Extension Factory Builder

Slim Othmani : "Il faut que l'État et le patronat cessent de se regarder comme des adversaires"


16/07/2010 à 10:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Slim Othmani. Slim Othmani. © Sidali Djenidi

Le président du conseil d’administration de NCA-Rouiba revient sur l’impératif de développement du secteur privé algérien et sur la nécessité de trouver une alternative au manque de confiance entre l’État et les entreprises.

Slim Othmani, 53 ans, est vice-président du Cercle d’action et de réflexion autour l’entreprise (Care), membre de l’Association des producteurs algériens de boissons et du Forum des chefs d’entreprises (FCE). Il a présidé le groupe de travail Goal (Gouvernance Algérie), qui a rédigé le premier code algérien de gouvernance d’entreprise, adopté en mars 2009 par les associations patronales.


Jeune Afrique : Quelle est votre appréciation du climat des affaires en Algérie ?

Slim Othmani : L’amélioration du climat des affaires passe nécessairement par le rétablissement du dialogue, et de la confiance, entre les pouvoirs publics et le monde des affaires.

Deux conditions doivent être réunies. La première est la restructuration en profondeur du patronat algérien, qui avance toujours en rangs dispersés, avec des airs dissonants et sans aucune approche prospective de l’économie algérienne. La seconde est la clarification, par les pouvoirs publics, du rôle clé de l’entreprise publique et de l’entreprise privée, productrices de bien-être et de richesses, comme substitut à une économie de rente. Il y a un réel espoir si les deux parties cessent de se regarder comme des adversaires et se considèrent plutôt comme des partenaires. Ils ont une lourde responsabilité vis-à-vis de la société algérienne : celle de construire une économie prospère.

Que pensez-vous du plan 2010-2014 et de son enveloppe d’investissements de 286 milliards de dollars ?

L’économiste Abdelmadjid Bouzidi évoque quatre moteurs pour assurer la croissance : investissements, consommation, exportations et dépenses publiques. Cette enveloppe est partagée en deux grands volets : l’un concerne les dépenses publiques ; et l’autre, à notre grande satisfaction, concerne l’entreprise.

Le seul bémol, si l’on veut polémiquer, c’est la capacité des pouvoirs publics à exécuter un programme aussi ambitieux en faisant presque abstraction de la nécessité d’un dialogue avec le monde des affaires. Par ailleurs, le retard accusé par l’administration et le système bancaire dans leurs programmes de réformes et de mise à niveau pourrait être un facteur handicapant.

Les opérateurs économiques se plaignent de lourdeurs bureaucratiques. Est-ce un vrai handicap ?

Oui, ces lourdeurs existent. Elles sont pénibles, trop souvent inutiles, mais pas insurmontables. Ce qu’il faut souligner, et c’est beaucoup plus grave, c’est que ces lourdeurs rendent de facto notre économie non compétitive. Elles sont dues à l’absence d’un management clair et non contradictoire des pouvoirs publics sur le rôle de l’entreprise et la liberté d’entreprendre, et sont le symptôme évident d’une économie de rente.

Le pays est revenu au protectionnisme. Est-ce la bonne solution pour relancer son économie ?

Tout en étant opposé à une politique économique fortement protectionniste, je dois dire que ce passage qui nous a été imposé a été rendu nécessaire par le retard accusé dans la mise à niveau de l’entreprise algérienne. Cependant, j’ose espérer que ces mesures sont transitoires et ne seront pas prolongées au-delà de vingt-quatre à trente-six mois.

Il faut être vigilant, ne pas négliger les conséquences inflationnistes de ces mesures et leurs répercussions sur la productivité totale des facteurs capital et travail. Une autre voie est à prendre sérieusement en compte : celle de l’intégration maghrébine, qui peine à se concrétiser. Cette intégration, via des partenariats public-public, public-privé et privé-privé, contribuera inéluctablement à décrisper les pouvoirs publics et donnera à l’économie algérienne un nouveau souffle.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Algérie : le gendarme de la Bourse suspend l'entrée de Cevital au capital de NCA Rouiba

Algérie : le gendarme de la Bourse suspend l'entrée de Cevital au capital de NCA Rouiba

 La Cosob justifie la suspension par l'attente de la décision de l'État algérien d'exercer (ou pas) son droit de préemption. Une décision liée au statut étranger du céda[...]

Signature d'une convention franco-algérienne sur la formation des imams

Bientôt les imams algériens envoyés en France seront formés pour être en "harmonie avec les exigences de la République" française. C'est ce que stipule, entre autres, la[...]

Infrastructures : les 10 projets africains qui ont marqué 2014

Le cabinet d'audit et de conseil KPMG vient de publier l'édition 2014 de son classement des 100 projets d'infrastructure de "classe mondiale". Une dizaine d'entre eux se trouvent sur le continent. Revue de[...]

Internet : Bouteflika, Kabila, Bongo... Noms de domaines en solde !

Alibongo.com, josephkabila.com, abdelazizbouteflika.com… Des noms de domaine de premier niveau (les .com) de certains chefs d'État africains qui n'ont pas eu la diligence de les réserver à temps sont en[...]

Algérie : El-Para et l'argent des otages du GSPC

Abderrazak el-Para, l'ex-émir du GSPC, a finalement confirmé que l'Allemagne avait versé une rançon de 5 millions d'euros en 2003.[...]

Devant la chute des cours du pétrole, l'Algérie change de ton

La chute du cours du pétrole en dessous de 60 dollars et la perspective d’un prix bas à moyen terme ont ébranlé l'assurance de l'Algérie. Le ton est désormais à l'urgence et[...]

Algérie : au Val-de-Grâce, un Bouteflika peut-il en cacher un autre ?

La santé d'Abdelaziz Bouteflika a une nouvelle fois fait parler d'elle mardi. Selon des médias algériens, le président algérien aurait été hospitalisé une nouvelle fois au[...]

Cameroun - Me Bertrand : "On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé" en Algérie

Le 23 août dernier, quelques minutes après la rencontre entre la JS Kabylie et l’USM Alger (1-2), l’attaquant camerounais de la JSK Albert Ebossé (24 ans) trouvait la mort à la sortie du[...]

Algérie : un maire assassiné, "acte terroriste" selon la gendarmerie

Le maire de la commune algérienne de Bordj El Emir Abdelkader (nord) a été assassiné vendredi par des "terroristes", qui l'ont tué par balles et égorgé, a annoncé[...]

Assassinat d'Hervé Gourdel : l'armée algérienne annonce avoir tué un deuxième suspect

Un deuxième membre du groupe islamiste impliqué dans l’enlèvement et la décapitation du touriste français Hervé Gourdel, en septembre, a été tué par[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers