Extension Factory Builder
15/03/2010 à 10:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Pour le candidat battu Jean-Pierre Fabre, la présidentielle togolaise du 4 mars se résume en un néologisme : « africaneries ». Pas très loin en somme de ces « bouffonneries de rois nègres » que dénonçaient autrefois, avec ironie et condescendance, ceux pour qui les Africains étaient irrémédiablement insolubles dans la démocratie. « Africaneries » ? Peut-être. À condition toutefois de reconnaître que les oppositions, de Lomé à Libreville, de Conakry à Brazzaville, prennent dans ce constat une part déterminante. Comment qualifier autrement en effet leur incapacité congénitale à s’entendre et l’impulsivité désordonnée, parfois irresponsable, de certains de leurs chefs ? Avec un leader historique, Gilchrist Olympio, seul à même de défier le chef de l’État sortant, qui s’autoélimine pour des raisons médicales que lui seul connaît et fait tout ou presque ensuite pour que son remplaçant échoue, le Togo est à cet égard un cas d’école. Surtout quand le candidat de substitution, incapable d’asseoir son autorité sur son propre parti et publiquement contredit par son représentant au sein de la commission électorale, se proclame vainqueur dès le lendemain du scrutin avec plus des trois quarts des voix. Avant de rabaisser, trois jours plus tard, ses prétentions de 30 %.

En réalité, il ne fallait pas être licencié en divination pour prévoir qu’avec une opposition aussi stressée et émiettée, et une élection à tour unique, Faure Gnassingbé avait la quasi-certitude d’être élu. Y a-t-il eu des manipulations ? Peut-être. Mais outre le fait que la fraude s’est elle aussi démocratisée (qui aura la naïveté de prétendre que le statut d’opposant immunise contre ce genre de tentation ?), tous les observateurs s’accordent à reconnaître que le déroulement des opérations électorales le jour du 4 mars ne remet pas en question de façon significative le résultat annoncé par la CEI. En revanche, les délégués de l’Union européenne ont eu raison de pointer les inégalités d’accès aux moyens et aux médias de l’État lors de la campagne électorale – et cela même si les vieilles démocraties qui leur servent de modèles sont loin d’être, sur ce point, toujours conformes à l’idéal démocratique (ah, la fameuse « prime au sortant » !).

Pour les oppositions africaines, dont certaines, en Guinée et au Niger, sont réduites à sanctifier des coups d’État militaires pour sortir de l’impasse – ce qui en dit long sur leur désarroi –, la leçon de Lomé est donc cruelle. Tant que l’alternance au sommet sans autre forme de programme et la contestation des urnes correspondront aussi étroitement à l’absence de stratégie et d’autocritique, les pouvoirs en place pourront dormir sur leurs deux oreilles. Résignés, désabusés et peu enclins à servir de munitions aux boutefeux, les électeurs, eux, choisiront de plus en plus l’« exit option » : l’abstention. Quant à Faure Gnassingbé, il a obtenu le 4 mars ce qu’il cherchait. Une légitimité toute neuve, qu’il ne doit ni à son parti, ni à sa famille, ni à son patronyme, mais à lui-même. Sans doute serait-il bien inspiré, dans son prochain discours d’investiture, de remercier M. Olympio pour l’aide qu’il lui a si obligeamment apportée… 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Football et politique



Editorial précédent :
Suivez le "Guide"

Réagir à cet article

Togo

Textile togolais : Nini ou les froufrous du business

Textile togolais : Nini ou les froufrous du business

Son École des arts de la mode a déjà formé 800 étudiants et elle publie un cahier de tendances destiné aux tailleurs et couturiers présentant, entre autres, ses cr&eacu[...]

Mode - Alphadi : "Donnons une chance à nos artisans"

Des entreprises de textile et des enseignes africaines ? Oui, c'est possible, explique Alphadi, le célèbre styliste nigérien. Qui plaide pour une plus grande implication de l'État togolais.[...]

Togo : l'autre Olympio

Dans la famille, il y a Sylvanus, le père de l'indépendance togolaise, Gilchrist, l'ex-opposant historique. Et maintenant, leur neveu, chef d'entreprise, qui entre en politique.[...]

Togo - Arthème Ahoomey-Zunu : "Les résultats des réformes sont là"

Amélioration des rentrées fiscales, adaptation des infrastructures, politique de l'emploi... Pour le Premier ministre, fini les plans d'urgence : place à l'émergence.[...]

Togo : en attendant la présidentielle

À Lomé, la question taraude tous les esprits : dans quelles conditions se déroulera la prochaine élection présidentielle, prévue début 2015 ? À moins d'un an de[...]

Arts : Jimi Hope et la note bleue

Bluesman et grand admirateur de Jimi Hendrix, le musicien Jimi Hope sculpte et peint aussi. Rencontre avec un ovni de l'art.[...]

Togo : en attendant la présidentielle, le gouvernement persévère

À moins d'un an de la présidentielle togolaise, le climat politique est relativement serein. L'occasion pour le pouvoir de poursuivre les réformes et d'améliorer le quotidien des Togolais.[...]

Togo : comme Nubukpo, ils ont répondu "présents, président !"

Ces quadras issus de grandes écoles ont tous fait une belle carrière à l'étranger. Le chef de l'État les a convaincus de mettre leurs compétences au service du pays.[...]

Togo : tout augmente... sauf le pouvoir d'achat

Entre 2000 et 2010, les prix auraient augmenté de 33 % en moyenne, au Togo, ce qui a entraîné une baisse du pouvoir d'achat de près de 25 % durant la même période. Dans un pays où[...]

Quand Lomé se rêve en Singapour

Lomé veut être une plateforme financière majeure en Afrique de l'Ouest. Et prend exemple sur Singapour.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers