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18/03/2010 à 13:10
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L'ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin L'ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin © Facelly/Sipa

Ancien Premier ministre français, représentant personnel du président Nicolas Sarkozy auprès du Conseil permanent de la Francophonie depuis octobre 2009.

Jeune Afrique : La Francophonie n’est-elle pas un combat d’arrière-garde ?

Jean-Pierre Raffarin : Elle le serait si elle était hors de son temps. Or elle s’affirme comme un espace de débats politiques et culturels en prise sur le siècle. Les pays qui la composent possèdent en commun un certain nombre de valeurs républicaines : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité ; mais aussi une valeur neuve et tout aussi universelle : la diversité. La Francophonie est le forum pertinent pour débattre de cette égalité et de cette diversité, qui ont parfois du mal à cohabiter. Je constate aussi que plus de la moitié des soldats engagés dans des opérations de maintien de la paix le sont dans des pays francophones, alors que seuls 15 % d’entre eux parlent le français. Ce n’est pas idéal pour l’efficacité de ces opérations !

N’est-il pas trop tard pour stopper le déclin du français ?

Je m’élève contre cette idée de déclin du français. Aux J.O. de Pékin, j’ai constaté que les Chinois respectaient à la lettre la charte olympique de Pierre de Coubertin : les délégations qui entraient dans le stade étaient d’abord annoncées en français, puis en anglais, puis en chinois.

En fait, si déclin il y a, c’est celui de « l’offre ». Quand on ouvre un lycée ou un collège français à l’étranger, on le remplit très vite. Même les pays qui, comme la Tunisie, en comptent déjà deux en veulent un troisième. J’estime qu’on n’a pas assez utilisé le grand emprunt [35 milliards d’euros destinés à doper la croissance, NDLR] au profit de la promotion du français, alors que c’est l’un des investissements les plus efficaces qui soit.

L’anglais ne s’est-il pas définitivement imposé dans les relations internationales ?

Nous devons renforcer l’exigence francophone. À Bruxelles, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, respectivement présidents de l’Union et de la Commission, qui sont l’un et l’autre francophones, s’expriment en anglais. À New York, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, en fait de même, bien qu’il prenne des cours de français. J’ai dit aux uns et aux autres qu’il fallait qu’on entende davantage parler français dans ces enceintes. Est-il normal que les journalistes qui couvrent ces institutions soulèvent des murmures quand, dans une conférence de presse, ils posent des questions en français ?

Comment convaincre les dirigeants français des institutions internationales de renoncer, au moins de temps en temps, à l’anglais ?

L’anglais n’est pas un ennemi : je le parle moi-même. Ce qui est choquant, c’est qu’un responsable francophone puisse faire du français un usage subalterne par rapport à l’anglais. C’est le cas de Dominique Strauss-Kahn au FMI, de Pascal Lamy à l’OMC, de Luc Guyau à la FAO ou de Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne. Je vais donc me montrer plus intransigeant sur ce point. Nous mobilisons tout le monde. Nos ambassadeurs à Washington, Bruxelles et Vienne réunissent périodiquement les ambassadeurs des autres pays francophones pour les sensibiliser à la valorisation de notre langue. En ce qui me concerne, je vais me rendre notamment à Genève, à Vienne et à Addis-Abeba pour y rappeler l’exigence francophone. 

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