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Ngozi Okonjo-Iweala : "La Banque mondiale a changé"

17/12/2010 à 16:57
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Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondial. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondial. © Vincent Fournier pour J.A.

Nigériane de 56 ans, Ngozi Okonjo-Iweala, la directrice générale de la Banque mondiale pour l'Afrique, l'Europe, l'Asie du Sud et l'Asie centrale, est l’une des femmes les plus influentes du monde. Elle livre les premières pistes de la future politique africaine d’une institution qui, selon elle, est davantage à l’écoute des pays que par le passé.

Jeune Afrique : Vous êtes l’un des trois directeurs généraux de la Banque mondiale depuis le 1er décembre 2007. Quel bilan tirez-vous ?

Ngozi Okonjo-Iweala : En trois ans, beaucoup de choses ont été réalisées, malgré trois crises majeures : énergétique, alimentaire et financière. Dans un tel climat, je suis très fière de travailler avec Robert Zoellick. Le président de la Banque mondiale est un très bon leader. Il recherche en permanence des solutions innovantes et a considérablement accéléré la réactivité de la banque. Pour soutenir les pays pauvres face à la crise alimentaire, nous avons débloqué 8 milliards de dollars [environ 6,1 milliards d’euros, NDLR] depuis 2008.

Quelles seront les grandes lignes de votre action en 2011 ?

L’Association internationale de développement [IDA] qui, au sein de la Banque mondiale, a vocation à aider les pays les plus pauvres, réunira ses donateurs les 14 et 15 décembre pour trouver les financements pour 2011-2014. L’IDA joue un rôle majeur sur le continent, qui bénéficie de 50 % de ses dons et de ses prêts à taux zéro. Lors du programme 2007-2010, les fonds récoltés par l’IDA ont atteint 42 milliards de dollars, dont la moitié a été distribuée en Afrique.

Où en est la nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour l’Afrique ?

Elle sera finalisée au début de 2011. Mais je peux vous dire que notre plan d’action reposera sur trois piliers : l’amélioration de la compétitivité et la création d’emplois, à travers la lutte contre le chômage et le développement du secteur privé ; l’augmentation de la capacité des pays à réduire leur vulnérabilité aux chocs extérieurs ; le renforcement de la lutte contre la corruption, et le soutien pour développer un secteur public plus efficace. En collaboration avec la BAD, nous voulons contribuer à consolider plusieurs secteurs : agriculture, infrastructures, éducation, formation, santé…

En Afrique, la Banque mondiale est encore synonyme d’ajustements structurels, de dérégulation, de privatisations… Pensez-vous être crédible ?

Nous avons changé. C’est clair. C’est grâce à la volonté de Robert Zoellick de redonner la priorité aux pays. Aujourd’hui, tout doit naître des plans de développement que nous présentent les États, et c’est à partir de là que nous évaluons leurs besoins et définissons comment nous pouvons les soutenir. C’est une nouvelle façon de travailler, à l’écoute des pays, dont je suis très fière.

Comment comptez-vous financer votre politique africaine, alors que la crise a frappé les donateurs, en majorité les pays industrialisés, qui seront moins généreux ?

Nous sommes conscients que les pays donateurs connaissent des difficultés. Mais des signes nous disent qu’ils seront au rendez-vous. Malgré la crise, nous investirons 7 milliards de dollars en Afrique en 2011, soit notre niveau habituel d’engagement. Car le monde évolue. La moitié de la croissance mondiale se fait désormais dans les pays en développement. L’aide des pays développés à l’Afrique, ce n’est plus de la charité : c’est devenu un excellent investissement.

Donc l’aide ne maintient pas l’Afrique dans un état de dépendance, comme l’a écrit l’économiste zambienne Dambisa Moyo ?

Contrairement à ce qu’affirme Dambisa Moyo, plus aucun pays du continent ne dépend à 100 % de l’aide. Les États ont trois sources de financement : les ressources fiscales domestiques, l’aide et les transferts des migrants. D’un pays africain à l’autre, l’aide représente entre 15 % et 40 % des ressources. La Banque mondiale encourage les pays à augmenter leurs sources de revenus propres en développant le secteur privé. De plus, l’aide est un catalyseur qui permet aux pays d’attirer d’autres investisseurs.

L’Afrique a renoué avec une croissance de 5 % en 2010. Comment voyez-vous l’avenir ?

Nous sommes très confiants. L’Afrique a montré sa capacité de résistance face à la crise et est déjà en train de rebondir. En 2011, la croissance africaine se situera à nouveau à 5 %. La crise n’aura pas duré très longtemps ! C’est un bon signe. Cela confirme la justesse des choix stratégiques des gouvernements et démontre qu’ils ont bien géré leurs économies depuis les années 2000. Pour cela, il faut les féliciter.

Pourtant, on entend souvent cette remarque : « L’Afrique s’enrichit, les Africains s’appauvrissent »…

C’est assez vrai, parce que la croissance ne se traduit pas toujours par la création d’emplois et l’augmentation du niveau de vie. Or c’est primordial. Pour cela, il faut soutenir les entrepreneurs africains en leur facilitant l’accès à l’énergie, à l’eau, et en formant du personnel qualifié. Dans ce but, les investissements de la Banque mondiale dans les infrastructures sont passés de 400 millions à 800 millions de dollars en deux ans.

La lutte contre la corruption est un autre de vos combats. Que préconisez-vous ?

La Banque mondiale est très vigilante sur ce sujet. Pour être efficace, il faut avoir un leader qui porte ce combat dans les pays. Il faut ensuite que les États jouent la transparence en publiant tous leurs revenus et leurs dépenses, et que ceux qui disposent de ressources naturelles adhèrent à l’Extractive Industry Transparency Initiative [Eiti], qui exige la publication des paiements effectués par les sociétés minières et pétrolières ainsi que les revenus des gouvernements. Nous soutenons aussi les pays qui cherchent à retrouver les fonds disparus, à travers l’initiative Star [Stolen Assets Recovery]. Cette dernière organise une rencontre qui réunira 300 personnes, les 7 et 8 décembre à Washington, pour renforcer le réseau de « chasseurs de corruption ».

La justice française a autorisé les enquêtes sur les « biens mal acquis » des chefs d’État du Cameroun, du Congo-Brazza et de Guinée équatoriale, et de l’ancien président gabonais. Approuvez-vous cette décision ?

Vous comprendrez que je n’ai pas à commenter une décision de la justice française, qui est indépendante. En revanche, ces accusations sur les « biens mal acquis » sont portées par Transparency International, qui est une ONG très respectable. Et nous la soutenons. Les ONG jouent un rôle très important dans la lutte contre la corruption.

Vous avez été la première femme ministre des Finances au Nigeria. Serez-vous la première femme à la tête de la Banque mondiale ?

Je ne me focalise pas du tout sur ce sujet. J’essaie de faire mon travail au mieux. Quand j’ai été nommée ministre des Finances, je ne me suis pas dit que j’étais la première femme à ce poste. Je n’ai pas de plan de carrière de ce type.

Vous avez passé plus de temps aux États-Unis qu’en Afrique. Que savez-vous de la vie quotidienne des Africains ?

Je suis née au Nigeria. Je suis africaine à 100 %. Cela fait partie de mon ADN. J’ai vécu en Afrique et j’y retourne souvent. Quand je retourne au pays, je vais dans mon village, écouter la « vérité » des gens. Et quand je reviens à la Banque mondiale, je ramène leur expérience avec moi. À l’inverse, la Banque mondiale brasse des gens du monde entier, ce qui enrichit le débat et le travail. 

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