aise et être tentés de rester.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Afrique du sud

Afrique du Sud : 'Agaat', chef d'oeuvre de Marlene Van Niekerk

Afrique du Sud : "Agaat", chef d'oeuvre de Marlene Van Niekerk

Dix ans après sa parution, le chef-d'oeuvre de la Sud-Africaine Marlene Van Niekerk est enfin traduit en français. Un roman qui explore dans toute leur ambiguïté les relations Blancs-Noi[...]

L'Afrique part à la pêche aux "islamodollars"

Au Maghreb comme au sud du Sahara, les produits financiers compatibles avec la charia se multiplient. Autant de vecteurs qui permettent aux pays du Golfe d'investir dans les infrastructures.[...]

Afrique du Sud : le marché noir a avalé le marché blanc

Vingt ans après la disparition de l'apartheid, le consommateur sud-africain n'est plus noir ou blanc. Les différences sont largement fonction des revenus et du mode de vie, comme dans un pays "normal", ou[...]

Afrique du Sud : 1 Rwandais et 3 Tanzaniens jugés coupables de la tentative d'assassinat sur Nyamwasa

Quatre individus ont été jugés coupables vendredi de la tentative d'assassinat en 2010 de Faustin Kayumba Nyamwasa, l'ancien chef d'état-major du président rwandais Paul Kagamé avec qui il[...]

Afrique du Sud : Laurence Chibwe, père du théâtre de Soweto

Rouge, jaune, bleu, trois gros cubes colorés adossés à d'incroyables façades courbes couvertes de céramiques : impossible de manquer le théâtre de Soweto. Construire un lieu[...]

Afrique du Sud : Y Tsai transforme les conteneurs en salles de classe

Le Tsai Design Studio pousse loin la transformation des conteneurs. Sa spécialité : les salles de classe.[...]

Afrique du Sud : les dates-clés du procès d'Oscar Pistorius

Pendant cinq mois, le procès d'Oscar Pistorius a fait la une des journaux. Accusé d'avoir tué sa petite-amie Reeva Steenkamp le soir de la Saint-Valentin 2013, le champion paralympique sera fixé sur son[...]

Ces magnats africains qui dament le pion aux multinationales

Ils ont mis en place des services, une production et une distribution locale : une poignée d'hommes d'affaires dominent leur marché et partent à la conquête du continent.[...]

Afrique du Sud : Sandton, au paradis des nantis...

Bienvenue à Sandton, banlieue huppée de Johannesburg. Les prix de l'immobilier y sont les plus élevés d'Afrique, et les boutiques y proposent les marques les plus chères. Pauvres[...]

Afrique du Sud : Carin Smuts, guérir la société à travers l'architecture

L'architecte sud-africaine Carin Smuts, adepte des solutions "locales", conçoît des projets dont la finalité dépasse la simple construction. Il y est question d'humanisme, de réinsertion[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex