C’est un petit bout de terre perdu dans l’océan Indien. Un avant-goût de paradis, incrusté entre l’Afrique et l’Asie, où la beauté des plages masque parfois d’autres décors magiques, quand la mer rejoint le ciel et que les montagnes verdoyantes se découpent à l’horizon. Côté pile, Maurice est cette émeraude dans un écrin de satin bleu que les voyagistes nous vendent en nous promettant luxe, calme et volupté. Côté face, c’est une île surpeuplée, dépourvue de ressources naturelles et régulièrement visitée par les cyclones. Une nation a priori ingérable, véritable mosaïque ethnique et religieuse. Y vivent, côte à côte plus qu’ensemble, les descendants des premiers colons européens et ceux de leurs propres esclaves, amenés d’Afrique de l’Est et d’Afrique de l’Ouest ; les arrière-petits-enfants des travailleurs débarqués d’Inde au XIXe siècle et la progéniture de ces Chinois du Sud venus chercher fortune. Melting-pot sidérant, concentré de la planète sur seulement 2 000 km2 : bouddhistes, hindous, musulmans, catholiques, anglicans, adventistes, francophones, anglophones, créolophones, locuteurs en hindi, tamoul, ourdou, mandarin…
Pays complexe donc, longtemps présenté comme le miracle économique de l’Afrique et qui vient de donner une nouvelle leçon – de démocratie cette foi – au continent. Les élections législatives du 5 mai ont reconduit Navinchandra Ramgoolam à la tête du gouvernement. Le système électoral mauricien, inspiré de celui de la Grande-Bretagne, est loin d’être parfait, souvent obscur pour le commun des mortels, et favorise votes communautaires et replis identitaires. Il ressemble la plupart du temps à une sarabande d’alliances improbables et de deals politiques non moins étranges. Sauf que les électeurs sont au fait de toutes les tractations avant de se rendre aux urnes. Mais ce système favorise l’alternance (c’est la première fois, depuis 1991, que le Premier ministre rempile…) et incite les électeurs à voter : près de 80 % de taux de participation ce 5 mai, loin, très loin des pourcentages anémiques habituellement constatés en Afrique.
Last but not least, si la campagne électorale n’a pas tutoyé les cimes en termes de débats d’idées, les adversaires politiques se respectent et adoptent tous, le scrutin terminé, un comportement d’une dignité rare. Avant même les résultats officiels, l’opposant Paul Bérenger a reconnu sa défaite lors d’une adresse à ses partisans retransmise à la radio. Le vainqueur, lui, s’est contenté de célébrer sa victoire sobrement. Il n’y aura, demain, ni chasse aux sorcières ni règlements de comptes. Un comportement suffisamment rare en Afrique pour être souligné et donc un modèle dont les classes politiques – qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition – feraient bien de s’inspirer.

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