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Charles Pasqua condamné à un an de prison avec sursis

30/04/2010 à 14:10
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Charles Pasqua au premier jour de son procès, le 19 avril 2010. Charles Pasqua au premier jour de son procès, le 19 avril 2010. © AFP

Vendredi 30 avril, le sénateur UMP de 83 ans a été condamné à un an de prison avec sursis par la Cour de justice de la République qui l'a jugé coupable de complicité d'abus de biens sociaux et de complicité de recel. Portrait d'un pilier de la droite française que la justice rattrape à la fin de sa carrière.  

« L’amitié n’a rien à voir avec l’argent. Vous m’imaginez réclamer un pot-de-vin ? » C’est Charles Pasqua qui pose la question, quand il s'agissait d'emporter la conviction des juges de la Cour de justice de la République (CJR), une juridiction d’exception compétente pour juger les crimes et délits commis par les ministres dans l’exercice de leurs fonctions. Celle-ci vient en effet de le condamner à un an de prison avec sursis pour complicité d'abus de biens sociaux et complicité de recel dans l'affaire des contrats de la Sofremi (société de matériel de police liée à l'Intérieur) - une seule des trois affaires de malversations présumées intervenues lorsqu'il était ministre de l'Intérieur entre 1993 et 1995.

« Traîné dans la boue depuis dix ans », l’ancien ministre de l’Intérieur (83 ans) qui, en 1986, menaçait de « terroriser les terroristes », a cependant été relaxé pour des faits de « corruption passive » dans l'autorisation d'exploitation du casino d'Annemasse (Haute-Savoie), qui aurait permis de financer plus tard son parti, le Rassemblement pour la France (RPF), et pour des faits de complicité et de recel d'abus de bien sociaux dans le cadre de l'autorisation du déplacement du siège de GEC-Alsthom.

Funeste destin judiciaire pour ce fils de policier entré en résistance à l’âge de 16 ans contre l’occupant nazi et qui, connu pour sa gouaille, son sens de la formule et sa capacité à tisser de solides réseaux, a dû s’expliquer publiquement. Sa stratégie de défense ? « On ne prête qu’aux riches. »

L’autorisation d’ouvrir un casino ou le transfert d’un siège social, qui lui valaient de comparaître devant des magistrats professionnels et des parlementaires, ne seraient, selon lui, que la conséquence de son influence supposée dans nombre de dossiers sensibles. Le mettre en cause, rappelle-t-il, est un jeu dangereux. De fait, ce saurien du marigot de la Ve République, qui elle-même ne croque judiciairement que ses plus vieux serviteurs – hier Maurice Papon, demain Jacques Chirac –, a déjà montré sa capacité de nuisance. Les carrières présidentielles fracassées de Jacques Chaban-Delmas ou de Valéry Giscard d’Estaing font partie de ses trophées de chasse. Il a également contribué au coup de poker manqué d’Édouard Balladur contre Chirac, en 1995. Faiseur de princes, noueur d’alliances stratégiques, Pasqua s’est peut-être cru protégé par un bouclier inoxydable.

Cofondateur, en 1959, avec Jacques Foccart, du Service d’action civique (SAC), chargé de la défense inconditionnelle des intérêts du régime gaulliste, il a brillé dans le secteur privé en gravissant les échelons du groupe Paul Ricard, le géant mondial de l’anisette.

Fidèle à ses origines corses, il a gardé des relations très proches avec l’influente diaspora insulaire installée en ­Afrique. Congo, Gabon, Angola, casinos, ventes d’armes… son nom apparaît régulièrement dans les dossiers de la « Corse-Afrique ». « Sur le plan fiscal, le Congo c’est la ­France », s’est-il justifié devant la CJR, qui tente de lever un voile sur le financement occulte des partis politiques.

Son rapprochement avec l’actuel chef de l’État, Nicolas Sarkozy, illustré médiatiquement par le dénouement musclé de la prise en otages d’écoliers à Neuilly-sur-Seine en 1993, confirme le flair de ce précurseur du thème populaire et populiste du tout-sécuritaire. Ce même Sarkozy dont il fut le témoin à son premier mariage et qui lui a ravi la mairie de la commune la plus prospère de France… Président du conseil général des Hauts-de-Seine (1988-2004), considéré, avec la mairie de Paris, comme un tremplin pour l’Élysée, Pasqua a longtemps pensé appartenir à la caste des intouchables de la République. C’était compter sans les juges d’instruction, tenaces verrous de la vie démocratique.

Inquiété dans une demi-douzaine de dossiers, il se défend en menaçant. À l’instar d’Alfred Sirven dans l’affaire Elf, dont l’annonce des « révélations » avait empoisonné les relations entre Paris et Libreville, il s’estime en mesure de « faire sauter la République ». Mais cette stratégie du chantage a ses limites.

Souvent relaxé, mais aussi condamné, dans l’Angolagate notamment, Pasqua le matois aime convoquer la presse pour « révéler » les sombres dessous de la politique. Cibles de ses menaces : Jacques Chirac, dont il fut le mentor et avec qui il fonda le RPR pour conquérir l’Élysée, ou Dominique de Villepin, le dauphin de l’ex-­président.

Valises portées par son fidèle complice Jean-Charles Marchiani, écoutes téléphoniques versées à l’instruction de l’ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, fuites sur la vie privée de Patrick Balkany, l’influent maire de Levallois-Perret, dans son fief francilien… l’ancien ministre a fait feu de tout bois pour alimenter sa défense en espérant ranimer de vieilles amitiés stratégiques. Sans jamais franchir la ligne rouge du secret d’État et avec pour credo : « Je sais tout, mais je le dirai le moment venu. » Pour le sénateur vieillissant des Hauts-de-Seine, le temps est venu de compter ses amis une dernière fois. 

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