La barbe et les cheveux sont abondants, le regard est vif et un peu intimidé derrière des lunettes rondes. Dans un des salons de la résidence officielle de Laurent Gbagbo, le professeur Gilbert Marie Aké N’Gbo, tout nouveau Premier ministre « bis », se livre à sa première séance officielle de prise de photographies. Il est revenu toutes affaires cessantes d’une mission universitaire au Bénin, où il se trouvait quand il a été informé de sa nomination.
Universitaire, Aké N’Gbo l’est avant toute autre chose. Né en 1955 à Abidjan, il a obtenu son doctorat d’État en sciences économiques en 1991 à l’université de Toulouse. Spécialisé en économétrie et en économie de la régulation, il est doyen de l’unité de formation et de recherche en sciences économiques et de gestion de 2001 à 2007. Ses étudiants se souviennent de lui comme d’un homme structuré et rigoureux, qui a instauré des cours de rattrapage le week-end dans le contexte des grèves à répétition pour éviter des années académiques à rallonge. Avant sa nomination, Aké N’Gbo était le président élu de l’université de Cocody, à Abidjan. Cette année, il a été le président du comité scientifique des colloques sur le cinquantenaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Jusqu’à présent, Aké N’Gbo n’a jamais revendiqué le moindre engagement politique, même si la presse d’opposition le considère comme un proche de Simone Gbagbo, la première dame.
Pourquoi lui ? Certains observateurs notent qu’il est un Akan du Sud, de l’ethnie attiée, originaire de la région de l’Agnéby, proche d’Abidjan, où Gbagbo a fait ses meilleurs scores au premier et au second tour. Sa nomination pourrait donc obéir à une géopolitique de la récompense.
Quelques analystes de la vie politique ivoirienne estiment quant à eux que le président Gbagbo a voulu envoyer un message clair à l’opinion. Aké N’Gbo, qui se décrit comme « un serviteur de l’État et de la République », est assez éloigné du panier de crabes politicien de la Côte d’Ivoire de ces dernières années et incarne une sorte de renouvellement de la classe dirigeante.
Dès le premier Conseil des ministres, Aké N’Gbo a révélé les grands axes de ce qu’il a appelé sa feuille de route : la gouvernance, l’éducation et la santé. Il n’a pas évoqué la crise inédite qui secoue actuellement son pays. Ce dossier, on l’a compris, est avant tout du ressort de Laurent Gbagbo lui-même.

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