Extension Factory Builder

Tendai Biti : "Il n'y aura pas de diamants du sang au Zimbabwe"

28/10/2010 à 16:21
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Tendai Biti. Tendai Biti. © Reuters

Financement des élections, gestion des ressources minières, réforme agraire… Cet opposant à Robert Mugabe devenu membre du gouvernement fait le point sur les chantiers indispensables à la relance du pays.

Présent à l’assemblée générale du Fonds monétaire international (FMI), à Washington, le 8 octobre, Tendai Biti a profité de l’occasion pour négocier l’aide américaine afin de garantir la monnaie du pays, le dollar zimbabwéen étant suspendu depuis 2009 et jusqu’en 2012 au profit d’un panier de devises (dollar, rand, euro…). Il s’est aussi entretenu avec les responsables du FMI et de la Banque mondiale pour normaliser les relations du pays avec ces institutions. Quelques jours auparavant, de passage à Paris, il a pris le temps de répondre aux questions de J.A., entre deux avions.

 

JEUNE AFRIQUE : Le Zimbabwe se prépare pour des élections prévues en juin 2011 et qui devraient sortir le pays de la crise. Comment comptez-vous financer ces scrutins ?

TENDAI BITI : Nous avons estimé à un peu plus de 100 millions de dollars [plus de 70 millions d’euros, NDLR] le montant nécessaire pour l’organisation du référendum constitutionnel qui devrait se tenir l’année prochaine. Mais après il y aura des élections générales, qui, elles, coûteront certainement plus cher. Parce qu’il s’agira en fait de quatre élections en une (municipales, législatives, sénatoriales et présidentielle). Comment allons-nous financer ces élections ? C’est un défi que nous devons relever. Pour l’heure, il est primordial de finaliser les textes de la nouvelle Constitution.

L’exploitation de la mine de diamants de Marange, la plus prometteuse, bénéficierait de financements douteux en provenance d’Afrique du Sud et transitant par Maurice, considéré comme un paradis fiscal. Allez-vous vous attaquer à ce problème ?

C’est en effet un sujet sensible. Ce qu’il faut noter, c’est ce que nous avons négocié avec le comité de certification du processus de Kimberley [qui contrôle le commerce des diamants sous l’égide de l’ONU, NDLR]. Le Zimbabwe doit pouvoir certifier lui-même ses propres diamants, car ce sont ses ressources nationales. Cette exigence de notre part nous oblige donc à veiller à ce que toutes les ressources minières du pays soient exploitées dans le respect des lois, notamment du point de vue de la transparence… Et c’est ce que nous comptons faire, en nous assurant que les exploitations minières profitent aux populations.

Comment allez-vous procéder ?

Nous allons nous assurer que l’allocation des concessions minières se fasse dans la plus grande transparence. Il s’agit de savoir clairement qui attribue les concessions et selon quels critères, ou de savoir pourquoi tel investisseur obtient un droit de concession plutôt qu’un autre. Nous réfléchissons aux moyens de faire en sorte que les énormes ressources de notre pays ne servent pas au financement des ambitions personnelles des seuls hommes politiques. Aujourd’hui, nous savons tous qu’une guerre de succession fait rage entre les différentes factions du parti au pouvoir, le Zanu-PF. Nous allons veiller à ce que les richesses du pays ne soient pas utilisées dans ces conflits internes. Je m’assurerai qu’il n’y ait pas de diamants du sang au Zimbabwe.

La production de tabac a progressé cette année de plus de 100 %, à 122 000 tonnes. Cette croissance aurait été encore plus importante si la réforme agraire n’était pas dans l’impasse. Où en est l’audit des terres ?

Il n’y a aucune raison valable, si ce n’est des blocages politiques, pour expliquer que cet audit des terres cultivables n’ait pas démarré plus tôt. Nous avons estimé à un peu plus de 21 millions de dollars le budget nécessaire pour mener à bien ce processus. Mais on peut le commencer avec environ 3 millions de dollars. La vraie question concerne notamment la sécurisation des propriétés. Certains élus préconisent l’attribution de titres fonciers, tandis que d’autres sont favorables à des baux transférables et hypothécables. Faute de consensus sur ce sujet, près de 15 millions d’hectares de terres ne sont pas mis en valeur aujourd’hui. Cela pénalise sérieusement le pays, car cette superficie représente la moitié des terres arables. Actuellement, le rendement moyen de la culture du maïs au Zimbabwe est de 0,3 t par hectare, quand il devrait être de 7 à 15 t.

Comment voyez-vous l’avenir de votre pays ?

Quel que soit le parti qui remportera les prochaines élections, il est important qu’il développe une plus grande vision économique et judiciaire, dans l’intérêt national. Cela doit primer les ambitions politiques. Sur le plan économique, par exemple, nous produisons du tabac ainsi que des fleurs que nous exportons vers les Pays-Bas. Nous devons réfléchir à apporter de la valeur ajoutée à tous les produits que nous exportons.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Zimbabwe

À la tête de l'Union africaine, Robert Mugabe en profite pour plaider ses causes dans le monde entier

À la tête de l'Union africaine, Robert Mugabe en profite pour plaider ses causes dans le monde entier

De retour sur le devant de la scène internationale depuis qu'il occupe la présidence tournante de l'Union africaine, le chef de l'État zimbabwéen, Robert Mugabe, multiplie les voyages et profite de tout[...]

Zimbabwe : quand Mugabe se change en "Miss Roberta"

Résignés, les internautes zimbabwéens s’attardent davantage sur les photographies de leur président que sur sa politique. Sur le dernier cliché à la mode, Robert Mugabe semble[...]

Football : retour sur près de 50 ans de violences dans les stades africains

Avec la condamnation à mort le 19 avril de onze supporters égyptiens lors d'un nouveau procès des émeutes de 2012 à Port-Saïd, la violence dans les stades s'est rappelée au (mauvais)[...]

Zimbabwe - 18 avril 1980 : Bob Marley et Mugabe célèbrent l'indépendance de la dernière colonie européenne d'Afrique

Le Zimbabwe est le dernier pays du continent à se libérer du joug du colonisateur occidental. Une indépendance arrachée dans la douleur après plus de dix années de lutte armée.[...]

En Afrique du Sud, Robert Mugabe attaque l'Occident et les Nations unies

En Afrique du Sud pour une visite historique de deux jours sous le signe de l'économie, le président zimbabwéen et chef de l'Union africaine, Robert Mugabe, en a profité pour décocher quelques[...]

Une "fille-de" à la tête du Zimbabwe ?

Dans sa stratégie de monarchisation du pouvoir zimbabwéen, Robert Mugabe change son fusil d’épaule. À mots couverts et visages découverts, il met en lumière l’alternative[...]

Afrique du Sud : la statue de Cecil Rhodes ou l'indéboulonnable problème de l'héritage colonial

La statue du colon Cecil Rhodes devant l'université du Cap provoque la colère des étudiants sud-africains. La polémique monte, d'autant plus que Robert Mugabe pourrait s'en mêler.[...]

Robert Mugabe en visite d'État en Algérie

Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, est arrivé hier à Alger pour une visite d'État de trois jours, à l'invitation du président algérien, Abdelaziz Bouteflika.[...]

Zimbabwe : Robert Mugabe, l'homme qui n'aimait pas les Blancs (et inversement)

Diabolisé par les Européens, le président du Zimbabwe et de l'Union africaine, Robert Mugabe, incarne jusqu'à l'obsession le rejet des anciens colons, de l'Occident et de ses diktats. Pourquoi[...]

Zimbabwe : Mugabe, un Castro africain

Ce sont les deux ultimes dinosaures de l'ère anti-impérialiste, les oubliés du grand dégel qui a suivi la chute du mur de Berlin. Même âge, ou presque, même personnalité[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers