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Fadima Touré-Diallo, pont entre le Québec et l'Afrique

21/06/2010 à 16:23
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La vice-présidente du groupe, le 8 juin à Tunis. La vice-présidente du groupe, le 8 juin à Tunis. © Ons Abid pour J.A.

Entrée par la petite porte chez SNC-Lavalin, l’émigrée malienne a gravi en moins de quinze ans les échelons du groupe canadien d’ingénierie et de construction pour en diriger aujourd’hui l’activité africaine. Soit 15 % du chiffre d’affaires.

« Le rêve américain, je l’ai vécu », témoigne Fadima Touré-Diallo. Arrivée au Québec en 1996, les mains vides et la tête pleine de projets, la Malienne de 59 ans est aujourd’hui vice-présidente Afrique de SNC-Lavalin, multinationale leader en matière de services d’ingénierie et de construction d’infrastructures. Après en avoir gravi tous les échelons.

Son histoire met en relief la capacité d’intégration de la société québécoise. Ni la couleur de sa peau, ni le fait qu’elle et ses cinq enfants, à son arrivée dans la Belle Province, vivaient entassés dans un trois-pièces, n’ont entravé sa progression. « Peu importe d’où tu viens. Si tu “livres la marchandise”, tu réussiras au Canada », lance la dirigeante, citant un adage en vogue dans son pays d’accueil.

Sa carrière débute au Mali, il y a plus de trente ans. Après des études en économie, la jeune femme intègre la fonction publique malienne. À la fin des années 1970, elle a la responsabilité d’établir le cadastre de la ville de Bamako et lance un appel d’offres que SNC-Lavalin remporte. Lorsqu’elle émigre au Canada pour des raisons familiales, elle va frapper à la porte de la seule firme qu’elle connaît. On lui propose un poste de secrétaire, payé l’équivalent de 7 euros de l’heure. Rapidement, son habileté à établir des liens avec les clients africains fait mouche, et elle devient adjointe d’un conseiller du président du groupe. Elle occupera ce poste pendant cinq ans avant de devenir, en 2004, vice-présidente de SNC-Lavalin.

La société basée à Montréal est présente dans 120 pays et affiche un chiffre d’affaires de 4,8 milliards d’euros. Elle réalise 15 % de ses revenus en Afrique où 50 bureaux de projets sont en activité. Sur le terrain, l’entreprise n’hésite pas à partager le gâteau en collaborant avec des entreprises locales. Sur chaque projet, elle recourt à des sous-traitants pour réaliser une partie des travaux. Fondée au Canada en 1911, l’entreprise du Nouveau Monde a appris très tôt – en coopérant avec les communautés autochtones amérindiennes pour réaliser des barrages hydroélectriques sur leurs territoires – à composer avec des interlocuteurs d’horizons différents. « Lorsque nous nous rendons en Afrique, nous ne dictons pas une conduite à nos partenaires. Nous y allons comme on irait à l’école, pour apprendre, et c’est ce qui permet la réalisation de projets complexes », soutient Fadima Touré-Diallo.

Prouesses techniques

La construction du complexe gazier de Gassi Touil, en Algérie, où le brut est capté, puis traité, et où l’on réinjecte du dioxyde de carbone dans les champs gaziers, est un bon exemple des prouesses techniques que le groupe canadien est prêt à réaliser. SNC-Lavalin s’est vu confier ce contrat d’une valeur de 785 millions d’euros en juin 2009, quand une entente liant Sonatrach aux opérateurs espagnols Gas Natural et Repsol a déraillé en raison de retards dans l’exécution des travaux.

Lorsque Fadima Touré-Diallo s’exprime sur la relation que l’entreprise entretient avec le gouvernement algérien, elle affirme qu’elle est uniquement de nature « technique ». « On est jugé sur le résultat, et les clients satisfaits n’hésitent pas à refaire appel à nos services, avance-t-elle. On ne fait pas de copinage ni de politique. C’est ce qui nous permet de perdurer sur un continent où les dirigeants politiques changent au gré du vent. »

Cette précaution n’a pas empêché SNC-Lavalin de pâtir du récent remaniement ministériel algérien. Le 28 mai, Youcef Yousfi a remplacé, au poste de ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, éclaboussé par une affaire de corruption au sein de Sonatrach. Dans la foulée, les autorités ont suspendu le projet de construction de la ville pétrolière de Hassi Messaoud, pour lequel le groupe canadien avait été retenu. Ce projet, qui visait la création d’une nouvelle ville de 80 000 habitants comprenant les quartiers généraux des sociétés pétrolières qui exploitent les champs environnants, représentait 332 millions d’euros. Si, comme tous ses concurrents en Afrique, SNC-Lavalin doit composer avec les aléas politiques, le groupe reste ferme sur certains principes. « La sécurité au travail et le respect de l’environnement sont des valeurs sur lesquelles il n’y a pas de compromis possible », affirme la vice-présidente.

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