Kandeh K. Yumkella : "L'industrialisation revient sur le devant de la scène"

14/12/2009 à 15h:48 Propos recueillis à Vienne par Samir Gharbi
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Kandeh K. Yumkella, directeur général de l'Onudi Kandeh K. Yumkella, directeur général de l'Onudi © UN Photo

Directeur général de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi).

Le 7 décembre, à Vienne, il a été reconduit à la tête de l’Onudi pour un second mandat de quatre ans. Kandeh K. Yumkella, 50 ans, ancien ministre sierra-léonais du Commerce, est le premier ressortissant d’Afrique subsaharienne à diriger cette institution spécialisée des Nations unies, à laquelle il a redonné un dynamisme inespéré. Avant les années 2000, l’Onudi avait tenté d’imposer au Tiers Monde son « master plan » industriel. L’échec avait été si cuisant que plusieurs États membres avaient réclamé sa dissolution. Aujourd’hui, les États-Unis, qui avaient claqué la porte en décembre 1995, s’apprêtent à y revenir. Recadrée par Yumkella, l’institution travaille en symbiose avec les États et les organisations multilatérales, les entreprises privées et publiques. Elle apporte une contribution essentielle dans des secteurs clés : la formation des cadres, la promotion des investissements dans l’énergie, le commerce et la transformation industrielle, qui valorise les matières premières locales, crée des emplois et accroît les richesses.

Jeune Afrique : Vous entamez votre second mandat. Comment avez-vous vécu ces quatre dernières années ?

KANDEH K. YUMKELLA : Je n’ai pas vu le temps passer. C’était très enthousiasmant, car j’ai pu changer beaucoup de choses. Incroyable !

Avant vous, l’Onudi était une bureaucratie moribonde. Comment vous y êtes-vous pris pour la transformer ?

J’ai constitué une bonne équipe et je crois avoir été un leader audacieux, convaincant et efficace. En fait, je connaissais bien la maison [il y est entré en 1996 en tant que conseiller et directeur Afrique, NDLR] et je savais ce qu’il fallait faire pour améliorer les choses. J’ai fait part de ma vision à tout le personnel, du sommet jusqu’à la base, à chaque occasion, à chaque recrutement. Ici, chacun donne le meilleur de lui-même. C’est ça, ma réussite.

Les États membres vous ont réélu à l’unanimité. Qu’allez-vous faire d’ici à votre départ, en décembre 2013 ?

Certains me conseillent d’agir différemment, de prendre du recul, de déléguer. D’autres me disent de continuer sur ma lancée. Je ne vais pas changer de style. Nous avons recruté beaucoup de jeunes. Il faut qu’ils profitent de l’expérience des anciens. Si je m’isolais dans ma tour d’ivoire, je perdrais le rythme. Or le monde bouge très vite.

L’économie fondée sur les services financiers a échoué. Est-ce une chance pour l’Onudi ?

En effet, l’industrialisation revient sur le devant de la scène et, avec elle, l’économie réelle, productive. Mais nous devons trouver, dans tous les domaines, des solutions innovantes qui soient compatibles avec un respect plus rigoureux de l’environnement. C’est un défi immense, auquel l’Onudi est partie prenante. Elle est invitée à tous les forums. Les patrons nous écoutent, parce que nous sommes capables de faire le lien entre projets industriels et lutte contre la pauvreté. Nous incitons les multinationales à changer leurs pratiques. Le temps où elles extrayaient des matières premières jusqu’à épuisement, sans se soucier de l’environnement et de la misère alentour, est révolu. Je leur conseille – dans leur propre intérêt – d’écouter les populations locales. Car, demain, ces dernières nous rendront responsables des dégâts que nous causons aujourd’hui à leur pays. 

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