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Dida Diafat

19/01/2010 à 11:04
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Pierre Morestin Pierre Morestin © Nana productions/Sipa

Star de la boxe thaïe, le champion d’origine algérienne a réussi sa reconversion. Entrepreneur et acteur, il refuse de mettre un « poing » final à sa success story.

À une heure du rendez-vous, Dida Diafat téléphone : il est encore à l’aéroport, explique-t-il, mais rentre le plus vite possible à Paris. Deux heures plus tard, nouvel appel : « On se voit demain ? Je serai plus disponible. » Mais le multiple champion du monde de boxe thaïlandaise et de kickboxing, par ailleurs acteur, patron de la marque de streetwear Kobey et « désamorceur » de conflits en banlieue est-il jamais vraiment disponible ?

Le lendemain, à l’hôtel Bristol, la « seconde maison de M. Dida », comme dit un serveur, nous l’attendons encore trois quarts d’heure au bar en contemplant les piliers de faux marbre et les fauteuils Louis-XVI. Le philosophe Bernard-Henri Lévy passe, chemise au vent, au bras de la filiforme Arielle Dombasle… Le luxe un rien pompeux de l’établissement en dit long sur la réussite du gamin de Villiers-le-Bel, une banlieue « chaude » du nord de Paris. Enfin, le voilà ! « J’ai mis du temps à garer ma Lamborghini, je ne veux pas d’éraflure », s’excuse-t-il.

 

Petit, râblé, sec (il a longtemps boxé dans la catégorie des moins de 63,5 kg), l’athlète au crâne rasé et au regard noir tient toujours la forme à l’approche de la quarantaine. « Je fais encore du sport cinq fois par semaine », confie-t-il. Hyperactif, il ne cesse de pianoter sur son téléphone portable pendant l’entretien. Quand il allume une cigarette, on remarque ses mains, puissantes mais abîmées par des années d’entraînement. Pour expliquer son ascension, « monsieur Dida » répète inlassablement la même formule : « C’est du travail. »

Né en 1970 dans le quartier de Bab el-Oued, à Alger, il est, quelques mois plus tard, envoyé en France par son père pour soigner un empoisonnement sanguin. C’est sa grand-mère, Micheline Chermat, gardienne d’immeuble et femme de ménage, qui lui donne son prénom et l’héberge dans son minuscule appartement, où ils sont contraints de dormir dans le même lit.

Bagarreur et indiscipliné, Dida déteste l’école : « Je n’aimais pas les profs et c’était réciproque. » Il est renvoyé du lycée. Aujourd’hui, raconte-il fièrement, ses deux fils ont deux ans d’avance dans leurs études. Sa jeunesse à lui s’est passée en bas des tours, avec les copains. Meneur, il fait déjà parler les poings contre les bandes d’autres cités. Parfois, la violence le submerge. Dans le quotidien français Le Monde, il raconte qu’un jour, alors qu’il n’avait que 13 ans, il a mis KO à coups de barre de fer un grand de 18 ans qui avait insulté sa grand-mère. Quotidien brutal. Jusqu’à ce qu’une bêtise plus grosse que les autres conduise le petit caïd en prison pour quelques mois.

À ce mot, Dida tique. Il ne souhaite pas s’exprimer sur le sujet, par crainte d’être pris pour modèle. « Il y a des jeunes qui me disent : si un jour je vais en prison, je veux m’entraîner à la boxe comme toi, raconte-t-il. Mais je ne suis pas un exemple ! C’est dramatique de passer ne serait-ce que quelques mois à l’ombre. Derrière les murs, les jeunes pleurent, mais quand ils sortent, ils disent que c’était des vacances. » Pour Chok Dee, le film tiré de son autobiographie, dans lequel il tient son propre rôle au côté de Bernard Giraudeau, il a d’ailleurs hésité à évoquer ce moment difficile. Autre sujet sur lequel il ne s’étend pas : la foi. Musulman, il ne veut pas faire de prosélytisme.

Grâce à la boxe thaïe, Dida s’est frayé un chemin à la force des pieds et des poings. Pour sortir de la banlieue. « C’est un homme de défi. Dès qu’il a commencé à travailler au club, il a dit sans blaguer qu’il voulait devenir champion, se souvient Léon Mendy, président du Derek Boxing Club, à La Courneuve. C’est une tête de mule qui ne rechigne jamais au travail. Il y avait des types naturel­lement plus doués que lui, ou plus lourds. Ils ne le prenaient pas au sérieux, mais ce sont eux qui finissaient au tapis. »

 

Ses premiers combats importants ne sont pourtant pas simples. Après une énième défaite, il décide de se rendre à Bangkok, en Thaïlande, afin de se perfectionner. Sa grand-mère emprunte 4 000 francs pour financer le voyage. Plusieurs mois durant, le jeune homme s’entraîne à la dure dans des camps spéciaux (il compte aujourd’hui plus de quarante séjours au pays du muay thaï). Lever à l’aube, footing, combats : Dida s’entraîne plus de six heures par jour. Et le travail paie. En 1991, il devient champion du monde de sa discipline et enchaîne les victoires. Son palmarès impose le respect : au terme de 87 combats, il accumule 11 titres de champion du monde et 2 victoires face à Ramon Dekkers, l’autre héros occidental de la discipline. Et comme Canal+ diffuse ses combats en prime time, on le reconnaît dans la rue.

 

C’est en Thaïlande que Dida rencontre Jean-Claude Van Damme, avec lequel il noue une solide amitié. En 1998, le « kickboxer » lui ouvre les portes des plateaux de cinéma en lui donnant un petit rôle dans son film Légionnaire. Depuis, Dida a fait plusieurs apparitions sur grand et petit écran. Outre dans Chok Dee, on l’a vu récemment dans Mutants, un film de zombies français, et dans la série policière Engrenages, sur Canal+. Même si la critique ciné loue davantage son physique que ses talents d’acteur. « On le recherche pour des rôles de méchant, de costaud ou d’homme de main, explique-t-on chez Acte1, l’agence qui gère sa carrière. Et comme c’est quelqu’un de carré, toujours à l’heure et qui connaît son texte, il est aussi apprécié pour son professionnalisme. »

Autre casquette de ce battant : la fripe. Lui qu’on a vu défiler pour le couturier Paco Rabanne a fini par créer la marque Kobey, spécialisée dans le sport et le streetwear. « De la communication aux rendez-vous avec les stylistes, je m’occupe de tout, souligne-t-il. Mais depuis deux ans, cela devient très dur. » Aujourd’hui, pour limiter les coûts, il ne vend plus que sur Internet. Et ses distributeurs cherchent à écouler leurs stocks. Premier vrai revers ?

N’exagérons rien. Montre de grande marque au poignet, Dida Diafat affiche sa réussite. D’ailleurs, sa Lamborghini jaune vif l’attend, sans une éraflure, devant le Bristol. « Dida n’a pas pris la grosse tête, jure pourtant Léon Mendy, dans les locaux du Derek Boxing Club. Il revient parfois nous voir dans la salle avec ses fils. »

L’ancien champion fait régulièrement la navette entre la banlieue de son enfance et son nouveau domicile, dans la bourgade beaucoup plus calme et cossue de Chaumontel, où il est conseiller municipal sans étiquette.

Apprécié par le show-biz, le frenchy qui a taillé la route sur la côte californienne au guidon d’une Harley Davidson en compagnie de Sylvester Stallone a aussi la cote avec les politiques. De tous bords. « Je suis copain aussi bien avec Dominique Strauss-Kahn qu’avec Michèle Alliot-Marie », savoure-t-il. Depuis les incidents de 2005 en banlieue, on l’a vu plusieurs fois tenter d’apaiser les jeunes des cités. Son plus grand combat est là, à leurs côtés, assure-t-il. « Quand on t’a donné, il faut savoir donner en retour. »

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