Révélée par Jamel Debbouze, connue du grand public pour son rôle dans RIS police scientifique, une série de TF1, l’Ivoirienne monte sur scène avec Claudia Comedy Gospel. Un premier one-woman show énergique et désopilant.
« J’assume complètement ma taille 36. Un 36 congolais ! » jure-t-elle sur les planches du Théâtre du temple (Paris) en exhibant fièrement ses formes généreuses. Elle, c’est Claudia Tagbo, l’humoriste mise en lumière par Jamel Debbouze et qui se lance seule sur scène avec son premier one-woman show, Claudia Comedy Gospel. « C’est un spectacle vivant, sans artifices », confie-t-elle en se réchauffant autour d’un thé à la menthe.
Mise en scène par Fabrice Eboué, son acolyte du Jamel Comedy Club, elle décrypte avec un humour décapant les relations de couple et n’hésite pas à livrer des anecdotes sur les Noirs. Elle explique pourquoi les shampoings lissants ne tiennent pas leurs promesses sur ses cheveux afros, elle donne des conseils aux « filles de 2010 » pour prendre le pouvoir sur les hommes, ces « doudous » indélicats, pour oublier la taille mannequin et assumer ses rondeurs. Elle titille une France métissée, mais encore conservatrice, et passe au crible toutes les communautés. Et ça fait mouche. Le public, largement mis à contribution, est conquis. Et rit avec elle de ses propres petits travers.
« La valse des gros derrières »
Pendant une heure, elle chante, danse, mime, fait des claquettes, en déployant une incroyable énergie. Comment fait-elle pour tenir le rythme ? « J’observe la vie de tous les jours et m’inspire des histoires de mes copines. À l’image de celle qui, sous la pluie et le manteau sur la tête, préférait avoir froid plutôt que de voir son brushing retomber ! » lance-t-elle dans un grand éclat de rire.
D’Abidjan, où elle est née, au Théâtre du temple, où elle se produit actuellement, il n’y a qu’un pas, pour celle qui, arrivée dans le sud de la France à l’âge de 13 ans, a grandi entourée de toute sa famille à Alès (Gard), avant de faire ses valises pour la banlieue parisienne. Elle fréquente alors les bancs de l’université Paris VIII (Saint-Denis), où elle obtient sa licence d’arts du spectacle. L’une de ses professeurs, Claude Buchvald, lui propose de monter sur scène avec Appel à poète, de Paul Éluard, et L’Opérette imaginaire, de Valère Novarina. « Mon succès ? C’est 80 % de travail et 20 % de chance », reconnaît aujourd’hui celle qui a débuté à la télévision dans Fatou la Malienne, de Daniel Vigne.
Tout s’est enchaîné très vite, reconnaît-elle, même si elle avoue avoir rencontré des difficultés. « Quand on est une femme, ce n’est pas toujours facile de réussir à s’imposer ! » Elle décroche ses premiers rôles principaux d’abord dans La Dictée, un court-métrage de la Franco-Congolaise Meiji U Tum’si, puis en 2003 dans La Valse des gros derrières du réalisateur béninois Jean Odoutan, et en 2005 dans Congorama, de Philippe Falardeau, aux côtés de Jean-Pierre Cassel. Mais c’est en tant qu’humoriste qu’elle se révèle. Elle est d’abord programmée en première partie de Tomer Sisley avant de rejoindre la troupe de stand-up du Jamel Comedy Club avec laquelle elle acquiert une certaine notoriété. « Le nom de mon spectacle, Claudia Comedy Gospel, y fait d’ailleurs référence. »
Lieutenant homosexuel
Sur le petit écran aussi, elle assure, Claudia. Elle incarne Martine Forest, le lieutenant homosexuel de RIS police scientifique, le feuilleton phare de TF1, inspiré de la célèbre série américaine Les Experts. La fiction, rendez-vous hebdomadaire pour des millions de Français, en est déjà à sa cinquième saison. Et elle l’a fait connaître au grand public. « L’homosexualité est taboue en Afrique, c’est aussi pour cela que j’ai accepté le rôle », explique-t-elle. Un engagement que l’on retrouve dans sa participation à Toi-même tu sais, une mini-série de prévention consacrée à la santé des Africains vivant en France. « Le travail de sensibilisation est extrêmement important. Le programme est maintenant diffusé sur TV5 Monde, ce qui lui permet d’avoir une large visibilité. J’essaie ainsi d’apporter ma pierre à l’édifice. »
Sa performance lui vaut d’être surnommée « l’Ivoirienne de TF1 » par la presse du continent. Ce à quoi elle répond, amusée, qu’elle n’a à son grand regret jamais tourné en Afrique. « Ma grand-mère, touchée par ma prestation dans Toi-même tu sais, m’a spécialement appelée de Côte d’Ivoire pour me féliciter. De tous mes rôles, c’est celui qui m’a le plus marquée. » Elle avoue garder un lien fort avec son pays natal, même si aujourd’hui sa famille est dispersée entre Abidjan, Paris, Londres, les États-Unis, le Danemark et le Canada. « Le côté africain est ancré en moi, même si je me sens avant tout citoyenne du monde. J’ai toujours avancé sans me préoccuper de la couleur de ma peau. J’ai rencontré davantage de problèmes avec mes rondeurs ! »
Soutien à Ni putes ni soumises
Engagée, elle soutient également l’association Ni putes ni soumises et a dispensé des conseils sur le couple à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre. Pétillante, Claudia Tagbo revendique une féminité assumée jusqu’au bout des ongles, sans féminisme outrancier. « Il y a clairement une domination masculine dans notre société. C’est plus facile si l’on est un homme. Mais ce sont nous, les femmes, qui les choisissons et non l’inverse ! »
La suite ? Son spectacle affiche complet encore pour quelques semaines. Celle qui fait ce métier pour « partager avant tout » et considère la scène « comme un cadeau » se demande chaque matin à qui elle va bien pouvoir souhaiter l’anniversaire. Oui, elle est comme ça, Claudia Tagbo, tout simplement généreuse.

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