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20/12/2010 à 10:48
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Elle a 43 ans, les yeux bleu acier, une blondeur un peu fanée, le cynisme, le culot et le talent de papa. Elle est avocate, deux fois divorcée, mère de trois enfants, et sous son sourire de poupée Barbie se cache une femme dure, tranchante comme le silex. Nourrie dès son berceau au biberon du fascisme à la française par un père qui se vante d’avoir acheté une maison en province pour permettre à sa progéniture de « voir des vaches au lieu de voir des Arabes », elle n’a connu ni la Seconde Guerre mondiale ni la guerre d’Algérie, mais la télé, la com’ et les élections. Pour les médias, qui prenaient son mentor avec des pincettes, elle est devenue un vrai produit d’appel, de ceux qui boostent l’audimat et les ventes de papier. Les idées qu’elle propage comme se transmet une maladie honteuse se portent bien quand la France va mal. Or la France va plutôt mal en ce moment. Du coup, elle grimpe dans les sondages et les enquêtes d’opinion, au point que des politologues évoquent déjà pour la présidentielle de 2012 un remake du 21 avril 2002. Du coup, convaincus qu’un candidat de droite doit absolument aller prendre des voix à l’extrême s’il veut l’emporter, certains, dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, expliquent déjà qu’elle apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions. Ça promet…

Qu’on ne s’y trompe pas. Si elle répète volontiers que « lui, c’est lui, moi, c’est moi », elle ne diffère de son père que par la génération et le packaging. Le noyau dur, le coeur du réacteur idéologique reste le même: xénophobie, islamophobie, rejet de la mondialisation. Et lorsqu’elle compare à l’occupation nazie les prières de rue des musulmans, ce n’est pas une provocation millimétrée mais le fond de ce qu’elle pense. La vraie nature de Marine est là: ce qui est apprêté chez elle, c’est la modération. De l’Afrique, elle n’a dit jusqu’ici que des banalités convenues et quelques audaces inoffensives, demandant que l’on « fixe les populations chez elles », préconisant que l’euro se débarrasse du franc CFA et jurant que son géniteur, qui fréquenta Bongo et tutoyait Houphouët, ou sa belle-maman, qui rendit il y a quelques années une visite mémorable aux pygmées du Cameroun, n’ont jamais ramené de leurs pérégrinations au coeur du continent la moindre valise à billets. Mais sur le site de ses partisans, c’est un certain Bernard Lugan, historien nostalgique des bantoustans, pour qui l’Afrique du Sud de Mandela est pire que celle de l’apartheid, qui tient lieu de référence en matière d’africanisme.

De Jean-Marie à Marine circule le même mauvais sang, les mêmes hantises, les mêmes exécrations et la même habileté à jouer des peurs, des rancoeurs et des préjugés racistes. L’original avançait trogne découverte. Son clone relooké a pris un visage humain. Cette Le Pen-là n’en est que plus dangereuse.

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