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Manoj Kohli : "L'ambition de Bharti est bonne pour l'Afrique"

12/08/2010 à 12:28
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Manoj Kholi. Manoj Kholi. © D.R

Le stratège du groupe indien à l’international dirige depuis Nairobi l’arrivée de l’opérateur de téléphonie mobile sur le continent. Il présente sa méthode et ses objectifs.

Achetées par Bharti pour un montant de 8,5 milliards d’euros, les 15 filiales africaines de Zain devraient passer sous la marque Airtel au mois d’octobre. Avant cette échéance, Manoj Kohli, 53 ans, visage carré et large sourire, multiplie les promesses d’investissements aux montants faramineux. Plus de 1,5 milliard d’euros en tout, injectés dans les trois ans, pour étendre et améliorer les réseaux de télécommunication. Son ambition : faire de l’entreprise fondée par Sunil Mittal en 1995 le numéro un des télécoms sur le continent à l’horizon 2015.

Jeune Afrique : En juin et juillet, vous avez organisé une grande tournée africaine, ponctuée à chaque étape de rencontres médiatisées avec les autorités locales et les équipes de Zain. Quels étaient les objectifs de ces réunions ?

Manoj Kohli : C’était la meilleure manière de présenter Bharti Airtel et sa stratégie dans tous les pays. En ce qui concerne les présidents, les Premiers ministres et les régulateurs, il était essentiel pour Bharti de s’assurer que nous partagions les mêmes priorités s’agissant de l’amélioration des réseaux, de la baisse des coûts des communications et de nos engagements en termes de responsabilité sociale. L’objectif était de convaincre que notre ambition et notre ADN sont bons pour l’Afrique. Les équipes de Zain ont elles aussi été rassurées, car nous leur donnons l’assurance de pouvoir développer leurs talents.

 Ces rencontres ont-elles débouché sur des décisions concrètes ?

À la demande des autorités, nous avons pris des engagements en termes de couverture des zones rurales, des villages et des petites villes, de développement de la technologie 3G, de baisse des coûts de la connectivité internationale. Nous avons aussi insisté auprès des responsables politiques pour qu’ils limitent le niveau des taxes qui pèsent sur le secteur. Cela afin de baisser le coût des communications et de permettre aux classes moyennes et aux plus pauvres d’utiliser nos services.

 Avez-vous l’impression d’avoir été entendu sur ce dernier point ?

Tous nos interlocuteurs nous ont assuré qu’ils allaient réfléchir à la manière de rendre les télécoms plus accessibles. De fait, une baisse significative du niveau des taxes induirait un tel développement du secteur que cela permettrait, in fine, d’augmenter les revenus fiscaux des États.

 Beaucoup de vos 6 500 salariés seront forcés de quitter vos filiales pour travailler chez vos prestataires. Ne sont-ils pas inquiets ?

Notre stratégie ne consiste pas faire des coupes, mais à réduire les coûts grâce à un modèle innovant. Pour atteindre 100 millions d’abonnés, contre 42 millions aujourd’hui, et faire passer notre Ebidta [revenus avant intérêts, taxes, dotations aux amortissements et provisions, NDLR] de 1 à 1,6 milliard d’euros avant fin 2012, nous allons mettre en place un véritable écosystème de partenaires pour les activités que nous voulons externaliser. Nous négocions avec des entreprises de taille mondiale, parfois plus grosses que nous et qui possèdent pour certaines des compétences que nous n’avons pas. Les employés qui iront travailler pour elles ne seront pas déçus. Leur carrière y sera sans doute plus facile et plus brillante. C’est un modèle gagnant-gagnant.

 Combien de personnes seraient concernées ?

Le chiffre sera connu fin août. Tout dépendra des partenariats, mais nous serons vigilants pour que la transition soit positive. 

Et en interne, comment comptez-vous intégrer le modèle Bharti dans les filiales de Zain ?

Dès maintenant, nous allons proposer aux cadres africains à haut potentiel [selon nos informations, une trentaine, NDLR] de partir en Inde pour y emmagasiner de l’expérience avant de revenir dans nos 15 filiales sur le continent. Sur un plan opérationnel, en plus de l’externalisation de certaines activités, nous allons multiplier le partage d’infrastructures comme les antennes et les réseaux en fibre optique avec les autres opérateurs. L’objectif est aussi de dégager des synergies avec nos activités en Inde et de jouer de notre statut de cinquième opérateur mondial pour mieux négocier avec les fournisseurs.

 Vous annoncez le remplacement de la marque Zain par Airtel pour le mois d’octobre. Comment cela va-t-il se passer ?

Le changement de nom sera réalisé le même jour pour toutes les filiales, la date n’est pas encore déterminée. Le reste demeure confidentiel.

 D’autres possibilités d’acquisition pourraient se présenter à court terme en Afrique. Quelle sera votre politique ?

Bien sûr, nous restons attentifs au marché. Mais notre objectif prioritaire est de réussir l’intégration Bharti dans les 15 pays où nous sommes implantés. Quand nous aurons stabilisé notre présence en Afrique, alors nous recommencerons à regarder de près les opportunités d’acquisition.

 Votre prudence tient-elle au niveau d’endettement du groupe, qui a conduit l’agence de notation Standard & Poor’s à baisser votre note de BBB– à BB+ ?

Notre dette n’est pas un problème. Elle représente actuellement 2,7 fois notre Ebidta, mais va très vite baisser.

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