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20/04/2010 à 16:30
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Avec une supportrice, le 12 novembre 2009, à Siem Reap, au Cambodge. Avec une supportrice, le 12 novembre 2009, à Siem Reap, au Cambodge. © CHOR SOKUNTHEA/REUTERS

Ancien Premier ministre thaïlandais

« Ma popularité est devenue un problème. » Sans fausse modestie, Thaksin Shinawatra se plaint d’un mal dont rêveraient beaucoup d’hommes politiques. Aussi affable que redouté, l’ancien Premier ministre thaïlandais en exil est aujourd’hui considéré comme le personnage clé de la crise politique qui agite le royaume de Siam. Ses partisans, les Chemises Rouges, ont engagé une sanglante épreuve de force avec le gouvernement de transition dirigé par Abhisit Vejjajiva et l’armée thaïlandaise. Jour après jour, le bilan des affrontements s’alourdit, même si Thaksin affirme « supplier » ses sympathisants « d’agir pacifiquement » et propose une prime de 100 000 baths (2 300 euros) pour indemniser chacune des familles de victimes tuées dans des combats de rue.

Élu régulièrement en 2001, renversé par un coup d’État militaire en septembre 2006 alors qu’il participait à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, l’homme d’affaires n’a jamais renoncé à reconquérir le pouvoir. Actuellement localisé au Cambodge, il est accusé par ses opposants, les Chemises Jaunes, réputés proches des militaires et du palais royal, de « manipuler » ses partisans en utilisant notamment les réseaux sociaux informatiques (Twitter, Facebook). Adepte de la visioconférence, Thaksin est devenu en quelques mois une icône de la cyberdissidence dans un pays où plus d’une personne sur quatre a accès à internet.  Le singulier parcours de Thaksin explique pourquoi, à 59 ans, il a pris la mesure des enjeux stratégiques de la Toile avant ses adversaires. Né dans le nord du royaume, à Chiang Mai, il a terminé ses études aux États-Unis avec un doctorat en criminologie. Il débute sa carrière dans la police avant de se lancer dans les affaires. En 1987, il crée le Shinawatra Computer & Communication Group (SCCG). Premier succès : il obtient le marché pour équiper la police avec des ordinateurs IBM. Deuxième temps fort de cette success story : le boom de la téléphonie mobile, un secteur dans lequel il se positionne comme pionnier dès 1990 et qui le fait rentrer dans le club des premières fortunes du royaume. Informatique, téléphonie, médias : dans ces trois secteurs stratégiques, Thaksin est devenu incontournable. Son sens des affaires et son ambition mènent tout naturellement en politique celui qu’en Europe on pourrait comparer à l’Italien Silvio Berlusconi ou au Français Bernard Tapie. L’efficacité en plus. Réélu en février 2005 par un électorat traumatisé par le terrible tsunami de décembre 2004, il mène une politique économique et sociale audacieuse qui trouve une large audience dans les classes populaires.

Ses ennemis, en revanche, n’oublient pas la violence et la brutalité dont il a fait preuve lors de la campagne antidrogue en 2003 (plus de 2 000 morts) ou en 2004 contre les séparatistes musulmans des provinces du Sud. Mais c’est un scandale financier qui va faire tomber celui qui fait de l’ombre jusqu’aux pieds du trône au très respecté mais vieillissant roi Rama IX. En 2006, la vente d’une partie de son groupe à une société de Singapour met en lumière son immense fortune, et une fraude fiscale de grande ampleur donne corps aux rumeurs de corruption de son clan. C’est le début de la fin pour Thaksin qui, après un cycle de manifestations, est déposé par l’armée, puis condamné par contumace. Commence alors pour lui un exil international doré qui le mène au Royaume-Uni, où il s’offre le club de football de Manchester City, à Dubaï, où il reçoit régulièrement la presse internationale, et au Monténégro, dont il obtient la nationalité et le passeport.

Fin 2009, l’insaisissable Thaksin Shinawatra est invité au Cambodge, où il est nommé « conseiller économique » du Premier ministre Hun Sen. Depuis, dans un lieu tenu secret, il continue d’abreuver ses partisans de messages électroniques et télévisés. Mais cette campagne de déstabilisation numérique a pris un tour nouveau fin février quand la Cour suprême a confirmé la confiscation de ses avoirs à hauteur de 1 milliard d’euros.

« J’ai du pouvoir, je suis populaire, j’ai de l’argent et je viens de la campagne. Je suis victime de mon propre succès. C’est pourquoi l’élite de Bangkok cherche à me détruire », se défend aujourd’hui le tycoon du multimédia dont la force de frappe fait trembler la vieille élite thaïlandaise.

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