Extension Factory Builder

Adieu Montazeri, l'ayatollah rebelle

04/01/2010 à 15:28
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Hossein Ali Montazeri (ici dans sa maison de Qom, en octobre 2003) est décédé le 19 décembre Hossein Ali Montazeri (ici dans sa maison de Qom, en octobre 2003) est décédé le 19 décembre © Raheb Homavandi/Reuters

Hossein Ali Montazeri est décédé à l'âge de 87 ans le 19 décembre à Qom, en Iran. De 1988 à sa mort, ce disciple de Khomeiny fut le contempteur le plus éclatant - et le plus gênant pour Téhéran - du régime qu'il avait lui-même aidé à mettre en place. Parcours d'un homme dont le courage n'a jamais faibli.

« Parlez de vos morts en bien ! » recommande le prophète de l’islam. Les dirigeants de la République islamique d’Iran n’en ont cure. Après le décès de Hossein Ali Montazeri, 87 ans, le 19 décembre, à Qom, ils ont continué à s’acharner sur lui. Le grand ayatollah est devenu un vulgaire « monsieur, mort de sénilité ».

Si le régime n’en a pas fini avec Montazeri, c’est que, jusqu’au bout, ce dernier lui aura donné du fil à retordre. Même sa disparition aura été l’occasion d’une démonstration de force de l’opposition réformiste. Des centaines de milliers d’Iraniens ont participé à ses funérailles dans la ville sainte de Qom, psalmodiant ce slogan que les haut-parleurs des miliciens basiji avaient du mal à étouffer : « Montazeri n’est pas mort, c’est le gouvernement qui est mort ! »

Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, a élevé Montazeri au rang de « père des droits de l’homme en Iran ». Ces ­dernières années, son courage ­faisait penser au Sakharov de la défunte URSS. Son destin évoque celui de ­Trotski. Lui aussi a été le ­doctrinaire d’une ­révolution avant de devenir le contestataire le plus radical du ­régime. 

Assigné à résidence

Natif de la province d’Ispahan, il fait des études de théologie à Qom. Élève puis disciple de Khomeiny, il est naturellement au premier rang, en 1963, lorsque l’ayatollah appelle à la lutte contre la « révolution ­blanche » (réformatrice) du chah. Après le départ en exil de Khomeiny, en 1964, Montazeri devient son « correspondant » à l’intérieur. Son action contre le régime lui vaut d’être incarcéré en 1974 et condamné à mort l’année suivante. Libéré, il rejoint Khomeiny à Neauphle-le-Château, en France, avant le retour triomphal de celui-ci à Téhéran, juste avant la chute du chah, en février 1979.

Il occupe alors une place majeure dans le nouveau régime. Théoricien du concept central de velayat e-faqih, qui affirme la primauté du religieux sur le politique, il cumule les fonctions : imam du vendredi, président de l’Assemblée des experts, avant d’être le dauphin putatif de Khomeiny. Leur rupture est consommée quand, en 1988, il dénonce le massacre en masse d’opposants. Il écrit à Khomeiny : « Les méthodes de vos services secrets ne valent pas mieux que celles du chah. » Un an plus tard, il récidive en désapprouvant la fatwa lancée contre Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques. « Nous apparaissons aux yeux du monde comme des assassins », déplore-t-il.

Les représailles ne ­tardent pas. En mars 1989, il est démis de ses fonctions. Ses écrits sont frappés d’interdiction. En 1997, il est assigné à résidence. La mesure ne sera levée qu’en 2003 par le président Mohamed Khatami, sous la pression d’une centaine de dignitaires religieux. 

La conscience de l'Iran

Au fil des ans, son courage et la persécution dont il est l’objet font de Montazeri la conscience de l’Iran. Il est écouté lorsqu’il conteste les dérives autoritaires de la velayat e-faqih et préconise une révision de la Constitution pour limiter les prérogatives du Guide suprême.

Après les élections tronquées du 12 juin dernier, il déclare que la République s’est totalement pervertie : « elle n’est ni république ni islamique ». Au train où vont les choses, prévient-il, la « chute du régime » n’est pas exclue. Il critique l’attitude « provocatrice » du président Ahmadinejad à l’égard de l’Occident et plaide pour le « dialogue » sur la question du nucléaire.

Sur son lit de mort, Hossein Ali Montazeri confiait que la prise ­d’otages à l’ambassade américaine, dans la foulée de la révolution de 1979, avait été « une erreur qui nous a aliéné jusqu’à aujourd’hui le peuple américain ».

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Libye : l'administration Obama blanchie dans l'attaque de Benghazi

Libye : l'administration Obama blanchie dans l'attaque de Benghazi

L'administration Obama n'a pas failli dans sa réponse à l'attaque du complexe américain de Benghazi, en Libye, qui avait fait quatre morts le 11 septembre 2012, a conclu une commission parlementaire dont le ra[...]

Une Tunisienne remporte le concours "Miss monde Muslimah" en Indonésie

Une informaticienne tunisienne, Fatma Ben Guefrache, a remporté vendredi en Indonésie l'élection de "Miss monde Muslimah", présentée comme une riposte aux concours de beauté[...]

La Tunisie vote pour sa première présidentielle de l'après-révolution

La Tunisie organise dimanche sa première élection présidentielle pluraliste et espère franchir sans accroc cette nouvelle étape de sa transition vers la démocratie, jusqu'ici[...]

Mokhtar Belmokhtar, "le Ben Laden du Sahara"

Le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem publie une enquête sur le jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar. Édifiant.[...]

Fin de campagne présidentielle tendue en Tunisie

La campagne pour le scrutin présidentiel du dimanche 23 novembre s'est achevée en Tunisie dans un climat délétère. Pourtant, selon la Constitution, les prérogatives du chef de[...]

Blaise Compaoré a quitté la Côte d'Ivoire pour le Maroc

L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a démissionné le 31 octobre avant de s'exiler en Côte d'Ivoire, a quitté Yamoussoukro pour le Maroc.[...]

GES 2014 : Marrakech se fait capitale mondiale de l'entrepreneuriat

 Chefs d'Etats, grands patrons, ministres, jeunes entrepreneurs... Ils sont tous venus à Marrakech pour participer à la cinquième édition du Sommet Global de entrepreneuriat, la première du[...]

Justice : deux Mauritaniens condamnés à mort pour l'assassinat des touristes français en 2007

Deux Mauritaniens ont été condamnés à mort par la cour d'appel du tribunal de Nouakchott, pour l'assassinat de quatre touristes français en 2007, a-t-on appris mercredi.[...]

Diplomatie : le président turc Recep Tayyip Erdogan est en visite à Alger

Recep Tayyip Erdogan effectuait, mercredi et jeudi, une visite officielle en Algérie, accompagné d'une forte délégation de ministres et d'hommes d'affaires. Un sommet Turquie-Afrique se tient en ce[...]

Football - Algérie : joue-la comme Gourcuff...

Nommé juste après le glorieux Mondial des Fennecs, le successeur du bouillant Vahid Halilhodzic n'avait jusque-là jamais dirigé de sélection nationale. Pour un coup d'essai, c'est un coup[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers