Extension Factory Builder

Amel Boubekeur : "L'intégration maghrébine est une nécessité"

20/07/2010 à 16:16
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Amel Boubekeur. Amel Boubekeur. © D.R.

La chercheuse algérienne au Carnegie Middle East Center, basé à Beyrouth, nous explique l’intérêt qu’ont les pays du Maghreb à s’unir.

Jeune Afrique : L’idée d’une intégration maghrébine est-elle en train de gagner du terrain ?

Amel Boubekeur : En fait, nous sommes face à un paradoxe. Le Maghreb n’est pas une notion abstraite : c’est un ensemble régional homogène, qui connaît aujourd’hui une certaine dynamique économique et démocratique. Pour expliquer la non-intégration de cet ensemble, on se contente souvent de citer la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. En réalité, le problème de la liberté de circulation est beaucoup plus profond : les Maghrébins se déplacent très peu, non seulement chez leurs voisins, mais même à l’intérieur de leur pays. D’où des échanges et des communications très faibles dans un espace où l’on partage pourtant la même langue et la même religion.

Pour les dirigeants, la question de l’union maghré­bine ne représente pas une valeur ajoutée et ils ne l’ont d’ailleurs pas intégrée à leur agenda. Les seuls vrais domaines de coopération sont la lutte antiterroriste et les quelques échanges économiques. Si les politiques européennes ne prennent pas dans cette région c’est aussi parce que chaque pays veut être un pôle et que personne ne veut céder de la place à son voisin.

Est-ce que cette intégration est inéluctable ?

C’est en tout cas une nécessité. Et la société civile maghrébine en est peut-être la plus consciente. Depuis quelques années, les associations et les ONG, mais aussi les étudiants, communiquent beaucoup plus et participent à une propagation des idées et des tendances au sein du Maghreb. De leur côté, les patrons sont de plus en plus nombreux à penser qu’une intégration économique sera le préalable à une plus grande intégration politique et sociale et plaident en ce sens auprès des politiques.

L’élément qui me paraît fondamental est aussi le changement des générations. Celles de l’indépendance ont laissé la place à de jeunes élites qui veulent se définir régionalement. À ce titre, la solidarité maghrébine qui a prévalu lors des matchs de football de l’Algérie est tout à fait remarquable. Nos jeunes se sentent beaucoup plus maghrébins qu’on ne le croit.

Les indicateurs montrent que les conditions de vie des Maghrébines s’améliorent. Cette évolution est-elle pérenne ?

Oui, mais il ne faut pas oublier que les femmes sont des citoyens comme les autres et qu’elles souffrent de la même manière, voire plus que les autres, du contexte politique, économique et social.

La Tunisie reste une pionnière en la matière, car elle a eu le plus tôt le cadre législatif le plus avancé. Mais elle ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Avec le chômage, la cherté de la vie et le retour à des valeurs refuges, les femmes accordent moins d’importance aux diplômes et, partant, à leur indépendance. Cette fragilisation touche d’ailleurs les trois pays, quels que soient les efforts qu’ils ont faits pour améliorer le statut de la femme sur le papier.

On dispose de plus en plus d’indicateurs sur la qualité de vie au Maghreb, mais les enquêtes et sondages d’opinion restent néanmoins très rares…

Et c’est très dommageable. Les chercheurs qui travaillent sur le Maghreb ne sont d’ailleurs pas assez nombreux. Ce n’est pas un hasard si, même dans les facultés du Maghreb, on préfère faire sa thèse sur l’Europe et sur le Moyen-Orient. C’est à la fois dû à un manque de liberté politique et au fait qu’il n’y a pas assez d’émulation, de débats d’idées de l’élite intellectuelle, autour de la question du Maghreb.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Sur le même sujet
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Blaise Compaoré a quitté la Côte d'Ivoire pour le Maroc

Blaise Compaoré a quitté la Côte d'Ivoire pour le Maroc

L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a démissionné le 31 octobre avant de s'exiler en Côte d'Ivoire, a quitté Yamoussoukro pour le Maroc.[...]

GES 2014 : Marrakech se fait capitale mondiale de l'entrepreneuriat

 Chefs d'Etats, grands patrons, ministres, jeunes entrepreneurs... Ils sont tous venus à Marrakech pour participer à la cinquième édition du Sommet Global de entrepreneuriat, la première du[...]

Justice : deux Mauritaniens condamnés à mort pour l'assassinat des touristes français en 2007

Deux Mauritaniens ont été condamnés à mort par la Cour d'appel du tribunal de Nouakchott, pour l'assassinat de quatre touristes français en 2007, a-t-on appris mercredi.[...]

Diplomatie : le président turc Recep Tayyip Erdogan est en visite à Alger

Recep Tayyip Erdogan effectuait, mercredi et jeudi, une visite officielle en Algérie, accompagné d'une forte délégation de ministres et d'hommes d'affaires. Un sommet Turquie-Afrique se tient en ce[...]

Football : joue-la comme Gourcuff... en Algérie

Nommé juste après le glorieux Mondial des Fennecs, le successeur du bouillant Vahid Halilhodzic n'avait jusque-là jamais dirigé de sélection nationale. Pour un coup d'essai, c'est un coup[...]

Immigration : dans quels pays de l'Union européenne sont naturalisés les Africains ?

De quels pays africains sont originaires les nouveaux naturalisés de l'Union européenne ? Grâce aux données d'Eurostat, l'office statistique de l'UE, "Jeune Afrique" fait le point.[...]

Israël : les fous du Temple

À l'origine des tensions actuelles à Jérusalem, le courant messianique juif ne cesse de gagner du terrain. Et menace d'enterrer toute perspective de paix avec le monde arabe.[...]

Tunisie : Ben Ali, Leïla et le 14 janvier

Depuis son exil en Arabie saoudite, le président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali finalise la rédaction de ses Mémoires. Sa version de la journée du 14 janvier 2011 est attendue avec[...]

Un ressortissant français et sa fille retrouvés mort dans le centre du Maroc

Selon les premiers éléments de l'enquête, ce double homicide remonte à une semaine et aurait été motivé par le vol. Trois suspects ont été arrêtés,[...]

BAD : un tiers des Africains font-ils réellement partie de la classe moyenne ?

L'Afrique avance, bien sûr, et se consolide de l'intérieur. Mais de là à affirmer qu'une personne sur trois appartient désormais à la classe moyenne, il y a un pas... que la BAD[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers