Extension Factory Builder

"Pour que Sarkozy vous respecte, il ne faut jamais lui céder"

02/11/2009 à 15h:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Villepin se pose comme alternative à un président qui a 'déçu' Villepin se pose comme alternative à un président qui a "déçu" © Vincent Nguyen/Riva-Press

Muscles dessinés, crinière au vent, hâle grand large, le marathonien Dominique Galouzeau de Villepin, 56 ans le 14 novembre, s’est remis au jogging, au propre comme au figuré. Quinze kilomètres par jour sabre au clair pour se préparer à la bataille présidentielle de 2012, cet Austerlitz auquel il n’entrevoit qu’une seule issue : ramasser au fond d’une tranchée le cadavre politique de celui qui, dit-il, a voulu le « pendre à un croc de boucher » : Nicolas Sarkozy.

Premier acte mardi 27 octobre, quatre jours après la fin du procès Clearstream. Ce soir-là, dans une salle surchauffée de la Maison de l’Amérique latine à Paris, devant un petit millier de gaullistes nostalgiques et de chiraquiens en déshérence, tour à tour frémissants et exaltés, l’ancien Premier ministre prend date avec l’Histoire. Le geste ample, l’avocat Villepin évoque le redressement national et le « sens de la mission », se pose comme alternative, pour la droite, à un président qui a « déçu » et lance un appel fiévreux à tous ceux qui, comme lui, pensent que « la République est en danger ».

À l’orée de sa campagne de France, ce poète torrentiel et napoléomaniaque n’a pourtant ni troupes ni plan de combat. Mais une simple amicale, le Club Villepin, animé par l’ex-secrétaire d’État Brigitte Girardin, au sein duquel se retrouvent une dizaine de députés et de sénateurs conservateurs soudés par un antisarkozysme systématique, deux sites Internet, des petits bureaux avenue Foch et l’aura du dissident contre qui le pouvoir s’acharne. Car, de l’affaire Clearstream, qui devait être son Waterloo, Dominique de Villepin se sort pour l’instant plutôt bien. Moins mal en tout cas, et c’est un paradoxe, que son accusateur : le prévenu est devenu victime, l’instigateur simple manipulateur et le plaignant presque suspect. En se présentant le jour de l’ouverture du procès entouré de sa famille – hier mondaine et jet-setteuse, aujourd’hui digne et traquée –, ce grand fauve a tenté un coup de poker médiatique gagnant qui a estomaqué les conseillers de l’Élysée. Résultat, qu’il soit ou non condamné le 28 janvier prochain – et sauf très improbable privation de son éligibilité –, Villepin est assuré de conserver sa stature de martyr : bien joué.

Grand fauve, mais aussi « grand paon », comme Julien Gracq disait de Chateaubriand, Dominique de Villepin va désormais devoir travailler son double, son autre lui-même, et faire oublier l’image de « l’homme qui s’aimait trop ». Chez lui cohabitent haute politique et basse police, goût du mystère qui intrigue et grandit, petites cachotteries et jalousies dérisoires, diplomatie seigneuriale, passion pour les ragots et les scandales fantasmés. À force de sculpter sa geste dans l’ombre et les chemins de traverse, en évitant soigneusement d’y croiser un de ces électeurs pour qui il éprouva trop longtemps un dédain gaullien, DDV ne fut pas loin de sombrer dans le vertige de l’élitisme solitaire. « La politique, c’est aussi affaire d’humilité », a-t-il glissé le 27 octobre. Évidente autocritique pour un homme qui a désormais décidé d’arpenter la France à la rencontre des « gens », imperméable aux sarcasmes de la Sarkozie.

Nicolas Sarkozy, dit-on, aime les ennemis qui le font vibrer, et Dominique de Villepin cherche son adrénaline dans l’adversité. Ils vont être servis. Du premier, le second dit : « Je suis celui qui le connaît le mieux. Pour qu’il vous respecte, il ne faut jamais se coucher ni lui céder. » Du second, le premier dit : « Il parle du peuple sans être jamais monté en seconde classe. Du terrain sans avoir été élu. Entre lui et moi, ce sera une lutte jusqu’à ce que mort s’ensuive. » Éloignez les enfants de la télévision : il va y avoir du sang sur les murs…

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Le Brésil annule 900 millions de dollars de dettes de pays africains

Le Brésil annule 900 millions de dollars de dettes de pays africains

La présidence brésilienne a annoncé, le 25 mai à Addis-Abeba, l'annulation de 900 millions de dollars de dettes de 12 pays africains, en marge des célébrations du cinquantenaire de l'unit&[...]

Football : taxe à 75%, la France contre son camp ?

La taxe à 75 % sur la tranche des revenus supérieure à 1 million d'euros par an sera finalement payée non par les footballeurs mais par les clubs pros. Qui s'estiment[...]

François Hollande en visite express à Addis-Abeba pour les 50 ans de l'(O)UA

Le chef de l'État français, François Hollande, sera présent demain, samedi 25 mai, aux cérémonies qui marquent le 50è anniversaire de la création de l'Organisation de[...]

Exclusif. Manuel Valls : "Il faut combattre la violence qui s'exerce au nom d'un islam radical et dévoyé"

Manuel Valls, le ministre français de l’Intérieur, a reçu "Jeune Afrique". Terrorisme, islamisme radical, situation en Tunisie et au Sahel, mais aussi politique d’immigration, droit de[...]

Tunisie : Alain Chouet, un conseiller français à Tunis

En visite à Tunis le 14 mai, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a annoncé une « intensification des échanges d'informations sécuritaires avec plusieurs pays de la[...]

L'actualité de la semaine du 20 mai en images

 Cinquantenaire de l'Union Africaine, obsèques de Chinua Achebe, affrontements en Angola... Revivez en images les moments forts de la semaine du 20 au 24 mai.[...]

Guerre contre le terrorisme : Obama change de stratégie

Le président Barack Obama a annoncé jeudi 23 mai un encadrement de l'usage des drones armés et de nouvelles mesures pour tenter de parvenir à la fermeture de la prison militaire de Guantanamo, dans[...]

Festival de Cannes : un Africain va-t-il enfin gagner la palme ?

Cette année, deux films réalisés par des cinéastes d'origine africaine sont en lice pour la palme : "Grigris" du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et "La vie d’Adèle" du[...]

Vatican : le pape François a-t-il pratiqué un exorcisme ?

La vidéo d’une courte prière effectuée par le pape François sur un jeune malade, le 19 mai, après la messe de Pentecôte, fait le tour du monde. Certains y voient une séance[...]

Unesco : libres comme l'air avec le passeport universel

Plusieurs personnalités se sont vu remettre, le 23 mai, un passeport universel au siège de l'Unesco, à Paris. Le document n'est reconnu que par un seul État, mais c'est l'idée qui compte : faire[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers