Extension Factory Builder
08/03/2010 à 15:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Wade revendique la propriété intellectuelle du monument de la Renaissance africaine Wade revendique la propriété intellectuelle du monument de la Renaissance africaine © AFP

Le chef de l’État sénégalais, Abdoulaye Wade, et son Monument de la renaissance africaine, haut de 50 mètres, sont, depuis quelques semaines, sous le feu nourri des médias occidentaux. Journaux et télévisions rivalisent de formules assassines, de titres chocs et de reportages au vitriol pour fustiger l’érection de la statue.

Après « Les colosses de Dakar » (Libération), « Wade, un artiste incompris » (L’Express), « Ivresse du pouvoir et folie des grandeurs » (France 2), « Les délires du président Abdoulaye Wade » (Canal+), c’était au tour, cette semaine, de l’hebdo britannique The Economist d’entrer dans la danse avec un article corrosif titré « Statuesque ou grotesque » ? Tous dépeignent Wade comme un vieillard gâteux, rongé par la vanité du pouvoir au point de bâtir un monument de 26 millions d’euros alors que ses compatriotes vivent pour la plupart en dessous du seuil de pauvreté.

S’il y a des raisons de critiquer le projet, celles-ci ne sont pas les bonnes. La vanité peut être source de progrès, tout comme la volonté d’un dirigeant de graver dans la pierre la trace de son passage aux affaires. Dénier aux Africains le droit à des symboles parce qu’ils sont pauvres procède d’une cécité historique. Le château de Versailles, dont la France est si fière, avec ses ors, dorures et lambris, ses 67 000 m² de superficie, ses 2 000 pièces, ses 92 hectares de jardin… a été bâti au XVIIe siècle par Louis XIV à une époque où une bonne partie de ses sujets était en proie à la famine.

Comme ce château qui abrite aujourd’hui les cérémonials les plus solennels du rituel républicain français, la basilique de Yamoussoukro n’aurait jamais existé si Félix Houphouët-Boigny avait plus écouté les sarcasmes que sa volonté d’imiter les bâtisseurs qui firent le rayonnement des empires.

L’Afrique a aussi le droit de voir les choses en grand. Comme François Mitterrand qui, en dépit de la fin des Trente Glorieuses et de l’explosion du chômage de masse dans son pays pendant les années 1980, a entrepris la construction du quartier de la Défense, symbole de luxe et de démesure, avec son arche, ses immeubles en verre, ses tours triomphantes… The Economist n’a pas besoin d’aller plus loin que les palais de la couronne britannique pour voir la même démesure dans une forme rarement égalée.

Si le Monument de la renaissance africaine peut donner lieu à de vraies critiques (financement par une transaction foncière douteuse, réclamation par Wade de 35 % de droits d’auteur sur les fruits de l’édifice, recours à des architectes et sculpteurs extérieurs au continent…), le principe de sa construction se défend. D’autant que la renaissance africaine est une revendication d’identité et de progrès portée par de grandes figures : Marcus Garvey, Malcolm X, Patrice Lumumba, Gamal Abdel Nasser… Dans l’intimité de son bureau, un jour d’avril 2004, devant la maquette de ce qui n’était pas encore devenu le Monument de la renaissance africaine, Abdoulaye Wade m’a expliqué le sens de son projet : « À l’instar de ces personnages qui émergent de la montagne et s’élancent vers le ciel, l’Afrique doit sortir de sa torpeur. Mais le simple symbole ne suffit pas. Ce monument est conçu comme un projet culturel et touristique rentable. » Après tout, il y a longtemps que la tour Eiffel, à Paris, et la statue de la Liberté, à New York, sont devenues des œuvres commercialisées. Qui s’en offusque ?

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

POST-Sriptum Article précédent :
Berlusconi, ce machiste

Réagir à cet article

Sénégal

Architecture : pourquoi s'approprier l'héritage colonial est une bonne chose

Architecture : pourquoi s'approprier l'héritage colonial est une bonne chose

L'héritage achitectural colonial a souvent été délaissé en Afrique. Mais la tendance commence à s'inverser.[...]

CPI : Botswana, Sénégal et Sierra Leone se disputent la présidence de l'Assemblée

L'Assemblée des États parties au statut de Rome doit être présidée par un État africain en 2015. Mais aucun des trois candidats en lice ne se désiste pour un autre.[...]

Tragédie de Thiaroye : réponse à Julien Fargettas

Armelle Mabon est maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Bretagne-Sud. Elle apporte ici ses commentaires à la lettre ouverte de Julien Fargettas au président de [...]

Sénégal : poussée de fièvre politico-militaro-judiciaire

Affaires Karim Wade, Abdoulaye Baldé ou Aissata Tall Sall : le thermomètre politico-judiciaire sénégalais indique une température singulièrement élevée. Et voilà que[...]

Sénégal : sept morts et trois blessés dans l'explosion d'une mine en Casamance

Sept personnes ont été tuées et trois grièvement blessées dans l'explosion d'une mine en Casamance, région du sud du Sénégal en proie à une rébellion[...]

IIe guerre mondiale : les tirailleurs africains, ces héros de l'ombre

De Provence jusqu'en Alsace, des milliers de soldats venus des colonies sont morts pour libérer la France. Soixante-dix ans plus tard, Paris leur rend hommage. Une douzaine de chefs d'État africains devraient[...]

Tragédie de Thiaroye : lettre ouverte à François Hollande

Julien Fargettas est historien. Il a publié en 2012 l'imposant "Les Tirailleurs sénégalais", aux éditions Tallandier. Il a fait parvenir ce texte à François Hollande au mois de[...]

Procès Wade : vers l'évacuation sanitaire de "Bibo Bourgi" ?

Le principal complice présumé de Karim Wade, Bibo Bourgi, ne serait pas en état de comparaître devant la CREI, selon des expertises médicales. Un nouveau rebondissement qui pourrait[...]

Tirailleurs : le chagrin des indigènes

Tierno Monénembo est un écrivain guinéen, Prix Ahmadou-Kourouma 2012 pour Le Terroriste noir, sur Addi Bâ, héros méconnu de la Résistance..[...]

DP World en pleine tourmente sur le continent

Alors qu'il aligne les bonnes performances à travers le monde, en Afrique, le troisième opérateur portuaire mondial collectionne les ennuis et les scandales. Le dernier en date, à Djibouti,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers