Extension Factory Builder

Entre la justice et mon cousin...

08/04/2010 à 17:16
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

En visitant l’exposition « Crime et châtiment », qui se tient actuellement au Musée d’Orsay, à Paris, j’ai appris que la dernière personne condamnée à mort et guillotinée en France fut… un Tunisien. Plus encore. Un « 08 », comme on dit en Tunisie, en référence à l’indicatif téléphonique de la région nord-ouest dont les Romains avaient fait jadis leur pays de cocagne et qui se mit, au XXe siècle, à exporter ses enfants, lorsque le blé ne fut plus engrangé et que l’émigration devint le parcours du pauvre.

Il se trouve que c’est aussi la région dont votre serviteur est issu (c’est quoi le féminin de serviteur ?). Non, je ne vais pas vous gratifier d’une plaidoirie post-mortem pour mon compatriote, ni céder au réflexe de la tribu en clamant, à la manière d’Albert Camus, « entre la guillotine et mon cousin djendoubien »… L’homme avait commis un crime atroce. Mais on lui doit l’arrêt définitif de la machine à tuer : au moment où sa tête roula sur le bitume, ce 10 septembre 1977 très exactement, le débat qui secouait la France depuis le XVIIIe siècle fut tranché, et la guillotine vouée à l’oubli. Pour une fois qu’un Arabe rend service aux Français, fût-ce au péril de sa vie, si je puis me permettre, et subit le même sort que le roi de France, il fallait le rappeler.

Voici l’histoire de Hamida, « un patronyme de fille », affirmaient les journaux de l’époque, car il ne se trouvait pas alors d’arabisants férus pour leur répondre que le « a » était en trop et que « Hmida » était le vrai prénom du garçon. Né en 1949, Djedoubi était venu, à l’âge de 20 ans, travailler à Marseille comme manutentionnaire. À la suite d’un accident du travail, il fut amputé d’une jambe. Il sombra dans l’alcool, devint violent et prostitua sa maîtresse, Élisabeth Bousquet, qui le livra à la police et dont il jura de se venger. Deux mois plus tard, dans une cabane abandonnée, des enfants découvraient le corps sans vie et atrocement torturé de la jeune femme. Hamida fut jugé et exécuté dans la cour de la prison des Baumettes, à Marseille.

Maintenant, n’allez pas trop ébruiter cette histoire. L’extrême droite et les tenants de « l’identité nationale » y trouveraient un argument supplémentaire pour leurs thèses anti-immigrés. Tiens ! À ce propos, j’ai oublié un détail : on raconte qu’au moment d’être guillotiné, à 4 h 40 précises, Hamida avait mis sa prothèse pour descendre jusqu’à la guillotine. Il n’avait pas eu le moindre geste de protestation ni une parole déplacée. Il avait seulement demandé à fumer. Une première cigarette. Puis une deuxième. Et un témoin de relater : « Il aurait aimé tirer encore quelques bouffées, mais un haut fonctionnaire a dit : “Ah, non, cela suffit ! Nous avons été assez conciliants !” » On aurait dit Éric Zemmour qui parle…

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

POST-Sriptum Article suivant :
« Coup d'Etat démocratique »

POST-Sriptum Article précédent :
Détruire, disent-ils

Réagir à cet article

International

Football : Luis Fernandez sur le point de signer avec la sélection guinéenne ?

Football : Luis Fernandez sur le point de signer avec la sélection guinéenne ?

Le Français Luis Fernandez pourrait signer son contrat de sélectionneur de la Guinée dans le week-end.  [...]

Les sons de la semaine #33 : Les Ambassadeurs du Motel de Bamako, Protoje, FKA Twigs, Kaaris

Bienvenue dans notre d'horizon musical hebdomadaire ![...]

Djibouti : Le Drian viendra... mais plus tard

Très attendue par les autorités comme par les militaires français, la visite de Jean-Yves Le Drian à Djibouti, qui devait avoir lieu au mois d'avril, a été reportée.[...]

Santiago Zannou : un rôle à jouer

De père béninois et de mère espagnole, le réalisateur place l'immigration et le métissage au coeur de ses films. La singularité de ses histoires lui a ouvert les portes du[...]

Yémen : le président Abd Rabbo Mansour Hadi s'est réfugié en Arabie saoudite

Alors que la confusion règnait sur le sort du président Abd Rabbo Mansour Hadi, ce dernier est arrivé jeudi en Arabie saoudite, le jour même où la coalition menée par Ryad[...]

"Comme un cri" : exorciser le naufrage du Joola

Pièce coup de poing, Comme un cri revient sur le drame du Joola et pointe une nouvelle fois la responsabilité des autorités sénégalaises.[...]

Cinéma : Dear White People, chers petits Blancs...

Avec son film "Dear White People", le réalisateur africain-américain Justin Simien dénonce les préjugés raciaux toujours vivaces dans le pays d'Obama... et suscite la[...]

Hervé Ladsous : "Le maintien de la paix ne représente que 0,4% des budgets militaires dans le monde"

Pour la première fois, les chefs d'état-major de 120 pays membres des Nations unies se réunissent vendredi 27 mars à New York pour plancher sur les enjeux complexes du maintien de la paix à[...]

Yémen : les rebelles progressent, le président Hadi en fuite

Alors que l'incertitude régnait sur son sort, le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, a quitté le pays en bateau, ont annoncé des responsables yéménites.[...]

Racisme en Belgique : "Il faut prendre conscience de l'ampleur du problème"

Depuis le lancement du hashtag #dailyracism, de nombreux Belges ont témoigné, sur les réseaux sociaux, du racisme quotidien qu'ils subissent.  [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers