Extension Factory Builder
22/03/2010 à 10:59
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

« La situation douloureuse que vit le Nigeria actuellement ressemble beaucoup à celle du sous-continent indien avant 1947, lors des massacres entre hindous et musulmans. » Mouammar Kadhafi est un homme plein de compassion. Les violences communautaires qui ont une nouvelle fois endeuillé le pays de l’invisible Umaru Yar’Adua ont poussé le « Guide » libyen à quitter sa tente pour montrer la voie de la paix. Et quelle voie ! Une partition du Nigeria en deux entités : un État musulman au Nord et un autre, chrétien, au Sud. Comme Kadhafi n’est pas homme à s’arrêter en si bon chemin, il a même proposé que l’ancien président Olusegun Obasanjo prenne la tête – sans élection préalable, cela va de soi – du Sud, qui aurait pour capitale Lagos, Abuja devenant celle du Nord.

La réaction nigériane ne s’est pas fait attendre : « propos irresponsables » pour le ministère des Affaires étrangères, « cet homme est fou, il ne mérite pas qu’on lui prête attention », dixit David Mark, porte-parole du Sénat. Il faut dire qu’au Nigeria une telle proposition réveille le souvenir de la tragique sécession – sur des bases ethniques – du Biafra, en 1967…

Le chantre de l’unité continentale, obsédé par son projet d’États-Unis d’Afrique, n’est plus à un paradoxe près. Il a, par le passé, navigué entre les positions les plus contradictoires, prêchant tantôt l’union, tantôt la partition, selon l’humeur du moment. Et comprenne qui pourra… Dans la foulée de sa prise de pouvoir, le 1er septembre 1969, il demandait déjà à l’Égyptien Gamal Abdel Nasser de diriger aussi la Libye. Puis vint le temps, dans les années 1970, des projets de fédérations les plus improbables : Libye-Tunisie, Libye-Égypte-Syrie, Libye-Tchad, Libye-Mauritanie (pays qui n’avait pas lieu d’exister, selon lui), sans oublier les éphémères États-Unis du Sahel. Last but not least, l’autoproclamé « Roi des rois d’Afrique » a même quitté les rivages de son « empire » pour se pencher, en janvier 2009, sur le berceau moyen-oriental muni de sa baguette magique : pour régler le conflit israélo-palestinien, la création d’un seul État, « Isratine » !

L’union fait donc la force. À moins que ce ne soit le ­contraire… Lors du génocide rwandais, notre très éclairé « Guide » avait doctement suggéré la création de deux États, ethniquement homogènes, l’un tutsi, l’autre hutu, avec son terrible corollaire : le déplacement de populations. Et pourquoi pas deux Côte d’Ivoire ou deux Kenya ? Pourquoi ne pas créer un État par ethnie ? Ou rassembler tous les musulmans au nord du continent et tous les chrétiens au sud ?

L’ex-président en exercice de l’Union africaine serait peut-être mieux inspiré de rechercher les causes réelles des multiples tensions ethniques ou religieuses. Pauvreté, exclusion, inégale répartition des richesses, frustration, déficit démocratique, intolérance… Les racines du mal sont nombreuses et profondes. C’est pourquoi tous nos efforts doivent tendre à les extirper. Kadhafi, lui, préfère apparemment les arroser…

Retrouver notre enquête "Chrétiens en terre d'Islam : l'impossible cohabitation ?" dans le numéro 2567 de Jeune Afrique, en kiosques jusqu'au 27 mars.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Togoleries

Editorial précédent :
No future 


Réagir à cet article

Continental

Lutte conte Ebola : qui donne, combien et à qui ?

Lutte conte Ebola : qui donne, combien et à qui ?

Depuis le mois de mars, le virus Ebola a déjà fait officiellement plus de 5 400 morts en Afrique de l'Ouest. Qui, à travers le monde, se mobilise financièrement pour stopper l'épidémie ? G[...]

L'Afrique, cible prioritaire de l'industrie des biens de consommation européenne

L'Afrique sera d'ici à 2017 le deuxième marché prioritaire pour l'industrie des biens de consommation européenne, selon une étude du cabinet Deloitte. Le continent devrait enregistrer une hausse[...]

BAD : un tiers des Africains font-ils réellement partie de la classe moyenne ?

L'Afrique avance, bien sûr, et se consolide de l'intérieur. Mais de là à affirmer qu'une personne sur trois appartient désormais à la classe moyenne, il y a un pas... que la BAD[...]

Après Ebola, le virus Nipah sur les rangs...

Selon une étude américaine réalisée au Cameroun, le virus nipah a déjà infecté de nombreuses personnes en Afrique. Jusque là seulement observé en Asie, il est[...]

Développement : pourquoi l'Afrique doit réussir sa transition démographique

L'Afrique subsaharienne va-t-elle enfin entrer dans une ère de transition démographique ? Selon le rapport du Fonds des Nations unies pour la population, publié ce 18 novembre, sa population commence[...]

CAN 2015 : comment le Maroc s'est mis hors jeu

La Coupe d'Afrique des nations ne se jouera pas au Maroc, qui avait demandé un report en invoquant le "péril Ebola". Récit de ces folles semaines qui ont mis Rabat et la CAF au bord de la[...]

CAN 2015 : comment la Guinée équatoriale s'est imposée

Plusieurs pays du continent auraient pu accueillir la CAN 2015. Certains ont décliné, d'autres se sont proposés. Le Qatar a même montré le bout de son nez. Mais la Guinée[...]

Santé : le manque de toilettes en Afrique, une "pandémie" orpheline ?

Nous sommes environ 7 milliards sur la planète. Quelque 6 milliards d'entre nous ont un téléphone portable, mais seulement 4,5 milliards d'être humains disposent de toilettes. Une situation dont plus[...]

Militaires, coups d'État et paradoxes démocratiques

Yann Gwet est un entrepreneur et essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Cameroun.[...]

African Petroleum : l'encombrant Frank Timis

Stuart Lake, directeur général d'African Petroleum depuis février, tient à garder ses distances avec le fondateur du groupe, l'homme d'affaires Frank Timis australo-roumain. Au sens figuré : dans[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers