Frédéric Sallet : "Alcatel veut se rapprocher de ses clients africains"

15/12/2010 à 17h:03 Propos recueillis par Julien Clémençot
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À 45 ans, il dirige les activités d'Alcatel-Lucent dans 26 pays du continent, devenu un important réservoir de croissance.

Jeune Afrique : Dans un climat mondial de reprise dans les télécoms, comment se porte Alcatel-Lucent ?

Frédéric Sallet : Cette année, nous estimons la croissance du marché mondial des équipements et services entre 0 % et 5 %. Au niveau régional, les États-Unis, en pointe sur la technologie LTE (3,9G), constituent actuellement une zone très dynamique, mais d’une manière générale, nous constatons que la crise n’a pas freiné la demande des utilisateurs pour un meilleur accès aux données, avec un débit de plus en plus important quel que soit l’endroit. Les résultats que nous avons annoncés pour le troisième trimestre témoignent de ce retour à la croissance, avec des revenus de 4,7 milliards d’euros, en hausse de 10,5 % par rapport à 2009, ainsi que de celui de la profitabilité, avec un résultat d’exploitation ajusté de 1,5 % des revenus, soit 61 millions d’euros.

Y compris en Afrique ?

Dans la plupart des pays, la couverture géographique des réseaux mobiles est maintenant largement réalisée. La demande des opérateurs évolue vers des besoins plus forts en matière d’applications et de services à valeur ajoutée. La progression des échanges de données induit la mise en place de réseaux IP [protocole de communication de réseau informatique, NDLR] et un recours aux transmissions optiques beaucoup plus important.

Quelle a été votre stratégie pour faire face à la crise ?

Le groupe a rationalisé son portefeuille en mettant notamment l’accent en matière de R&D sur le développement de réseaux capables de transporter de plus en plus de données avec des coûts de plus en plus faibles. Un choix qui est en phase avec la demande que nous observons en Afrique. Par ailleurs, nous avons travaillé sur la réduction des coûts opérationnels.

Votre organisation a-t-elle évolué ?

Tout à fait, et c’est particulièrement fort en Afrique tant sur le plan commercial que sur le plan opérationnel, avec la volonté de se rapprocher de nos clients. Par exemple, en Algérie, nous avons recruté au cours des six derniers mois cinq commerciaux locaux de haut niveau pour accompagner notre volonté d’investir sur le marché national. Nous avons mis en place une démarche similaire dans beaucoup de pays : au Nigeria, au Ghana, en Tunisie, au Sénégal, et plus récemment en Côte d’Ivoire et au Cameroun. C’est aussi parce que nous avons la volonté de mieux servir nos clients que nous avons basé à Rabat en 2009 le poste de responsable de la sous-région, que j’occupe.

En matière de haut débit, comment jugez-vous l’évolution de la demande en Afrique ?

Elle est déjà présente dans beaucoup de pays et une grande partie reste insatisfaite. Au Maroc, nous constatons une croissance importante de l’internet fixe (DSL) et mobile (3G). La technologie 3G arrive aussi en Tunisie, au Sénégal, au Mali, sans oublier le Nigeria et bien d’autres pays à l’horizon 2011.

En offrant des accès à internet, les opérateurs vont alimenter la demande et favoriser la création de nouveaux usages comme l’e-gouvernement [services administratifs via internet, NDLR]. Reste le problème du coût, mais je suis persuadé que la mise en service commerciale prochaine de nombreux câbles sous-marins va faire baisser de manière significative le prix d’interconnexion à internet tout en offrant des débits beaucoup plus importants.

Mettre l’accent sur les dernières technologies est-il un choix judicieux pour le marché africain ?

Sur le plan technologique, l’Afrique n’est pas très différente des États-Unis, de l’Europe ou de l’Asie-Pacifique. Il y a parfois un léger décalage dans le temps. On parle de quelques mois, voire d’un petit nombre d’années. Aujourd’hui, nous investissons dans les nouvelles technologies parce que c’est l’avenir et on voit déjà que cela intéresse le marché africain. En matière d’IP, d’optique, il y a de réels besoins sur le continent. On commence aussi à voir un intérêt pour le LTE (3,9G) et nous discutons la mise en place de premiers réseaux pilotes.

Y a-t-il des points qui vous différencient de la concurrence ?

Un de nos atouts est de pouvoir apporter tout un panel de services aux opérateurs. C’est un point sur lequel on investit de manière importante, notamment en ce qui concerne les services d’externalisation, comme par exemple le fait de pouvoir gérer un réseau pour le compte d’un opérateur. Nous assurons déjà ces prestations, pour Etisalat au Nigeria et pour Orange en Ouganda, entre autres. En outre, plusieurs négociations sont en cours avec l’indien Bharti Airtel et d’autres groupes régionaux.

Vous visez de nouvelles cibles comme les industries stratégiques ?

En effet, nous travaillons beaucoup depuis un an sur ce marché. Les industries stratégiques recouvrent tous les grands projets d’infrastructures qui nécessitent des réseaux de communication pour supporter leurs opérations. C’est le cas par exemple des activités de Sonatrach et du chantier d’autoroute est-ouest en Algérie, du projet de ligne à grande vitesse au Maroc et d’autres projets pétroliers au Nigeria. Nous voyons aussi se multiplier les complexes immobiliers qui incluent une partie résidentielle et une partie destinée aux entreprises. Aujourd’hui, notre activité reste très largement tournée vers les opérateurs, mais nous croyons beaucoup au marché des industries stratégiques.

Quelle est l’importance de l’Afrique pour Alcatel-Lucent ?

Nous considérons que le continent possède un fort potentiel. À preuve, notre volonté de renforcer notre présence sur les différents marchés. Nous notons également que tout le travail effectué pour améliorer nos marges au niveau mondial porte aussi ses fruits en Afrique : nos produits sont plus compétitifs et nos coûts de fonctionnement baissent. Le secteur des opérateurs télécoms est en pleine transformation avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme Bharti, des consolidations annoncées et plusieurs nouvelles licences qui devraient être mises en vente en 2011. Le continent constitue un réservoir de croissance important.

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