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Fatima Bhutto : "C'est Asif Ali Zardari qui a le mieux tiré son épingle du jeu"

01/03/2011 à 15:29
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Fatima Bhutto, la nièce de Benazir Buttho. Fatima Bhutto, la nièce de Benazir Buttho. © Reuters

Nièce de l’ancienne Première ministre pakistanaise assassinée en 2007, Benazir Bhutto, Fatima Bhutto a écrit "Le chant du sabre et du sang" pour raconter la légende familiale.

Fatima Bhutto (28 ans) est la petite-fille de Zulfikar Ali Bhutto, l’ancien président du Pakistan exécuté en 1979. Benazir, sa tante, fut deux fois Première ministre, avant de tomber sous les balles d’un assassin. Mir Murtaza, son père, fut tué par la police, à l’époque (1996) où sa sœur Benazir dirigeait le gouvernement. C’est en hommage à ce père adoré que Fatima a écrit Le Chant du sabre et du sang, qui a paru le 3 février en français (chez Buchet-Chastel). Elle y retrace l’épopée familiale, inextricablement mêlée à l’histoire du Pakistan. Et la malédiction qui frappe le clan Bhutto : tous les dix ans, l’un de ses membres est tué.

 

Jeune Afrique : Votre père a été assassiné en 1996. Dans votre livre, vous accusez Benazir, votre tante, d’avoir commandité ce meurtre…

Fatima Bhutto : Je n’avais que 14 ans quand mon père a été tué. Ce livre est avant tout une manière de retrouver ce père tendre et aimant, dont je m’étais un peu éloignée. Ce n’est qu’en 2004, au terme de mes études, que je me suis mise à faire des recherches, à contacter des gens qui ont connu mon père. La mort de Benazir a été traumatisante pour moi. Un autre membre du clan Bhutto disparaissait dans des circonstances violentes… Je l’ai pleurée, mais sa mort n’a rien à voir avec l’écriture de mon livre.

Vous soulignez les ressemblances entre les deux assassinats…

L’un et l’autre ont été tués par balle. Il semblerait que celle qui a tué Benazir l’ait touchée au cou. Mon père avait une blessure à la nuque. Les circonstances de leur mort n’ont pas encore été élucidées. Aucun juge, aucun tribunal ne s’est jamais prononcé sur les responsabilités de la police ou de l’administration pakistanaise dans l’assassinat de mon père. Les policiers impliqués dans la fusillade ont même obtenu de l’avancement.

Qui a tué Benazir ?

Je ne sais pas, tout est tellement confus… À première vue, on est tenté d’incriminer les islamistes, qui, certes, ne voyaient pas le retour de Benazir d’un très bon œil. George W. Bush les a immédiatement montrés du doigt… Étaient-ce les nervis de Musharraf, comme le prétendent les ténors du parti de Benazir ? Il faut se demander à qui a profité le crime. À mon avis, certainement pas à Musharraf, qui avait besoin d’elle pour rester au pouvoir. C’était le deal qu’il avait négocié avec les Américains. Celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu, c’est le veuf [Asif Ali Zardari]. Personne n’a jamais vu le testament dont il a argué pour succéder à son épouse. Je n’en dirai pas plus.

Physiquement, vous ressemblez beaucoup à votre tante, qui avait pour vous une grande affection…

Je l’ai beaucoup aimée, moi aussi. Mais, en réalité, tout nous séparait. J’ai grandi en exil ; elle, au Pakistan, aux côtés de son père Premier ministre. C’est ce qui explique qu’elle privilégiait la dynastie par rapport à la démocratie. Pour ma part, je ne crois pas au droit de naissance en politique. La dynastie est, par nature, intolérante, exclusive. C’est le contraire de la démocratie.

Avez-vous des ambitions politiques ?

Je m’intéresse à la politique comme tout citoyen responsable, mais je ne suis membre d’aucun parti. J’aime trop mon indépendance.

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