Extension Factory Builder
10/01/2011 à 10h:32
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

D'Alger à Tunis, de Bab el-Oued à Sidi Bouzid, (mais aussi il y a peu à Laayoune, au Sahara marocain) le Maghreb est une fois de plus confronté au désespoir d’une partie de sa jeunesse.

Chômage des diplômés, débouchés dévalorisants, inflation, pouvoir d’achat, émigration verrouillée aux portes de la forteresse Europe: les racines du mal sont à la fois communes, connues, et ne sont pour la plupart guère nouvelles. Même si, çà et là, des tentatives d’exploitation ou de récupération politiques de ce malaise existent – indépendantistes au Sahara occidental, islamistes en Algérie, embryon d’opposition en Tunisie –, aucun des régimes en place n’est a priori menacé par une contestation dont l’unique agrégateur semble être pour l’instant le spectacle des images et des messages circulant sur internet. Si elle favorise le caractère insaisissable, éruptif et parfois violent de ces manifestations de colère, l’absence de partis et de syndicats capables de leur donner un sens, de les organiser et de les mener jusqu’à leur terme est pour les dirigeants maghrébins un gage de sécurité structurelle.

Pourtant, nul ne doute que les pouvoirs en place prennent au sérieux ces émeutes contagieuses, qui les fragilisent et les plongent dans un certain désarroi. La photo du président tunisien Ben Ali manifestement choqué, au chevet de Mohamed Bouazizi, obscur chômeur de 26 ans dont le geste suicidaire a déclenché plusieurs semaines de troubles sociaux, en dit long sur les différences de perception entre les élites politiques et la rue maghrébine. Pourquoi un tel désespoir alors que la Tunisie jouit du tissu social le plus équilibré du Maghreb, d’une qualité éducative et sanitaire sans équivalent sur la rive sud de la Méditerranée et d’un cocooning politicosécuritaire aussi efficace qu’émollient ? Pourquoi, malgré des dépenses annuelles considérables consacrées à soutenir les prix des produits de première nécessité et à subventionner l’habitat bon marché, le gouvernement algérien ne parvient-il pas à calmer le front social ? Pourquoi, en dépit des milliards déversés au Sahara par le Maroc depuis trente-cinq ans, les Sahraouis ne se sentent-ils pas réellement intégrés? Pourquoi un peu partout les émeutiers s’en prennent-ils aux symboles de l’État ?

Les réponses sont multiples et complexes. Mais il en est une, essentielle: l’absence de communication entre le pouvoir et le peuple, et plus particulièrement l’attitude trop souvent humiliante, méprisante, que chaque détenteur d’une parcelle d’autorité se croit en devoir d’adopter vis-à-vis des « sujets » dont il a la charge. Ce sentiment de hogra (mépris) est un véritable mal maghrébin dont on semble enfin, en haut lieu, avoir pris la mesure en procédant au renouvellement accéléré de gouverneurs, préfets et autres agents locaux d’encadrement. Reste à savoir si ces remèdes seront suffisants pour en résorber les métastases.

__

Lire nos informations et analyses sur l'agitation sociale au Maghreb dans le numéro 2609 de Jeune Afrique en kiosques jusqu'au 15 janvier.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Oui, l'Afrique change

Editorial précédent :
Gbagbo n'est pas Ben Ali

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Tammam Azzam : 'Les médias peuvent parler de conflit syrien, pour moi c'est une révolution !'

Tammam Azzam : "Les médias peuvent parler de conflit syrien, pour moi c'est une révolution !"

L'artiste syrien Tammam Azzam superpose des oeuvres connues de l'art mondial à la réalité syrienne, par photo-montage. Une manière pour cet exilé de créer "quelque chose qui appartien[...]

Chronologie : l'UA, une institution en mouvement

De la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en mai 1963 à Addis-Abeba à l'élection de la première femme présidente de la Commission de l'Union africaine (UA),[...]

50 ans de l'UA : panafricanisme, la longue marche vers l'unité

Il a fallu la détermination de plusieurs grands leaders pour que le panafricanisme prenne une forme institutionnelle. Mais l'accouchement s'est fait dans la douleur.[...]

Tunisie : Safia Hachicha, révélée par la révolution

Cette ancienne conseillère de Jalloul Ayed, aujourd'hui directrice de Swicorp, s'apprête à lever 50 millions d'euros pour créer un fonds d'investissement dévolu au tourisme.[...]

Tunisie : Alain Chouet, un conseiller français à Tunis

En visite à Tunis le 14 mai, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a annoncé une « intensification des échanges d'informations sécuritaires avec plusieurs pays de la[...]

Terrorisme : la Mauritanie et le Sénégal renforcent leur coopération

Les chefs des armées de Mauritanie et du Sénégal souhaitent renforcer les patrouilles et le contrôle des points de passage à leurs frontières. Objectif ? Mieux lutter contre la menace[...]

Tunisie : malgré les tensions, les introductions en bourse se multiplient

Après une année 2012 atone et malgré un contexte politico-économique difficile, les introductions se multiplient à la BVMT. Principale cause de cette ruée : l'assèchement[...]

Algérie : après 50 ans à la tête du FFS, Hocine Aït Ahmed tire sa révérence

Hocine Aït Ahmed, président historique du Front des forces socialistes (FFS), a démissionné jeudi 23 mai, lors du 5e congrès du parti qui se tient à Alger. Âgé de 86 ans,[...]

Tunisie : la Femen Amina risque deux ans de prison ferme

La Femen tunisienne Amina sera jugée le 30 mai à Kairouan. Elle avait été arrêtée, en possession de spray d’autodéfense, dimanche 19 mai, après avoir peint[...]

(O)UA : quinquagénaire mais toujours adolescent

Le 25 mai, l'institution panafricaine célèbre le 50e anniversaire de la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), entre autosatisfaction prudente et autocritique... plus que timide.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers