Michelle Bachelet, de nouveau première dame

24/09/2010 à 15h:26 Justine Spiegel
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« la Michelle » incarne depuis plusieurs années l'image d'un Chili moderne et décomplexé. « la Michelle » incarne depuis plusieurs années l'image d'un Chili moderne et décomplexé. © GERARDO GARCIA/REUTERS

Choisie par ban Ki-moon pour être à la tête de la nouvelle entité onusienne, ONU Femmes, l'ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, a suivi un parcours exceptionnel qui a sans doute contribué à sa désignation.

Ses petites lunettes ovales lui donnent un air de directrice d’école. Et son éternel sourire dégage une force tranquille. Michelle Bachelet, ex-présidente du Chili, que Ban Ki-moon a choisie, le 14 septembre, pour être sa secrétaire générale adjointe chargée d’ONU Femmes, se consacrera désormais à la « lutte contre les inégalités entre les sexes et à l’autonomisation des femmes ».

Résultat de la fusion de quatre entités onusiennes dédiées aux femmes, la nouvelle agence, basée à New York et qui sera opérationnelle à partir de 2011, suscite beaucoup d’espoir mais aussi quelques craintes. Avec un staff de 284 personnes, elle fait figure de poids plume en regard d’autres institutions comme l’Unicef (7 200 personnes), d’autant que son budget n’est que de 386,2 millions d’euros pour mener à bien une mission dont le champ semble infini.

Il n’est donc pas fortuit que, sur les 26 candidates en lice (dont sept Africaines), le choix se soit porté sur cette femme à poigne, ex-chef d’État, qui va devoir se battre sans relâche pour lever des fonds. Insigne responsabilité : c’est d’elle que dépendront l’autorité et le rayonnement d’ONU Femmes. La pédiatre chilienne avait immédiatement émergé comme l’une des favorites, mais « la Michelle » – comme l’appellent ses concitoyens – ne semblait pas intéressée, préférant jouer les premiers rôles sur la scène politique. Ayant quitté la présidence du Chili en mars dernier après un mandat de quatre ans non renouvelable, elle a finalement décidé de relever un nouveau défi.

"Une socialiste divorcée et agnostique"

Et des défis, Michelle Bachelet en a relevé quelques-uns, à commencer par son élection à la présidence du Chili, le 15 janvier 2006, un événement marquant dont la portée a largement dépassé les frontières sud-américaines. A priori, qu’une socialiste succède à un socialiste n’avait rien d’extraordinaire.

C’est d’abord et surtout parce qu’elle a réussi à fédérer derrière elle la « Concertation » (coalition entre socialistes, radicaux et démocrates-chrétiens) que la première femme d’Amérique du Sud démocratiquement élue a marqué les esprits. Ses concitoyens se sont rapidement pris d’affection pour cette mère célibataire qui élève seule ses trois enfants. Pourtant, à première vue, son profil tranche avec les normes de la société chilienne, ultracatholique et conservatrice. « Je suis une femme, divorcée, socialiste et agnostique. Tous les péchés réunis ! » s’amuse-t-elle souvent à dire.

Son élection ne résulte pas tant d’une rupture politique que d’une prise de conscience des Chiliens, qui ont ouvert les yeux sur les inégalités les plus criantes. Dès sa prise de fonctions, Michelle s’attelle résolument à la tâche. Elle crée un vaste programme de protection sociale en faveur des plus vulnérables, remanie son gouvernement, qu’elle veut paritaire, et lance une réforme des retraites. Mais elle multiplie aussi les maladresses. Son bilan à la mi-mandat déçoit et elle dégringole un temps dans les sondages. Sa gestion du séisme qui a ravagé le pays en février dernier lui vaut une pluie de critiques. « Les gens auront toujours l’impression qu’on aurait pu faire mieux », plaide-t-elle.

Victime comme son père de la dictature sous Pinochet

Avant d’incarner l’avenir, Michelle Bachelet a d’abord été une victime du passé. À 22 ans, elle perd son père, le général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, torturé par les hommes de main d’Augusto Pinochet pour être resté fidèle au président Salvador Allende et détenu à la prison de Santiago, où il succombera à une crise cardiaque en 1974.

Deux ans plus tard, la jeune Michelle, alors étudiante en médecine, et sa mère, anthropologue, sont arrêtées par la sinistre Dina, la police secrète de Pinochet, et incarcérées. Contrainte à l’exil en Australie, puis en Allemagne de l’Est, la jeune militante socialiste fait la connaissance d’une autre étudiante, qui deviendra la première chancelière d’Allemagne : Angela Merkel.

De retour au Chili en 1979, Michelle suit des cours de stratégie militaire à la prestigieuse Académie nationale d’études politiques et stratégiques (Anepe), avant d’exercer le métier de pédiatre. Au début des années 2000, elle est successivement ministre de la Santé puis de la Défense du président Ricardo Lagos. Dix ans plus tard, elle continue d’incarner l’image d’un Chili moderne et décomplexé. Désormais bras droit de Ban Ki-moon, elle sera plus que jamais la « femme des femmes ».

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