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Fatoumata Sidibé, la combattante

05/07/2010 à 15:25
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Fatoumata Sidibé est députée à Bruxelles depuis 2009. Fatoumata Sidibé est députée à Bruxelles depuis 2009. © Gaël Turine/VU pour J.A.

Militante des droits des femmes, journaliste, écrivaine, peintre à ses heures, cette Malienne a fini par entrer en politique. Elle est devenue députée belge en juin 2009.

Fatoumata a toujours décidé seule de son destin. Rester libre, partir quand il le faut. Sa mère, qui a vécu bien différemment sa vie au Mali, lui a un jour déclaré : « Ma fille, tu n’es pas une femme. Tu es un homme. » Flatteur, d’une certaine manière, mais ô combien ironique puisque l’obsession de Fatoumata est de permettre aux femmes de choisir leur vie, de Bamako à Bruxelles. Ce combat permanent, qu’elle mène par conviction, c’est ce qui a permis son ascension professionnelle, même si elle refuse de parler de « carrière ».

Aujourd’hui, Fatoumata travaille dans un bureau, au huitième étage du Parlement de Bruxelles-Capitale, serrée dans un joli tailleur gris qui la montre à la fois sérieuse et coquette. Elle a été élue députée en juin 2009, sur la liste du Front démocratique des francophones, parti centriste libéral. Il était logique que son engagement la conduise dans l’arène politique. Pour elle, les problèmes féminins sont révélateurs des maux d’une société. Et puisque les femmes sont « les baromètres des crises », il lui a semblé indispensable de s’attaquer aux questions politiques et sociales avec un mandat d’élue.

Bien entendu, elle a commencé par militer. En 2006, elle fonde le comité belge de Ni putes ni soumises, association de défense des femmes créée dans les banlieues françaises. Recherche de financements, publication d’outils pédagogiques sur l’égalité des sexes comme Le Guide du respect… : elle s’investit pendant quatre ans de manière bénévole pour ce qu’elle considère aujourd’hui comme « l’expérience la plus éprouvante de sa vie ».

Fatiha Saïdi, députée socialiste à Bruxelles, la connaît depuis plusieurs années : « Mme Sidibé était une figure de proue du combat pour les femmes en Belgique, rappelle-t-elle. Au Parlement, elle reste fidèle à ses convictions. » Depuis le début de la législature, en octobre, Fatoumata a déjà interpellé ses collègues sur la mise en place d’un numéro vert pour les femmes victimes de violences et sur la scolarisation des fillettes d’origine étrangère. Musulmane, elle défend vigoureusement la laïcité, qu’elle considère comme une garantie pour les droits des femmes. Elle estime notamment que « le voile est le symbole d’un projet politique totalitaire ». Fatiha Saïdi explique : « Ma collègue a une approche parfois frontale, voire radicale, du port du voile ou de la question féminine dans les quartiers. Mais nous partageons un même diagnostic qui nous pousse à agir. »

« J’ai eu une conscience féministe avant de savoir ce que c’était », explique Fatoumata. Elle se souvient, petite fille à Bamako, des griots qui chantaient que le destin d’une femme était de souffrir pour obtenir le bonheur… des hommes. Entre 2 ans et 9 ans, elle a vécu avec sa famille en Allemagne, où travaillait son père. Quand elle est rentrée à Bamako, elle s’est sentie rejetée par les enfants, qui la voyaient différente. Parce qu’elle parlait mal le bambara. Parce qu’elle avait vécu à l’étranger. Parce qu’elle était toujours révoltée, au point que sa mère, dévouée corps et âme à sa famille, l’avait surnommée « poudre de piment ».

Plus tard, sensible aux inégalités qui règnent entre les sexes, elle décidera de commencer sa vie d’adulte en Belgique, dans l’idée de la mener comme elle l’entend. Elle étudie comme une forcenée, dévore la bibliothèque de son père et obtient une bourse avec laquelle elle part, à l’âge de 18 ans, rejoindre sa grande sœur à Bruxelles. Le système malien l’avait dirigée d’autorité vers une filière technique, mais après quatre années passées à étudier la chimie et la parfumerie à Anderlecht, elle se réoriente. Elle obtient une licence en communication et journalisme à l’Université catholique de Louvain. Pour financer ses études, elle fait le ménage chez des particuliers. Puis elle entame une collaboration avec le magazine féminin Amina avec un premier article portant sur « les intellectuelles africaines et les carcans de la tradition ». Depuis 1994, elle écrit « de très bons textes sur l’actualité et les réalisations des femmes de la communauté africaine » dans la « Lettre de Belgique » du magazine, explique son directeur de publication, Michel de Breteuil. « Amina est un pont entre l’Afrique et moi », avoue Sidibé.

L’Afrique… Pour profiter de sa famille, elle retourne au Mali tous les deux ans, tout en reconnaissant qu’elle aurait du mal à y vivre. « Cela n’a pas été facile, mais j’ai trouvé ma place en Belgique », affirme celle qui a acquis la nationalité belge au début des années 1990. Fatoumata Sidibé, femme publique, choisit toujours ses mots avec soin. Mais quand elle évoque son pays natal, son débit s’accélère et ses lèvres forment un sourire. Elle se souvient du Mali de son enfance, magique, « à la culture inégalable », et pourtant évanoui. Les contes qui duraient des semaines, les grandes fêtes populaires… Aujourd’hui, elle déplore que la télévision ait remplacé les conteurs. Pis, que le Mali ait changé sans mettre fin aux traditions qui l’ont chassée. Lors du décès de son père, ses quelques terres ont été partagées entre les fils. Les filles n’ont rien eu.

Ainsi, c’est pour « reconstruire son Afrique à elle », sans doute tout autant fantasmée que réelle, qu’elle parsème sa maison bruxelloise d’objets et de senteurs qui lui rappellent le pays. Des instruments traditionnels, de l’encens, un petit autel à sa mère disparue… Et partout des peintures de « masques africains » qu’elle a réalisées. Fatoumata ne veut rien perdre d’elle-même. « Je me suis tellement fondue ici que je dois parfois me battre pour ne pas être ”blanchisée” », reconnaît-elle. Pourtant, elle estime avoir atteint un équilibre et ne se réclame jamais de ses origines dans sa vie publique. Pour Fatiha Saïdi, celles-ci ne sont « ni un complexe ni un étendard ». Pas étonnant que Fatoumata soit choquée quand on demande aux jeunes de se définir. « Ils sont nés belges, mais sont ramenés par tous à leurs origines. Par ceux qui leur demandent de “s’intégrer” comme par leurs parents, qui veulent qu’ils gardent une culture qui a souvent changé sans qu’ils s’en soient rendu compte. »

À 47 ans, madame la députée est une femme sûre d’elle, « fonceuse, enthousiaste, curieuse, passionnée, optimiste, rebelle, bosseuse, singulière ». Et parce que « c’est à nous de saisir parmi les choix que nous offre la vie », elle n’aura qu’à piocher parmi les nombreux projets qu’elle caresse. Pourquoi pas un autre roman, après la parution de Une saison africaine en 2006 chez Présence africaine ?

Aujourd’hui, elle se dit tout de même fatiguée d’avoir eu à se frayer un chemin dans la vie « comme à travers une jungle ». Longtemps tenaillée par la nécessité de réussir, elle veut maintenant être « plus indulgente » avec elle-même. Mère d’un fils de 21 ans, elle compte s’appliquer dorénavant le conseil qu’elle donne à celles qu’elle croise : « Dans la vie des femmes, il y a un temps pour donner la vie, et un temps pour se donner la vie. »

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