Extension Factory Builder
07/09/2010 à 15:41
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Imaad Rahouni est très sévère envers son pays d'origine. Imaad Rahouni est très sévère envers son pays d'origine. © Rahmanni Oussama Rhaleb pour J.A.

Installée en France et au Maroc, l’agence de cet architecte d’origine algérienne conçoit des bâtiments un peu partout dans le monde. Mais pas encore en Algérie...

Il a conçu des bars branchés à Paris et à Londres, aménagé des tours à Tokyo et à Bangkok, érigé des hôtels au Maroc, en Espagne et en Tunisie. Mais, curieusement, l’architecte algérien Imaad Rahmouni, qui mène cette brillante carrière internationale, n’a rien construit dans son pays natal, quitté en 1990. Il s’en est fallu de peu, pourtant. « On avait gagné un concours avec Alstom, mais à la suite de la polémique suscitée par la loi sur le rôle positif de la colonisation, l’Algérie a retiré le marché à la France pour l’offrir aux Allemands », regrette ce quadra doublement diplômé (faute d’équivalence) de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger (1990) et de l’École d’architecture de Paris-Belleville (1995).

En 1999, après une première expérience auprès du prolifique designer français Philippe Starck, Rahmouni crée sa propre agence à Paris. Si elle a gardé pignon sur rue dans le 11e arrondissement, au fond du passage de la Bonne-Graine, l’agence a également ouvert un bureau à Marrakech, en 2005. Au départ, ils étaient six. Aujourd’hui, Imaad Rahmouni Offshore emploie une vingtaine de designers, architectes et graphistes originaires de 16 pays différents. Au Maroc, ils planchent actuellement sur une trentaine de projets. « On a besoin de tout et on construit énormément », précise Rahmouni lorsque l’on parvient à le rencontrer entre deux avions, le temps d’un café dans un hôtel parisien chic et cosy dont il aurait très bien pu signer le design.

Il passe trois jours par semaine à Marrakech. Le reste du temps ? Il voyage. « Dans les aéroports, je me sens chez moi », dit-il. La Chine et la France sont, avec le Maroc, les pays où il travaille le plus. À Montpellier (France), son agence vient de remporter un concours pour bâtir un complexe de loisirs baptisé Odysseum. À Essaouira (Maroc), elle est chargée de Mogador, un projet qui compte notamment un musée dédié à la photographie. L’ensemble sera livré en 2012. L’agence vient également de gagner un concours à Hainan, île très touristique du sud de la Chine, où elle va construire un complexe hôtelier de 380 chambres.

S’il a quitté la France, ce n’est pas parce qu’il ne l’aime pas. Loin de là. Il confie même avoir eu la chance de n’avoir jamais été confronté à la moindre once de racisme ou de discrimination. « Je ne suis pas parano », précise-t-il. S’il est parti, c’est pour des raisons familiales et personnelles. Au Maroc, où il vit désormais avec sa femme et ses cinq enfants, il a trouvé une sorte d’ersatz de son pays natal. « À Paris, c’est impossible d’avoir une famille nombreuse. Pour la moindre activité sportive, il faut renoncer à une journée de travail. Et puis j’avais envie que mes enfants parlent l’arabe et connaissent ma culture et ma religion. Quand j’entends al-adhan – l’appel à la prière –, ce sont tous mes souvenirs d’enfance qui remontent », explique-t-il.

Pourquoi pas l’Algérie ? « À l’époque, cela n’était pas envisageable. Ma femme s’appelle Juliette, et mes enfants sont blonds. À Marrakech, ça ne pose pas de problème. » Outre ces raisons purement personnelles, travailler en Algérie lui semble difficile aujourd’hui. « L’architecture est un art profondément politique, on ne peut pas en faire sans être un minimum engagé. À Alger, on ne respecte pas l’espace public. On mange les trottoirs en plein centre de la capitale. On n’arrive pas à tenir un alignement sur un boulevard. Quand on ne défend pas l’espace public, c’est qu’on ne défend personne. En Algérie, il y a un véritable problème d’urbanisme qui est d’ordre politique. Seul l’État peut le gérer. Or nous avons un État faible, et le pays est dirigé par des vieux. C’est normal que rien ne bouge quand des gens de plus de 70 ans sont à la tête d’une nation. Il faut des dirigeants jeunes pour faire avancer un pays. Sinon que voulez-vous qu’ils aient envie de faire ? Moi, à leur âge, je serai à Bali en train de siroter un jus de coco », ironise-t-il. « De toute façon, l’Algérie a été livrée aux Chinois, et on a été les précurseurs en Afrique. Nous ne sommes plus capables de construire nous-mêmes », lance-t-il.

Comme tous ceux qui aiment leur pays mais ont été contraints de le quitter, Rahmouni porte sur celui-ci un regard extrêmement critique. « Aujourd’hui, le projet phare en matière d’architecture, c’est la mosquée d’Alger. C’est le symptôme même d’une société décadente. Ce dont l’Algérie a besoin à l’heure actuelle, c’est d’hôpitaux et d’universités… Vous savez combien d’universités on pourrait construire avec le budget de l’armée algérienne ? Grosso modo, cinq ! » déplore celui qui n’a pas renoncé à sa liberté de ton.

« Un électron libre » : c’est d’ailleurs la première image qui vient à l’esprit de Michael Malapert, un ancien collaborateur, quand il pense à Imaad Rahmouni. « Comme toutes les particules élémentaires, il se déplace librement et il est chargé en énergie. » Pour lui, ce qui fait la force d’Imaad, c’est sa capacité à « combiner une pensée de designer et une pensée d’architecte, de passer d’une échelle à une autre sans problème ».

Rahmouni n’a pas toujours su qu’il voulait être architecte. « J’étais plutôt du genre algérois nonchalant. Je voulais être marin », confie-t-il. C’est sa mère, professeure d’espagnol aujourd’hui à la retraite, qui l’a aidé à trouver sa vocation. « Elle est d’une grande sensibilité. Elle a su avant moi que j’allais devenir architecte. Quand j’ai eu mon bac, elle m’a dit : “Tu sais, mon fils, je t’ai inscrit à l’école d’architecture”. Et elle a eu raison, j’ai accroché tout de suite… » D’autres personnes qui auraient influé sur sa trajectoire ? « Un oncle, ami de Fernand Pouillon [architecte et urbaniste français qui a conçu des bâtiments publics en France, en Algérie et en Iran, NDLR] et puis Issiakhem, un peintre qui était amoureux du design. »

Aujourd’hui, outre construire en Algérie, le rêve d’Imaad Rahmouni est de se voir confier la conception de logements sociaux en France ou au Maroc. Et puis, bien entendu, de s’installer à Bali pour y couler des jours heureux.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Mali : réouverture des négociations d'Alger, à la recherche d'une 'solution définitive' à la crise

Mali : réouverture des négociations d'Alger, à la recherche d'une "solution définitive" à la crise

Le gouvernement et des groupes armés maliens ont repris lundi les pourparlers d'Alger en vue de ramener la paix dans le nord du pays. Un deuxième round de discussions après la signature fin juillet d'une "[...]

Le complexe gazier d'In Amenas redémarre, 18 mois après l'attaque terroriste

Un an et demi après une attaque terroriste qui a entraîné la mort de 40 salariés et la destruction d'une partie de ses infrastructures, le complexe gazier d'In Amenas, en Algérie, redémarre[...]

Amara Benyounes : "Bouteflika, la Constitution algérienne et nous"

Leader de la troisième force politique du pays, le ministre du Commerce revient sur le processus de révision du texte fondamental. Et détaille les amendements proposés par son mouvement.[...]

Mali : deux diplomates algériens libérés plus de 2 ans après leur rapt

Deux diplomates algériens enlevés en avril 2012 par un groupe islamiste armé au Mali ont été libérés samedi, ont annoncé les autorités algériennes en confirmant[...]

Algérie - Maroc : la déchirure

Tranchées d’un côté, clôture de l’autre. Alors que le fossé entre les deux voisins ne cesse de se creuser, "Jeune Afrique" a enquêté, vingt ans après la[...]

Mali : IBK ne veut plus de la médiation du Burkinabè Compaoré

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta soupçonne Blaise Compaoré de vouloir réintroduire dans le jeu Iyad Ag Ghaly, le chef d'Ansar Eddine.[...]

Mort d'Ebossé : ce que l'Algérie doit faire pour en finir avec les "supportueurs"

Le décès d’Albert Ebossé (24 ans), l’attaquant camerounais de la JS Kabylie, atteint mortellement par un projectile lancé par un supporteur samedi à l’issue de la rencontre[...]

Algérie : ma fortune pour un yacht !

Dernière tendance algéroise : se procurer un bateau et s'échapper en mer le week-end. Médecins, avocats... Pour quelques dizaines de milliers d'euros, ils sont de plus en plus nombreux à[...]

Algérie - Cameroun : la dépouille d'Albert Ebossé transférée vendredi à Douala

Le corps du footballauer camerounais Albert Ebossé sera transféré vendredi à Douala, au Cameroun, où il devrait arriver dans l'après-midi. Le joueur est décédé[...]

L'Algérie prépare un programme d'investissements de 260 milliards de dollars

 L'Algérie prépare le lancement d'un nouveau programme d'investissements quinquennal. D'un montant de 260 milliards de dollars, ce plan, qui court jusqu'à 2019, vise à faire de l'Algérie une[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex