Extension Factory Builder

Ali Soumaré: "J'ai pris des coups, et je suis encore debout"

29/10/2010 à 12:26
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Ali Soumaré, conseiller régional PS du Val-d'Oise (France). Ali Soumaré, conseiller régional PS du Val-d'Oise (France). © AFP

Il est jeune (29 ans), d’origine malienne, vit depuis l’âge de 8 ans dans la banlieue sensible de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) et a mené à la victoire la liste départementale du Parti socialiste aux élections régionales, en mars. Qualifié de « délinquant récidiviste » par ses adversaires lors de cette campagne, il donne sa part de vérité dans Casier politique, coécrit avec Jean-Marc Pitte (éditions Max Milo), qui sort le 28 octobre.

Dans Casier politique, Ali Soumaré revient sur la « tempête politique, médiatique et judiciaire » qui s’est abattue sur lui. Ses adversaires de l’UMP ont déterré une bêtise de jeunesse. Une bagarre entre bandes rivales, une plainte pour vol et lui, qui s’était retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Le jeune homme est condamné à six mois de prison ferme par le tribunal de Pontoise le 9 décembre 2002. Sa peine purgée, il entame une carrière de travailleur social dans sa commune.

Un soir de novembre 2007, deux jeunes de  Villiers-le-Bel sont tués au bout d’une course poursuite avec la police. Porte-parole des familles à son corps défendant, Soumaré se retrouve au cœur du maelström des émeutes qui éclatent par la suite. Le livre fourmille d’anecdotes et d’analyses qui donnent un autre visage aux quartiers sensibles de la région parisienne.

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

ALI SOUMARÉ : Après toutes les attaques que j’ai subies, je voulais raconter moi-même mon histoire. Dire quelle est ma vision de la politique. Obama a réussi à mobiliser ses compatriotes blancs, noirs, hispaniques en racontant son parcours. En France, le discours politique devrait être moins déconnecté de la réalité.

Casier politique s’adresse donc à de potentiels électeurs…

Je l’ai écrit pour ceux qui ne croient plus à l’engagement politique ainsi que pour ces habitants de banlieue qui ont du mal à aller voter. Je voulais aussi rassurer ceux qui m’ont soutenu, mais qui se posent encore des questions quand ils me croisent dans la rue.

Après cette campagne difficile, croyez-vous que d’autres jeunes issus des banlieues aient envie de faire de la politique ?

J’ai pris des coups, et je suis encore debout. J’essaie de montrer qu’il n’y a pas de fatalité, qu’il faut forcer le destin. Le Parti socialiste n’est pas venu me chercher. C’est moi qui suis allé à lui. Ils m’ont choisi comme tête de liste non pas parce que j’étais « le Noir de service », mais parce que j’ai trimé pour y arriver. Je ne suis pas une fabrication.

Diriez-vous comme Rama Yade que vous êtes une anomalie statistique dans la classe politique française ?

Je n’emploierai pas ce terme. Comme elle, j’essaie de montrer qu’il n’y a pas de fatalité. Mais le parallèle s’arrête là.

Vous étiez souvent proche du découragement ?

C’est vrai. Pendant cette campagne, parfois l’envie de tout laisser tomber me gagnait. Mais il y avait une telle espérance, tellement d’attente chez les gens ! J’ai croisé une femme à Paris, qui m’a encouragé en sanglotant. Tout ça finit par mettre la pression.

Aviez-vous conscience de vos handicaps ?

Au départ, je me disais : si tant de personnes ont échoué avant moi, comment se fait-il que j’y arrive ? Même les médias africains s’interrogeaient sur mon profil : le PS ne s’était-il pas trompé en choisissant un candidat qui n’est pas sorti de Sciences-Po ou de l’ENA, et n’a même pas le bac ? J’avais fait des semaines de prison pour une affaire [de bagarre entre bandes rivales, NDLR] dans laquelle je n’avais rien à voir ! Mon élection a montré qu’un parcours de travailleur social et la sincérité de l’engagement politique comptent.

Le facteur racisme n’a pas joué…

Les gens des quartiers se sont reconnus à travers les attaques qui me visaient. Ils me disaient : « Tu n’y arriveras jamais. Ils ne nous aiment pas. » Faux. J’ai recueilli 40 % des voix à L’Isle-Adam, chez Axel Poniatowski [son rival UMP dans le Val-d’Oise, qui l’avait traité de « repris de justice », NDLR].

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

La récente étude du Wealth Report sur la multiplication des milliardaires africains et le nouveau rapport du PNUD sur les mauvais résultats du continent en terme de développement humain ne sont pas con[...]

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Vol AH 5017 : les deux boîtes noires transférées à Paris

Les deux boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé au Mali ont été transférées dimanche soir de Bamako à Paris, où elles doivent être[...]

Vol AH 5017 : les enquêteurs au travail

Les experts enquêtant sur le crash d'un avion d'Air Algérie dans le nord du Mali poursuivaient dimanche leur travail dans une zone d'accès difficile où l'appareil s'est désintégré[...]

Football : indignation suite aux propos racistes de Carlo Tavecchio

Le monde du ballon rond en Italie est en pleine effervescence après des propos racistes tenus en fin de semaine par le favori au poste de président de la fédération italienne de football, Carlo[...]

Vol AH 5017 : rien que des débris sur la scène du crash

Une vision à peine soutenable sur la scène du crash de l'avion d'Air Algérie au Mali : "des petits morceaux, pas grand-chose pour reconnaître un avion", lance un Burkinabè,[...]

Gaza : l'armée israélienne annonce la fin de la trêve

L'armée israélienne a annoncé dimanche matin la fin de la trêve humanitaire et la reprise de ses opérations militaires dans la bande de Gaza en réplique aux "tirs incessants de[...]

Vol AH 5017 : Blaise Compaoré reçoit une délégation des familles des victimes

Blaise Compaoré et son chef d'état major, le général Gilbert Dienderé, se sont rendus vendredi après-midi au Mali, sur la zone du crash du vol AH 5017. Une délégation des[...]

Crash du vol AH5017 : la deuxième boîte noire retrouvée, les enquêteurs attendus sur place

Au lendemain de la découverte de la première boîte noire de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé dans le nord du Mali, des experts de l'ONU ont retrouvé la seconde samedi sur le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers