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Un bon petit plat de tabac

16/05/2010 à 13:20
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Il se passe quelque chose de bizarre dans les restaurants marocains. (Peut-être en est-il de même dans toutes les cantines d’Afrique, et dans ce cas je serais reconnaissant à nos amis lecteurs d’éclairer ma lanterne…) Voilà de quoi il s’agit. Vous entrez dans le restau, vous étudiez avec soin le menu, vous passez la commande et, au bout de quelques minutes, arrive l’entrée. Or, quelle qu’ait été votre commande (des endives, une salade, une soupe…), on vous sert deux cigarettes. Oui, deux cigarettes. C’est étonnant, non ? Bon, alors, vous les mangez, parce que vous êtes d’un naturel accommodant, vous êtes placide, vous ne voulez pas faire de vagues. Vous découpez donc les deux cigarettes, vous les mâchez consciencieusement et vous les avalez. Vous vous dites : « De toute façon, je me rattraperai sur le plat de résistance. » Dix minutes plus tard arrive ledit plat de résistance. Vous aviez commandé des spaghetti carbonara ou un tajine aux pruneaux, voire des filets de sole. Mais, à votre profonde stupéfaction, le serveur dépose devant vous cinq cigarettes sur une belle assiette, avec un couvert étincelant de propreté. Vous jetez un coup d’œil autour de vous et vous remarquez que tout le monde mange des cigarettes, dans ce beau restaurant de Tanger, de Casablanca ou de Marrakech.

La mort dans l’âme, vous découpez vos clopes, vous les assaisonnez d’un peu de vinaigrette, vous mastiquez et vous finissez par avaler le tout. Pendant ce temps, vous pensez au sorbet à la crème chantilly qui va vous consoler de tant d’avanies. Vous passez commande et vous attendez, légèrement mélancolique. Et voilà enfin le dessert, le fameux sorbet à la crème chantilly. Catastrophe ! Il semble qu’il y ait maldonne, parce que, au lieu du sorbet, le serveur dépose devant vous un cigare, déjà découpé en tranches puisque nous sommes dans un établissement de grande classe ; et il ne vous reste plus qu’à ingurgiter à petites doses le Montecristo qui constituera votre dessert.

Arrivé là, vous devez vous demander ce que j’ai moi-même fumé pour raconter une histoire aussi surréaliste. Eh bien, pas du tout, tout cela est vrai, ça m’est arrivé à quatre reprises cette semaine : d’abord dans un grand hôtel de Casablanca que je ne nommerai pas, puis à Fès dans un petit troquet, ensuite à Rabat, dans l’Agdal, et ensuite à Marrakech. Partout j’ai commandé des menus alléchants – entrée, plat, dessert –, et partout on m’a servi la même chose : des cigarettes comme entrée, des cigarettes pour la suite, et des cigarettes ou même un cigare au dessert. C’est quand même ébouriffant ! Suis-je le seul à m’inquiéter de ce phénomène ? Est-ce que notre agriculture ne produit plus que du tabac ?

Maintenant, il se peut que je me sois un peu emmêlé les pinceaux et qu’on m’ait effectivement servi de la vraie et bonne nourriture dans toutes ces villes. Mais vu que tout le monde fumait autour de moi, on aurait pu tout aussi bien me servir des cigarettes et faire l’économie du cuisinier – toujours ça de pris. Je lance donc ici un appel aux pouvoirs publics et au civisme des citoyens – on peut toujours rêver – pour leur rappeler cette vérité qui serait évidente si nous n’étions pas tous pris dans un nuage de fumée qui nous rend aveugles : un restaurant, c’est fait pour y manger…

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