D'Alger à Tunis, de Bab el-Oued à Sidi Bouzid, (mais aussi il y a peu à Laayoune, au Sahara marocain) le Maghreb est une fois de plus confronté au désespoir d’une partie de sa jeunesse.
Chômage des diplômés, débouchés dévalorisants, inflation, pouvoir d’achat, émigration verrouillée aux portes de la forteresse Europe: les racines du mal sont à la fois communes, connues, et ne sont pour la plupart guère nouvelles. Même si, çà et là, des tentatives d’exploitation ou de récupération politiques de ce malaise existent – indépendantistes au Sahara occidental, islamistes en Algérie, embryon d’opposition en Tunisie –, aucun des régimes en place n’est a priori menacé par une contestation dont l’unique agrégateur semble être pour l’instant le spectacle des images et des messages circulant sur internet. Si elle favorise le caractère insaisissable, éruptif et parfois violent de ces manifestations de colère, l’absence de partis et de syndicats capables de leur donner un sens, de les organiser et de les mener jusqu’à leur terme est pour les dirigeants maghrébins un gage de sécurité structurelle.
Pourtant, nul ne doute que les pouvoirs en place prennent au sérieux ces émeutes contagieuses, qui les fragilisent et les plongent dans un certain désarroi. La photo du président tunisien Ben Ali manifestement choqué, au chevet de Mohamed Bouazizi, obscur chômeur de 26 ans dont le geste suicidaire a déclenché plusieurs semaines de troubles sociaux, en dit long sur les différences de perception entre les élites politiques et la rue maghrébine. Pourquoi un tel désespoir alors que la Tunisie jouit du tissu social le plus équilibré du Maghreb, d’une qualité éducative et sanitaire sans équivalent sur la rive sud de la Méditerranée et d’un cocooning politicosécuritaire aussi efficace qu’émollient ? Pourquoi, malgré des dépenses annuelles considérables consacrées à soutenir les prix des produits de première nécessité et à subventionner l’habitat bon marché, le gouvernement algérien ne parvient-il pas à calmer le front social ? Pourquoi, en dépit des milliards déversés au Sahara par le Maroc depuis trente-cinq ans, les Sahraouis ne se sentent-ils pas réellement intégrés? Pourquoi un peu partout les émeutiers s’en prennent-ils aux symboles de l’État ?
Les réponses sont multiples et complexes. Mais il en est une, essentielle: l’absence de communication entre le pouvoir et le peuple, et plus particulièrement l’attitude trop souvent humiliante, méprisante, que chaque détenteur d’une parcelle d’autorité se croit en devoir d’adopter vis-à-vis des « sujets » dont il a la charge. Ce sentiment de hogra (mépris) est un véritable mal maghrébin dont on semble enfin, en haut lieu, avoir pris la mesure en procédant au renouvellement accéléré de gouverneurs, préfets et autres agents locaux d’encadrement. Reste à savoir si ces remèdes seront suffisants pour en résorber les métastases.
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Lire nos informations et analyses sur l'agitation sociale au Maghreb dans le numéro 2609 de Jeune Afrique en kiosques jusqu'au 15 janvier.

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