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Choi Young-jin : "Il n'y a pas eu de fraudes significatives dans l'ensemble du territoire ivoirien"

23/02/2011 à 10:32
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'Comme Gbagbo, j'y suis, j'y reste', assure Choi Young-jin. "Comme Gbagbo, j'y suis, j'y reste", assure Choi Young-jin. © Vincent Fournier/J.A.

Dure mission que celle du représentant spécial du secrétaire général de l’ONU à Abidjan. Mais l’homme est tenace et dit n’avoir « aucun sentiment personnel » à l’égard du président sortant, qui ne lui pardonne pas d’avoir validé la victoire d’Alassane Ouattara. Interview.

Depuis deux mois, il a dû renoncer à jouer au golf. « Trop compliqué. » Menacé, débordé, Choi Young-jin, 63 ans, ne quitte plus que rarement le quartier général des Nations unies, installé à l’hôtel Sebroko, à Abidjan. C’est là qu’il dort et se tient informé des derniers soubresauts de la crise ivoirienne. « C’est plus sûr et plus pratique. » En octobre 2007, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, a fait de ce diplomate de carrière son représentant spécial en Côte d’Ivoire, avec une mise garde en guise de bénédiction : « Tu n’as pas le droit d’échouer. J’ai engagé ma responsabilité auprès des membres du Conseil de sécurité. »

Trois ans et demi plus tard, Choi Young-jin refuse de s’avouer vaincu. Pourtant, depuis le 2 décembre 2010, date à laquelle il a officiellement validé les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI), qui donnaient la victoire à Alassane Ouattara, il est officiellement devenu la bête noire de Laurent Gbagbo et de ses partisans.

Tour à tour accusé de partialité et d’ingérence dans les affaires ivoiriennes, « le Sud-Coréen » reconnaît quelques maladresses, mais dit ne pas avoir eu le choix. Attaqué dans la presse locale, conspué par Simone Gbagbo, il demeure convaincu que l’ONU n’a pas failli. Et peu importe que Laurent Gbagbo ait demandé le départ de la mission qu’il dirige : c’est à Alassane Ouattara, « seul président légitime », d’en décider.

De retour de New York, où il a fait son rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, il nous a rendu visite à Jeune Afrique, avant de rentrer à Abidjan. Rencontre avec un homme bien décidé à rester en Côte d’Ivoire « aussi longtemps qu’il le faudra ».

Cliquez ci-dessous pour voir sa biographie.

 

Jeune Afrique : Pourquoi l’Onuci [la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire, NDLR] refuse-t-elle de procéder à un nouveau décompte des voix ?

Choi Young-jin : Il faut être très clair. Les bulletins de vote n’existent plus. Après le second tour, on a établi des procès-verbaux pour chacun des 20 000 bureaux de vote et les bulletins ont été détruits. C’est comme cela que ça se passe, tout le monde le sait. Tout ce que l’on peut faire aujourd’hui, c’est recompter les procès-verbaux qui sont conservés au siège de l’Onuci, à l’hôtel Sebroko. Mais pour quoi faire ? On a déjà mis trois jours et trois nuits pour les compter une première fois ; 120 000 agents ont été formés pour cette tâche. Les résultats ne font aucun doute. Et si Laurent Gbagbo ne les accepte pas, c’est parce qu’il a perdu. 

Maintenez-vous qu’il n’y a eu ni violences ni fraudes dans le Nord ?

Il n’y a pas eu de fraudes significatives, ni dans le Nord ni dans l’ensemble du territoire ivoirien. Par endroits, il y a eu quelques irrégularités, oui. Il y a eu des tentatives de blocage, et quelques urnes – trois, très précisément – ont été brûlées. Mais ces incidents ont été rares et n’ont pas influé sur les résultats. D’ailleurs, ce n’est pas dans le Nord mais dans l’Ouest qu’ils ont été recensés.

Dans le Nord pourtant, certains procès-verbaux n’ont pas été signés par les représentants de Laurent Gbagbo…

Rien ne nous y obligeait, mais nous avons décidé de ne pas comptabiliser ces procès-verbaux. Cela représentait à peu près 60 000 voix. Pourtant, le Conseil constitutionnel ne s’est pas contenté d’écarter quelques PV. Il a fait annuler 600 000 voix d’un coup. Et sur ces 600 000 voix, presque 550 000 s’étaient exprimées en faveur d’Alassane Ouattara.

Pourquoi ne pas avoir laissé ­Youssouf Bakayoko, le président de la CEI, proclamer les résultats du second tour depuis le siège de l’Onuci ? Cela aurait évité qu’il le fasse depuis le Golf Hôtel, où était retranché Alassane Ouattara…

Youssouf Bakayoko en avait effectivement fait la demande, puisque les hommes de Laurent Gbagbo l’empêchaient de le faire depuis la CEI. Mais j’étais convaincu que c’était une très mauvaise idée pour la Côte d’Ivoire et pour les Nations unies. Il fallait absolument que les résultats soient proclamés sur le sol ivoirien. Qui aurait accepté que cela se fasse en zone extraterritoriale ? Le Golf Hôtel, c’était la moins pire des solutions.

Mais vous comprenez que cela a été très mal perçu ?

Oui.

Avez-vous encore des contacts avec Laurent Gbagbo ?

J’ai dit à plusieurs reprises que j’étais prêt à le voir, mais je n’ai jamais eu de réponse. En revanche, je suis en contact avec certains de ses officiels, civils ou militaires, comme Alcide ­Djédjé, son ministre des Affaires étrangères, ou Philippe Mangou, le chef d’état-major des armées. 

Qui d’autre ?

Pas de noms. Depuis qu’il a demandé notre départ, Laurent Gbagbo n’aime pas que ses gens soient en contact avec nous.

Laurent Gbagbo ne vous facilite pas la tâche. Il fait bloquer vos approvisionnements, notamment au port d’Abidjan…

Nous vivons une situation de mini-guerre froide, où chacun essaie de faire obstacle à l’autre. Mais dans l’armée de Laurent Gbagbo, il y a aussi des éléments modérés, et quand c’est à eux que l’on a affaire, on peut négocier. Le blocus n’est pas incontournable. On parvient toujours à approvisionner notre quartier général et le Golf Hôtel.

Vous avez demandé un renfort de 2 000 Casques bleus. Pour quoi faire ?

Il est important que nous puissions continuer nos patrouilles, et les renforcer par endroits. Ces 2 000 hommes supplémentaires seront déployés à Abidjan, mais aussi dans l’Ouest, où des civils sont menacés, et sur l’axe Yamoussoukro-Bouaké.

Laurent Gbagbo vous tient pour personnellement responsable de l’impasse dans laquelle se trouve le pays…

Il n’accepte pas que j’aie certifié des résultats qui le donnent perdant. Il n’accepte pas non plus que j’en fasse part à chacun des facilitateurs qui viennent à Abidjan.

La situation ne serait-elle pas plus gérable si vous n’étiez plus à la tête de l’Onuci ?

C’est un point qu’il aurait fallu soulever avant les élections. 

Comment travailler en étant aussi décrié par l’un des deux camps ?

La plupart du temps, je reste dans mon bureau. J’y dors depuis deux mois pour des raisons de sécurité, mais aussi parce que c’est plus pratique. Quand il faut se consulter et prendre des décisions rapidement, on est tous sur place.

Donc il faut que Laurent Gbagbo sache que vous allez rester…

Oui. Comme lui, j’y suis, j’y reste.

N’avez-vous pas, au vu du blocage actuel, un sentiment d’échec ?

Je n’ai pas encore réussi à faire valoir la volonté du peuple, mais je n’ai pas échoué. Je n’ai pas l’intention d’échouer.

Vous arrive-t-il de douter ?

J’ai des moments difficiles. Le 12 janvier, par exemple, la situation était particulièrement tendue à Abobo. Les milices pro-Gbagbo menaçaient de se venger sur des civils pro-Ouattara. Ç’aurait été un massacre ! J’ai réuni tous les renforts que j’ai pu et je suis moi-même allé là-bas. Il a fallu franchir une douzaine de barrages, j’ai été menacé avec un lance-grenade… Mais au final, nous avons pu éviter l’affrontement direct. Si nous n’avions pas pu l’empêcher, alors oui, j’aurais eu un sentiment d’échec. Vous savez, il y a des gens qui évitent les difficultés et les défis, et il y a ceux qui cherchent des solutions. Heureusement, je suis entouré de gens qui appartiennent à la seconde catégorie. Il y a une phrase que l’on aime se répéter entre nous : « My courage always rises with every attempt to intimidate me. » Mon courage s’accroît à chaque fois que l’on cherche à m’intimider : Jane Austen, Orgueil et Préjugés.

L’Union africaine a décidé la mise sur pied d’un panel de chefs d’État. Vous en attendez quoi ?

Mon mandat, c’est d’appuyer le travail du panel et des experts qui l’accompagnent. Mais tout le monde sait que tant que Laurent Gbagbo continuera à contrôler les militaires et les finances il ne changera pas de position.

Laurent Gbagbo vous en veut personnellement ? Et vous ?

Je n’ai aucun sentiment personnel à l’égard de Laurent Gbagbo. Il ne faut pas en vouloir à votre ennemi : cela obscurcit votre jugement.

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Propos recueillis par Anne Kappès-Grangé.

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