Directeur général de la Sénégalaise des Eaux (SDE). Egalement président de l’Association africaine de l’eau (AAE), qui tiendra son congrès à Kampala du 15 au 18 mars, il revient sur les grands enjeux sénégalais et africains.
Jeune Afrique : Depuis l’intégration de la SDE dans le groupe Finagestion, ce dernier a-t-il d’autres projets d’acquisition en vue ?
Mamadou Dia : Pour le moment, Finagestion n’est pas engagé dans des acquisitions, mais le fait d’avoir créé une direction du développement au sein du groupe signifie que c’est désormais dans le domaine du possible.
L’adossement à un groupe permet à des sociétés au départ à vocation nationale de sortir de leur « territoire ». Comment se positionne la SDE ?
À l’heure actuelle, en dehors du Sénégal, nous intervenons par exemple avec Saur à La Mecque, en Arabie saoudite, dans un projet d’amélioration des performances de la distribution d’eau. L’agence américaine Usaid, dans le cadre de l’initiative Sustainable Water and Sanitation, a par ailleurs retenu notre entreprise pour améliorer les performances de certaines sociétés d’eau en Afrique de l’Ouest. Les entreprises du continent ont acquis au fil des années de l’expertise et peuvent aujourd’hui rivaliser sur le terrain avec des multinationales occidentales. Mais, au-delà de l’installation d’une compagnie en dehors de son territoire naturel, ce qui est important c’est de pérenniser sa présence. Il faut par conséquent que le mouvement actuel s’inscrive dans la durée.
Quel rôle peuvent jouer les opérateurs privés dans le financement des infrastructures ?
Il faut mettre en place des schémas adaptés à chaque pays et permettant de combiner financements concessionnels et taux du marché. Les opérateurs doivent participer davantage à cet effort mais les États également, notamment à travers des fonds internationaux et des prêts concessionnels auxquels seuls les États peuvent avoir accès. Au Sénégal, par exemple, l’entreprise qui prend en charge les infrastructures est la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), contrôlée par l’État. Entre 1996 et 2008, elle a investi 240 milliards de F CFA, financés par les bailleurs traditionnels que sont la Banque mondiale, l’Agence française de développement, la Banque européenne d’investissement, la KfW (Allemagne), ou encore l’Union européenne, et remboursés par une redevance de la SDE. Le bilan est positif, puisque la demande en eau est satisfaite dans notre pays, même s’il est nécessaire d’anticiper, de ne pas gérer des déficits.
Le prochain congrès de l’AAE traitera des enjeux climatiques. Comment préserver la ressource qui se raréfie ?
Il faut lutter contre le gaspillage de l’eau et faire en sorte qu’il y ait des périmètres de protection des eaux de surface et des eaux souterraines : le recours aux pesticides à proximité de ces périmètres doit être, par exemple, interdit. Il faut enfin systématiser la surveillance de la qualité des nappes phréatiques, mais aussi de l’eau du robinet.

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