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17/05/2010 à 16:10
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Claude Mwangelu, le 'Monsieur diversité' de la SNCF. Claude Mwangelu, le "Monsieur diversité" de la SNCF. © Bruno Lévy pour J.A.

Psychologue du travail, ce Congolais est devenu le « Monsieur Diversité » de la SNCF. Sa mission : ouvrir l’entreprise aux minorités en évitant le piège de la discrimination.

Il insiste. Son job, ce n’est pas seulement d’aider la SNCF à recruter plus de Noirs et d’Arabes. « Retenir la couleur de peau, c’est réducteur. » Il y a aussi les seniors, les femmes, les handicapés, bref, « toutes les formes de diversité ».

Dans son minibureau – le numéro 1174 –, au onzième étage du siège de la SNCF, à Paris, Claude Mwangelu s’est mis à l’aise. Il a tombé la veste, s’est assis à la petite table ronde, laissant derrière lui téléphone, ordinateur et dossiers. Plus chaleureux, moins formel pour le visiteur. Mais quand il s’agit de dérouler les précisions liminaires sur ses fonctions, son visage tout en rondeurs se crispe un peu, sa voix posée prend des accents autoritaires. Le psychologue du travail – il a obtenu son diplôme de troisième cycle à Paris – se transforme en professeur. C’est qu’il tient à bien cadrer une mission qui, sur sa carte de visite, s’étire sur presque deux lignes : « directeur de la promotion de l’égalité des chances et des diversités et responsabilité sociale de l’entreprise ». Ouf !

Les titres à rallonge, Claude Mwangelu connaît. Franco-Congolais (RD Congo), il est le fils d’un diplomate ayant servi pendant l’ère ronflante et ultrabureaucratique du maréchal Mobutu. Mais c’est le seul point commun entre la SNCF et la haute fonction publique zaïroise, à laquelle il s’est frotté, gamin, dans de nombreuses ambassades (au Nigeria, Tchad, Togo, Cameroun, Vatican…). « La SNCF n’a pas créé la fonction que j’occupe pour le symbole », insiste-t-il.

On a bien envie de croire ce grand type sérieux de 45 ans, père modèle de trois enfants – « je ferais tout pour eux » – qui, à la fac, préférait le travail aux sorties en boîte, a toujours obtenu ses diplômes avec mention et dont la SNCF est une seconde maison qu’il respecte : « Elle fait partie du patrimoine national. » Claude Mwangelu y est entré il y a dix ans. Il a commencé comme chef d’une agence de recrutement, à Strasbourg, puis s’est baladé dans ce labyrinthe où travaillent 180 000 personnes, allant de la direction régionale du management à l’administration des ventes du fret. Sans jamais lâcher les ressources humaines et l’Alsace, ses deux fils d’Ariane : le premier est sa passion ; le second, sa région d’adoption, où il a rencontré son épouse (originaire de l’est de la France), où il a débarqué avec ses sept frères et sœurs, au milieu des années 1980, quand le pater familias voyageur avait décidé de fixer son petit monde quelque part.

Muté à Paris en septembre 2009 pour prendre ses fonctions actuelles, Claude Mwangelu évoque avec une même nostalgie « la profondeur des relations humaines en Alsace » et les spécialités locales : la choucroute, bien sûr, le baeckeofe, surtout, un ragoût de viandes qu’il « adore plus encore ». Mais il s’est dit que la proposition de la SNCF valait bien quelques sacrifices culinaires.

Dans l’histoire du fleuron des transports, il est le premier grand manitou chargé de la promotion de l’égalité des chances et de tout ce qui s’ensuit. La création du poste est le résultat d’une prise de conscience accélérée par les émeutes dans les banlieues, qui ont ébranlé l’Hexagone en 2005 : les entreprises doivent faire quelque chose pour enrayer l’exclusion de certaines catégories de la population – immigrées, souvent. Cette année-là, le patron des chemins de fer se dote d’un conseiller pour l’égalité des chances. Quatre ans plus tard, il va plus loin avec la mise en place d’une fonction ad hoc.

Est-ce un hasard si son titulaire est un Noir, d’origine subsaharienne ? La SNCF franchit-elle vraiment le seuil du symbole ? Considère-t-elle vraiment que la diversité ne se limite pas aux différentes couleurs de peau ? Claude Mwangelu a une petite méthode bien rodée pour contourner les questions : « Quelles que soient les raisons qui ont poussé l’entreprise à me mettre là, j’ai envie de faire bouger les choses. »

Alors, comment fait-il ? Du 16 au 31 mars, un « train pour l’emploi et l’égalité des chances », dont la mise en place l’a beaucoup occupé, a sillonné la France avec des haltes dans onze grandes villes pour proposer, au total, 30 000 jobs et formations. Une dizaine d’entreprises ont participé aux côtés de la SNCF. Autre truc, le « recrutement dans les quartiers ». Les deux démarches ont le même but : aller chercher de potentielles recrues qui, à cause de leur âge, de leur handicap, de leur formation ou de leur milieu social, n’osent pas rêver d’un emploi à la SNCF. « On casse l’autocensure, on va leur dire qu’on a besoin d’eux. » La mission est belle, mais dangereuse. Elle peut tourner à la discrimination positive. L’idée n’étant pas encore acceptée dans l’opinion française, l’effet serait désastreux pour l’image. Alors, partout où il va, Monsieur Diversité rappelle : « On n’est pas là pour faire de la discrimination dans l’autre sens. » Et précise que les candidats passeront des tests comme tout le monde.

Recruter des oubliés de l’intégration sans faire de favoritisme : la marge de manœuvre de Claude Mwangelu est étroite. Loyal envers son employeur, lui qui utilise rarement la première personne ne l’avoue pas. Être toujours prudent, ne pas déborder, ne pas sortir de son rôle. En général, le sujet professionnel ne provoque chez lui ni emphase, ni transport, ni émoi. Il faut l’emmener sur d’autres terrains. Sa dernière lecture, par exemple, Mes étoiles noires, de Lilian Thuram­ : « Je trouve ça génial, j’adore ce garçon, j’en ai distribué à certaines personnes, y compris à la SNCF. » La façon qu’a le footballeur d’écrire une histoire noire moins partielle que celle que l’on veut bien montrer en France l’emballe : « Comment voulez-vous que mes enfants se projettent dans l’histoire noire si on ne leur en apprend que l’esclavage ? » Autre sujet qui le fait sortir de sa réserve : la polémique sur l’identité nationale, qui a parasité les débats politiques avant les élections régionales de mars : « Je me sens indirectement stigmatisé. »

Mais là où le cœur affleure le plus, c’est quand il s’agit de la RD Congo, son pays natal. Claude Mwangelu n’y a pas mis les pieds depuis 1995. Cette année-là, il y était retourné après une longue absence. « Je n’avais pas laissé ça comme ça », dit-il. Car ses souvenirs à lui, ce sont les dimanches à la ferme de Nsele – un complexe agricole, avec un parc d’attractions, à côté de la capitale –, la foire de Kinshasa, le cinéma, le vélo. Autant de vestiges aujourd’hui. « C’était super, se souvient-il. Même les pauvres avaient la capacité de recevoir des gens chez eux. Il y avait encore trois classes sociales. » Bientôt, il pourra mesurer ce qu’il reste de cet âge d’or. Il prévoit un voyage avec femme et enfants à Kinshasa. En attendant, il suit la politique locale sur les sites internet congolais, et avec ses amis restés au pays, par l’intermédiaire de Facebook.

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