Extension Factory Builder

Natacha Atlas : "Le succès de 'Mon amie la rose' était un accident"

28/09/2010 à 12:56
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Extrait de la pochette de l'album 'Mounqaliba'. Extrait de la pochette de l'album "Mounqaliba". © D.R.

Le 23 septembre, la chanteuse anglo-égyptienne Natacha Atlas a sorti un nouvel album, "Mounqaliba", plus acoustique et classique. Interview.

Trois ans après Ana Hina, Natacha Atlas sort un nouvel album, Mounqaliba (« renversée », en arabe). D’une voix douce qui mêle français, anglais et arabe, elle se prête poliment à l’exercice de l’interview. Sous le maquillage, les traits sont tirés : elle n’a pas fermé l’œil de la nuit après le concert de la veille au Théâtre du Châtelet (Paris), aux côtés de Transglobal Underground, ses complices des années 1990. Après son court séjour parisien, elle s’envole pour Istanbul où elle participera à un « show privé ». Avant de reprendre la route pour faire connaître son nouvel opus, qui pousse plus loin encore que le précédent la dimension acoustique. Mounqaliba fait appel à un ensemble d’une vingtaine de musiciens turcs en plus d’un orchestre de chambre. La chanteuse ne renie pas pour autant ses premières amours numériques et électro.

JEUNE AFRIQUE : Vous êtes en pleine tournée. Natacha Atlas ne connaît pas la crise ?

NATACHA ATLAS : Oh que si ! La crise affecte la scène world. Il y a moins de festivals et moins d’argent. L’art est la première victime des coupes budgétaires, surtout en Grande-Bretagne. J’ai dû annuler plus d’un concert, faute d’argent. Comment voulez-vous payer correctement six à sept musiciens avec un cachet de 1 500 euros ? Il faut comprendre que de la même manière qu’on ne télécharge pas du lait gratuitement mais qu’on l’achète, il faut payer pour la musique.

Mais combien ? Beaucoup trouvent les CD trop chers.

Je n’ai jamais compris pourquoi un CD coûte 14 euros quand le fabriquer ne dépasse pas 1 euro. Même en Europe, ça reste cher. Les maisons de disques sont responsables de la disparition de l’industrie de la musique.

Redoutiez-vous de vous produire au Caire ?

Oui, j’appréhendais. Quel accueil allait-on me réserver ? Mais, on a joué au théâtre Genaïna dans le parc Al-Azhar – splendide ! C’était plein, et beaucoup n’ont pas pu entrer.

Vous avez vécu au Caire. Vous y sentez-vous toujours aussi bien ?

Oui, même si je n’y étais pas retournée depuis trois ans. Le Caire, l’Égypte dans son ensemble, sont complexes. Si vous appartenez à une certaine classe sociale, vous pouvez vivre très bien avec cuisinier, chauffeur… Mais la donne politique et socioéconomique me met mal à l’aise. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis partie. Je sentais que le pouvoir était en train de resserrer sa mainmise, préparant l’accession du fils à la tête de l’État… La situation est explosive, mais les gens ne peuvent pas se révolter tant leurs conditions de vie sont difficiles. Lorsque dans une famille nombreuse il n’y a qu’une seule personne qui a un salaire, et qu’elle décide de se révolter, elle risque d’être arrêtée pour activités subversives. Tout le monde est sous contrôle. Et ce p… de Qanun tawari’ [l’état d’urgence en vigueur depuis 1981, NDLR] existe toujours !

Fille d’un Égyptien et d’une Anglaise, vous avez aussi des racines juives ?

Il est exagéré de parler de racines juives même si j’ai un grand-père qui avait un quart de sang juif. Je n’ai plus envie d’en parler. Ça m’a valu trop d’attaques, tant du côté juif qu’arabe. Tout le monde s’arc-boute sur son identité religieuse et j’en fais les frais.

Êtes-vous quelqu’un d’engagé ?

Sur deux des interludes de l’album, j’ai inséré des passages du documentaire Zeitgeist, de Peter Joseph, qui traite notamment de l’escroquerie monétaire. Pour moi, c’est une forme d’engagement car c’est assez radical sur les maux économiques, la pauvreté, le système monétaire mondial qui bloque le progrès social…

Votre démarche vers plus d’acoustique ne risque-t-elle pas de rebuter votre public ?

