Extension Factory Builder

Barack Obama, un an plus tard

08/03/2010 à 15:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Il y a un peu plus d'un an, Barack Obama prenait la tête de la première puissance mondiale. Il y a un peu plus d'un an, Barack Obama prenait la tête de la première puissance mondiale. © Reuters

« Celui qui arrive au pouvoir par trop d’espoirs ne peut que décevoir. Celui qui arrive au pouvoir par trop de promesses connaîtra la bérézina. » La déception est le corollaire de l’espoir. Lorsqu’on attend trop d’une personne, celle-ci ne peut répondre aux attentes démesurées et, très vite, ceux qui la veille l’ont adulée la décrient le lendemain.

C’est peut-être ce qui arrive aujourd’hui au 44e président des États-Unis. Un an à peine après son élection, sa cote de popularité est en baisse, tant aux États-Unis que dans le reste du monde. Ce verdict des sondages me paraît particulièrement mal fondé. Certes, Barack Obama était porteur d’espoir, mais il ne fallait pas attendre de lui des miracles. Dès lors, il n’a pas déçu les personnes sensées et réalistes, car il reste fidèle à son image. Il a été élu dans l’enthousiasme par la majorité des Américains, un enthousiasme partagé par de très nombreux citoyens du monde, qui aspiraient à vivre l’avènement d’une « nouvelle Amérique », une Amérique qu’ils pouvaient, à nouveau, respecter et aimer. Il n’est pas un messie des temps modernes, il ne s’est d’ailleurs jamais présenté comme tel, comme il n’a jamais prétendu être le seul détenteur de la vérité.

Obama a simplement proposé au peuple américain une autre vision de la gestion de son pays, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Pour ce qu’il a déjà prouvé, c’est un homme qui croit profondément en des valeurs fondamentales, telles que la démocratie, la justice, la solidarité, la liberté de pensée et de religion, la tolérance… Sur ce plan, il n’a pas déçu, même si les obstacles sont énormes et que les résultats concrets de ses actions se font encore attendre. Il a réussi à changer la vision de l’Amérique sur le monde et, par ricochet, la vision du monde sur l’Amérique. En politique intérieure, il a osé mener le difficile combat pour une société plus solidaire et mieux régulée, là où c’est nécessaire, notamment dans les domaines de la santé et du contrôle du très puissant monde financier. Il n’a pas encore réussi, ses adversaires étant tenaces, mais il ne baisse pas les bras. Nous espérons qu’il parviendra à faire passer son projet sur la réforme du système de santé et contribuera à une meilleure maîtrise du monde de la finance, responsable de la crise profonde qui touche tous les pays de la planète. Les sommes énormes que les États riches ont injectées dans le secteur bancaire, aux frais du contribuable, justifient amplement une telle approche, partagée d’ailleurs par les plus grands défenseurs du capitalisme à travers le monde. Quant à la politique étrangère, personne ne peut nier que le style ait changé, même si, dans ce domaine aussi, les résultats tardent à se concrétiser. Apprécions par exemple que, pour la première fois, l’administration américaine ait reconnu les effets nocifs des gaz à effet de serre, ce qui a permis, sans conteste, une avancée au sommet de Copenhague, bien qu’elle soit ténue.

Jusqu’à preuve du contraire, le candidat Obama n’a pas fait de fausses promesses. Mais sans doute a-t-il suscité trop d’espoirs d’un changement trop rapide. Rappelons aux déçus qu’il n’a jamais dit : « I can ! » Il a toujours soutenu : « Yes, we can ! » Qu’il ne perde pas la confiance de ceux qui l’ont élu sur cette base et que ceux-ci ne baissent pas les bras. Dans ce cas, tout sera du domaine du possible. Que les Américains, avec leur président, méditent ces sages paroles de Mandela : « Après avoir gravi une haute colline, tout ce qu’on découvre, c’est qu’il reste beaucoup d’autres collines à gravir. Je me suis arrêté un instant pour me reposer, pour contempler l’admirable paysage qui m’entoure, pour regarder derrière moi la longue route que j’ai parcourue. Mais je ne peux me reposer qu’un instant ; avec la liberté viennent les responsabilités, et je n’ose m’attarder car je ne suis pas arrivé au terme de mon long chemin. » 

*Jacques Baudin est l'ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

États-Unis : le couple Obama parle de son expérience du racisme

États-Unis : le couple Obama parle de son expérience du racisme

Dans un entretien publié mercredi sur le site du magazine "People", le président américain, Barack Obama, et son épouse, ont révélé quelques actes de racisme ordinaire don[...]

États-Unis : 70 ans après son exécution, un Africain-Américain de 14 ans innocenté

Une juge de Caroline du Sud vient d'annuler la condamnation à mort de George Stinney, un afro-américain de 14 ans exécuté le 16 juin 1944 dans une prison de Columbia pour le meurtre supposé de[...]

Irak : gros revers pour l'État islamique

Plusieurs chefs du groupe État islamique en Irak ont été tués récemment dans des frappes aériennes américaines dans le nord de l'Irak, où des combattants kurdes ont[...]

Diaspora : Consuelo Cruz Arboleda, Africaine-Sud-Américaine

Depuis presque dix ans, cette Colombienne installée à Madrid coordonne le groupe afro-socialiste au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol.[...]

États-Unis : torture sans limites pendant la présidence de George W. Bush

Durant la présidence de George W. Bush, sous couvert de guerre contre le terrorisme, la CIA a eu recours à la torture. Avec une cruauté sans bornes, selon un rapport accablant du Sénat[...]

Benjamin Stora : "La France peine à se voir comme une nation construite par ses migrants"

Entretien avec le patron de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, l'historien français Benjamin Stora.[...]

Oubliez le McDo, à Paris, les fast-foods africains passent à l'offensive !

En quelques années, le marché de la restauration rapide en France a vu venir de nouveaux acteurs, les fast-foods africains. Malgré la frilosité des banques à les aider, certains ont réussi[...]

Démocratie et torture

Très mauvaise fin d'année pour le dogme selon lequel "la démocratie est le stade suprême du développement politique". On nous a tant de fois assuré que c'est le[...]

États-Unis : Hillary Clinton, future présidente ?

L'épouse de Bill Clinton n'est pas encore candidate à la présidentielle de 2016, mais nul doute qu'elle le sera bientôt. Sera-t-elle la première femme à accéder à la[...]

Algérie : au Val-de-Grâce, un Bouteflika peut-il en cacher un autre ?

La santé d'Abdelaziz Bouteflika a une nouvelle fois fait parler d'elle mardi. Selon des médias algériens, le président algérien aurait été hospitalisé une nouvelle fois au[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers