Extension Factory Builder
29/03/2010 à 12:13
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Depuis un an, Israël est affligé d’un ministre des Affaires étrangères à qui ses homologues du monde entier hésitent à serrer la main en public tant il apparaît dangereux, irresponsable et moralement infréquentable. Avigdor Lieberman à la tête de la diplomatie de l’État hébreu, c’est un peu, beaucoup, comme si Jean-Marie Le Pen s’asseyait au Quai d’Orsay, derrière le bureau de Bernard Kouchner : une tache de ketchup sur la tapisserie, quelque chose comme une boule puante dans un univers aseptisé. Histoire de célébrer ce douteux anniversaire, cet ancien videur de boîte de nuit moldave immigré en Israël il y a trois décennies vient d’accorder un long entretien à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, dans lequel il résume ce qui lui tient lieu de pensée.

Celui qui, il y a quelque temps, menaçait de bombarder le barrage d’Assouan en Égypte, vouait Hosni Moubarak aux flammes de l’enfer, et qui rêve aujourd’hui de vitrifier l’Iran, a au moins le mérite d’exposer crûment ce que son Premier ministre, Benyamin Netanyahou, n’ose encore avouer sans un minimum de précautions : on peut être à la fois sioniste et d’extrême droite ; il n’y a pas de bons Palestiniens, à moins qu’ils n’aient été préalablement « casherisés » (au sens politique : soumis) ; et hors les colonies, point de salut. Lieberman, qui s’honore de vivre lui-même au cœur de l’implantation juive de Nokdim et dont les colons constituent, avec les immigrés d’origine russe, le socle électoral, reproche ainsi à Ariel Sharon (qu’il qualifie de « brave type » un peu naïf) d’avoir évacué la bande de Gaza. À ses yeux, les enclaves des talibans israéliens constituent « un second mur de défense » destiné à protéger le cœur sacré de la nation « depuis l’époque de la Bible et du roi David » contre des populations arabes à qui l’on a tout concédé (à tort), sans rien obtenir en retour. La grille de lecture de cet homme de 51 ans, objet de surcroît de graves accusations mettant en cause sa probité personnelle et qui affirme préférer « la vérité amère aux mensonges sucrés », est d’ailleurs d’une simplicité biblique : le conflit israélo-palestinien est à ses yeux une sorte de virus mutant incontrôlable. Territorial au départ, puis religieux, il est devenu aujourd’hui « un choc de civilisations » pour lequel il n’entrevoit « aucune solution ».

« No future », c’est aussi ce que suggérait cette semaine, pas si loin de Jérusalem – et toujours dans Der Spiegel –, un autre paria de la diplomatie internationale, le président soudanais Omar el-Béchir. A priori, tout l’oppose à Lieberman. En réalité, celui qu’un procureur général de la Cour pénale internationale, au bord de la crise de nerfs, Luis Moreno-Ocampo, n’hésite pas à comparer à Hitler (ce qui est tout de même assez sidérant), partage avec le ministre israélien une structure mentale identique. Autisme, extrémisme et provocation. « La CPI m’a rendu un service auquel je n’osais pas rêver, dit Omar el-Béchir. Je n’ai jamais été aussi populaire chez moi et je me sens en totale sécurité. » Pour lui aussi, le conflit du Darfour n’a pas de solution, pour la bonne raison qu’il n’y a pas de conflit. Avec de tels hommes au pouvoir, la paix dans le monde n’a qu’à bien se tenir. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Suivez le "Guide"

Editorial précédent :
Hayatou et la bêtise humaine

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Syrie : à Kobané, l'armée américaine largue des armes aux Kurdes

Syrie : à Kobané, l'armée américaine largue des armes aux Kurdes

L'armée américaine a annoncé dimanche soir avoir largué pour la première fois des armes aux combattants kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobané, assiégée pa[...]

Libye : 75 morts en moins d'une semaine dans les combats de Benghazi

Neuf personnes ont été tuées dimanche dans de nouvelles violences à Benghazi, portant à 75 le bilan des morts depuis le début d'une offensive contre les groupes islamistes qui[...]

Le FMI met en garde l'Algérie au sujet de ses dépenses publiques

Après la visite en Algérie (17 septembre-1er octobre) d'une délégation du Fonds monétaire international, une sévère mise en garde a été[...]

"Sale Marocain !"

Il existe aux Pays-Bas une institution nommée "Kinderombudsman", qui est chargée de veiller sur la bonne santé des enfants du pays, ou plutôt sur leur "bien-être". Par[...]

Algérie-Maroc : Rabat accuse l'armée algérienne d'avoir ouvert le feu sur des civils marocains

Le Maroc a dénoncé un "acte irresponsable" et sommé l'Algérie de s'expliquer après des coups de feu tirés, samedi, à la frontière entre les deux pays.[...]

Égypte : sept soldats tués par une bombe dans le Sinaï

Sept soldats égyptiens ont été tués et quatre blessés dimanche par l'explosion d'une bombe au passage de leur véhicule dans la péninsule du Sinaï, ont indiqué des[...]

Libye : les États-Unis et des pays européens réclament la fin des combats

Les Etats-Unis et les grandes puissances d'Europe occidentale ont réclamé samedi la "fin immédiate" des combats en Libye, où des forces gouvernementales ont lancé des[...]

Libye : Abdelhakim Belhadj prend du galon

Ancien opposant à Kadhafi, l'islamiste nationaliste Abdelhakim Belhadj  s'impose comme un interlocuteur incontournable au milieu du chaos libyen.[...]

Algérie : Rafik Khalifa, après la gloire, les déboires

Pour l'ex-golden boy, déjà condamné à la réclusion à perpétuité en Algérie, les ennuis continuent. Il vient d'écoper de cinq ans de prison en France.[...]

Maroc : quand Mohammed VI charge les pays occidentaux

Extrêmement sévère à l'égard des anciennes puissances coloniales, la dernière allocution de Mohammed VI devant l'Assemblée générale des Nations unies a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers