Extension Factory Builder

Mario Vargas Llosa, Nobel multiforme

15/10/2010 à 15:56
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mario Vargas Llosa. Mario Vargas Llosa. © Reuters

Prix Nobel de littérature, Mario Vargas Llosa a longtemps attendu cette récompense.  Pour lui, « lorsqu’il devient impossible de résister à la réalité, la fiction constitue un refuge. »

Cette année était la bonne. On attendait, entre autres, Assia Djebar, Cormac McCarthy, Nuruddin Farah ou encore Haruki Murakami. Finalement, le Nobel de littérature 2010 a été attribué à Mario Vargas Llosa, né péruvien en 1936, naturalisé espagnol depuis 1993. Il a été distingué « pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images tranchantes de la résistance, de la révolte et de l’échec individuels ». Cette consécration, il l’attendait depuis des décennies. Si bien que, au moment où sa femme, après avoir reçu un coup de fil de Stockholm, lui annonce la bonne nouvelle ce 7 octobre, Vargas Llosa croit qu’il s’agit d’une plaisanterie. Il était persuadé que l’Académie suédoise l’avait complètement oublié.

Ce Nobel est le couronnement d’une aventure littéraire multiforme commencée par la publication, en 1959, d’un recueil de nouvelles, Les Caïds, vite remarqué. Au fil des années, l’œuvre de Mario Vargas Llosa s’enrichit d’une dizaine de romans, d’essais, de biographies… Traduit dans le monde entier, l’écrivain est sorti du cadre de la littérature d’expression hispanique pour atteindre l’universel. Célébrissime, il appartient à la génération des pères de ce qu’on a appelé, durant les années 1960 et 1970, le boom littéraire latino-américain. Le « mouvement » est porté, notamment, par des hommes comme les Cubains Alejo Carpentier et José Lezama Lima, les Argentins Ernesto Sábato et Julio Cortázar, l’Uruguayen Juan Carlos Onetti, le Colombien Gabriel García Márquez, le Mexicain Carlos Fuentes… Et, bien sûr, le Péruvien Vargas Llosa. Sous leur impulsion, la création romanesque reçoit du sang neuf dans une Amérique latine broyée depuis très longtemps par des dictatures militaires et civiles. On assiste à l’émergence d’une identité panaméricaine que d’aucuns n’ont pas hésité à qualifier de « bolivarisme littéraire ou culturel ». Chacun des auteurs est unique, avec ses propres influences, qu’elles soient extérieures ou locales, comme ce fameux réalisme magique. Mais tous ont quelques points communs : leurs œuvres sont d’une qualité littéraire indéniable, ils vivent en exil et sont publiés essentiellement en Espagne.

Mais, contrairement à la plupart des écrivains latino-américains de sa génération, dont l’écriture est exubérante, baroque, Vargas Llosa retient sa plume tout en abordant les mêmes thèmes, en décrivant les mêmes paysages. Nourri par les écrivains européens du XIXe siècle­, il est surtout un disciple de l’Américain William Faulkner. De ce maître, il retient les ingrédients essentiels qui vont donner de la saveur à son œuvre, où la critique sociale est à l’avant-plan. Pour lui, l’écriture n’est pas seulement une question d’esthétique. C’est sa vie, sa manière de vivre et de se battre. L’écrivain, clame-t-il, ne doit pas s’enfermer dans une tour d’ivoire, loin des tumultes de la cité. Il doit s’engager. Vargas Llosa l’a fait à l’époque où il était progressiste et s’émerveillait du triomphe de Fidel Castro à Cuba. Mais, en 1971, estimant que le régime castriste ne correspond plus à son idéal, il vire à droite, jusqu’à flirter parfois avec les extrêmes. Ce changement idéologique ne lui sera jamais pardonné dans beaucoup de pays d’Amérique latine. L’engagement, c’est aussi cette volonté de prendre en main le destin du Pérou qui le pousse, en 1990, à se présenter à l’élection présidentielle. Malheureusement pour lui, il est nettement battu par Alberto Fujimori. Cette expérience l’a secoué. Elle est à la base de sa naturalisation en Espagne, trois ans plus tard.

À 74 ans, Mario Vargas Llosa, écrivain cosmopolite, qui vit en Espagne, continue d’écrire, d’enseigner la littérature et de donner des conférences. Son prochain roman, Le Rêve du Celte, paraîtra début novembre. Il est consacré à la RD Congo. Plus précisément aux crimes du roi Léopold II dans sa propriété privée, l’État indépendant du Congo. À la suite d’un voyage dans ce pays, le romancier note : « Lorsqu’il devient impossible de résister à la réalité, la fiction constitue un refuge. Pour cela existe la littérature, cette échappatoire pour les gens tristes, les nostalgiques et les rêveurs. Les Congolais ne la lisent pas, ils la vivent. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Deux footballeurs s'affrontent sur Twitter à propos de l'intervention israélienne à Gaza

Deux footballeurs s'affrontent sur Twitter à propos de l'intervention israélienne à Gaza

Les polémiques autour du conflit israélo-palestinien n'épargnent pas le monde du football. Les deux anciens coéquipiers en Angleterre, Joey Barton et Yossi Benayoun, se sont répondus par tweets i[...]

Benjamin Stora : "La promesse de réouverture des synagogues algériennes est très importante"

L’historien spécialiste du Maghreb Benjamin Stora réagit à la promesse de réouverture des synagogues algériennes faite par le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa,[...]

Le cacao grimpe à son plus haut niveau en trois ans

Le cacao a atteint son plus haut niveau en trois ans (2000 livres la tonne à la Bourse de Londres et 3 234 dollars à celle de New York) grâce à une bonne demande mais aussi en raison d'un regain[...]

Alstom accusé de corruption au Royaume-Uni

La filiale britannique d'Alstom a été inculpée de trois délits de corruption et de trois délits de complicité de corruption. Les accusations concernent de grands projets de transport[...]

Espagne : Pedro Sánchez, ou comment faire oublier Zapatero...

Le nouveau patron de l'opposition est jeune, beau et intelligent. Mais avant "d'y penser en se rasant", Pedro Sánchez va devoir rafraîchir l'image du Parti socialiste. Bon courage ![...]

Irak : Fouad Massoum remplace Jalal Talabani à la présidence

Le Parlement irakien a élu jeudi le politicien kurde Fouad Massoum à la tête de l'État fédéral. Un premier pas qui laisse augurer la formation d'un nouveau gouvernement dans le pays[...]

Gaza : Israël accusé de possibles crimes de guerre par l'ONU

Alors que débute la troisième semaine de l'offensive israélienne sur la bande de Gaza, la haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a demandé une enquête sur les possibles[...]

France : un nouveau projet de loi sur l'immigration

Attirer plus de diplômés et d'entrepreneurs étrangers. Tel est le but du projet de loi que le gouvernement s'apprête à dévoiler. Parmi les nouveautés, un titre de[...]

Indonésie : l'avenir, c'est Jokowi

Il y a le réformateur populaire, Joko Widodo, et le militaire conservateur, Prabowo Subianto. Tous deux clament leur victoire à l'élection présidentielle du 9 juillet. Deux visages, deux[...]

Littérature turque : "L'Homme désoeuvré" enfin traduit en français !

C'est l'un des classiques du roman turc contemporain. "L'Homme désoeuvré", de Yusuf Atilgan, est enfin traduit en français.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers