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Issayas Afewerki, le Staline d'Asmara

17/03/2010 à 15h:18
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Issayas Afewerki, un guerrier qui a du mal à se transformer en gouvernant Issayas Afewerki, un guerrier qui a du mal à se transformer en gouvernant © Helene C. Stikkel/US Department of Defense

Il avait tout pour plaire : un passé héroïque de vaillant combattant, une aura démesurée, un dédain affiché pour le luxe, de belles paroles sur le développement de l’Afrique par les Africains… Il n’a jamais caché son idéologie marxiste ; pourtant, même les Occidentaux étaient tombés sous le charme de ce moustachu à la silhouette longiligne. Jusqu’à la fin des années 1990, les capitales étrangères le voyaient, lui le chrétien d’obédience laïque, comme un rempart à l’extension de l’islamisme radical dans la région.

Aujourd’hui, Issayas Afewerki, né il y a soixante-quatre ans à Asmara, est rangé dans la même catégorie que Kim Jong-il, le despote nord-coréen. Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l’Afrique et chercheur au CNRS, qui le connaît bien pour avoir bataillé à ses côtés, le compare volontiers à Staline. « Il présente les mêmes caractéristiques : une grande habileté manœuvrière au sein d’un bureau politique et aucun retrait devant la violence. Il ne fera pas tuer des milliers de personnes sans raison, mais si on se met en travers de sa route… »

Enrôlé dans le FLE (Front de libération de l’Érythrée) dans les années 1960, après avoir fini ses études d’ingénieur à Addis-Abeba, Afewerki passe au début des années 1970 dans le camp marxiste. Il prendra la tête, en 1987, du FPLE (Front populaire de libération de l’Érythrée). Sa victoire sur l’Éthiopie en 1991 – qui a conduit à l’indépendance deux ans plus tard – lui a d’abord valu un véritable culte au pays. Mais comme le notait un diplomate en poste à Asmara bien avant la dérive du régime, « les guerriers ont du mal à se transformer en gouvernants » – même quand ils troquent le treillis contre un costume.

Afewerki voulait éviter « le nombre effrayant d’erreurs » de ses homologues africains. « Persuadé que tout le monde lui en veut à commencer par les Arabes et la CIA », selon Gérard Prunier, et « obsédé » par le voisin éthiopien, il a tracé sa propre voie – sourd à toutes les critiques, même à celles venant de son camp. « Je ne vais pas maquiller mon visage pour plaire à l’administration américaine », lançait-il en 2008 au sujet de l’absence de multipartisme en Érythrée.

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