Ça fait trois ans que je fais ça. Le public qui m’est fidèle le sait. Asar, un ami turc avec qui je travaille, me dit : « C’est bien ce que tu fais, mais pas si tu veux gagner de l’argent » [rires]. Le succès de Mon amie la rose était un accident, ça n’est pas reproductible.

Pourquoi alors une autre reprise de Françoise Hardy, La nuit est sur la ville ?

C’est une chanson de 1964. J’ai une nostalgie pour la musique de cette époque, tant française qu’arabe. L’époque était plus romantique, plus porteuse d’espoirs que la nôtre, nourrie de peurs avec la récession, la destruction progressive de notre système écologique.

Vous collaborez avec plusieurs musiciens arabes, libanais surtout. Qui préférez-vous ?

Je suis fan de Zad Moultaka, au travail à la fois très contemporain et ancré dans la tradition. Plus jazz, il y a Ziad Rahmani et Ibrahim Maalouf. Sinon, je travaille avec Samy Bishai. Il a fait tous les arrangements de Mounqaliba. Il maîtrise parfaitement la musique classique arabe. On a d’autres projets ensemble, comme avec l’Orchestre symphonique national d’Irak. On voudrait reprendre un poème d’Omar Khayyam ou de Khalil Gibran. Pour l’instant, on cherche des sponsors. Vu leur responsabilité dans la misère des Irakiens, les Américains devraient financer le projet !

Vous pensez déjà au prochain album ?

Avec Samy, on veut faire un album électro aux influences orientales, quelque chose de vraiment expérimental, d’étrange. On va encore me dire que ça n’est pas commercial. Je m’en moque !

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Egypte

'Princess of North Sudan' : Disney accusé de glorifier le colonialisme

"Princess of North Sudan" : Disney accusé de glorifier le colonialisme

Le prochain Disney, encore dans les cartons, s'appuie sur l'histoire vraie d'un Américain venu planter l'étendard familial dans le nord du Soudan pour faire de sa fille une "princesse"... Au mépris[...]

Égypte : Morsi et Qaradawi condamnés à mort, signe de "guerre totale" contre les Frères musulmans

La condamnation à mort samedi de l’ancien président Mohamed Morsi, du prédicateur Youssef Al-Qaradawi et la pendaison de six détenus islamistes montrent la détermination du régime[...]

Égypte : deux juges, un procureur tués par balle dans le Sinaï

Deux juges et un procureur égyptiens ont été tués par balle samedi dans le nord du Sinaï, théâtre d'attentats jihadistes visant habituellement les forces de sécurité, a[...]

L'Égypte pend six militants islamistes

Six militants islamistes reconnus coupables d’avoir mené des attaques pour le compte du groupe armé Ansar Beit al-Maqdess ont été pendus, ont annoncé dimanche des responsables de la police[...]

Égypte - Condamnation à mort de Morsi : Washington profondément préoccupé

Les États-Unis ont exprimé dimanche leur profonde préoccupation après la condamnation à mort de l'ex-président égyptien Mohamed Morsi et de plus de 100 autres Égyptiens, a[...]

Égypte : l'ex-président Mohamed Morsi condamné à mort

Poursuivi pour espionnage et des violences durant la révolte de 2011, Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement en Égypte, a été condamné samedi à mort. Un[...]

Égypte : sept morts, dont trois civils, dans deux attaques dans le Sinaï

Quatre militaires et trois civils ont été tués mercredi dans deux attaques à la bombe dans le Sinaï.[...]

Égypte : démission du ministre de la Justice, pour qui un enfant d'éboueur "ne peut devenir juge"

Le ministre égyptien de la Justice, Mahfouz Saber, a démissionné lundi suite au tollé provoqué par ses déclarations lors d’une interview télévisée dimanche soir.[...]

Liberté d'expression : les dessinateurs de presse en première ligne

L'attentat contre leurs confrères de "Charlie Hebdo" en janvier a fortement ému les dessinateurs africains et rappelé à quel point la liberté d'expression pouvait être[...]

Le marocain Attijariwafa débarque en Égypte

 La banque marocaine Attijariwafa Bank s'apprête à mettre un pied en Égypte. Sa direction négocie actuellement la reprise de Piraeus Bank Egypt.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers