Extension Factory Builder

Jacky Ido : "Je me considère comme un raconteur d'histoires"

06/10/2009 à 16:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jacky Ido : 'Je me considère comme un raconteur d'histoires' Jacky Ido : "Je me considère comme un raconteur d'histoires" © Frédérique Jouval/picturetank

Au seuil de la trentaine, l’acteur, réalisateur et slameur franco-burkinabè entame une belle carrière cinématographique. Il est à l’affiche du dernier Tarantino...

Un pied sur la scène slam, genre musical entre rap et poésie, un autre sur les plateaux. Tantôt derrière la caméra à diriger ses comédiens, et tantôt devant. Jacky Ido n’a pas le don d’ubiquité, mais il parvient pourtant à concilier ses trois passions avec succès. En ce moment, c’est au cinéma qu’il explose. À l’affiche d’Inglourious Basterds, le dernier film du réalisateur américain Quentin Tarantino, il achève de se bâtir une stature internationale.

Dans un café parisien, bien calé au fond d’un fauteuil, le jeune homme au physique de basketteur se remémore avec plaisir l’expérience : « C’était une aventure extraordinaire que de passer dans la grande machine du cinéma américain. J’attendais les jours de tournage avec impatience ! » Un plaisir accru par le rôle qu’il joue dans le film, celui d’un jeune Noir travaillant dans les salles obscures parisiennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a profité de l’occasion pour perfectionner son maniement de la caméra et observer attentivement la manière dont le réalisateur de Pulp Fiction dirige ses acteurs.

« Tarantino est un vrai partenaire avec son équipe, c’est une très bonne école », s’enthousiasme Ido, qui a au passage côtoyé de grands noms du septième art, tels Brad Pitt et Diane Kruger : « Ce sont des acteurs géniaux et, dans la vie, des gens très simples. »

Des encouragements pour exister dans le milieu, Jacky Ido en a eu besoin. Car son histoire, qu’il définit comme un « parcours tortueux », ne le prédestinait pas nécessairement à la célébrité.

D’abord, l’enfance. Un peu ballotée, « à cheval entre la France et l’Afrique », dit-il. Deux ans après sa naissance, le 14 mai 1977 à Ouagadougou (Burkina), sa famille s’installe en France, rentre au bercail entre 1983 et 1988, pendant la révolution sankariste, puis s’établit définitivement à Stains, dans la proche banlieue parisienne. Il ne reverra le Burkina qu’à l’adolescence, pour les vacances.

C’est cette prime jeunesse agitée qui, contre toute attente, a nourri sa créativité et sa curiosité. Nostalgique, le jeune Franco-Burkinabè qu’il est à présent se souvient des découvertes et de la vie de complète insouciance qui caractérisaient ses séjours au village. C’est là qu’il a appris à s’intéresser à tout.

La scolarité, ensuite. Elle se déroule sans accroc et révèle sa fibre littéraire. Du coup, ses professeurs se proposent de l’inscrire à des concours littéraires. À la maison, le petit Jacky lit beaucoup : la Bible, Proust, les œuvres du Malien Amadou Hampâté Bâ… Dévoreur de livres, il se rêve bientôt écrivain, mais se rend compte que la littérature ne lui offre qu’un espace d’expression limité.

« C’est alors que j’ai décidé de m’intéresser à cet art total qu’est le cinéma, explique-t-il. J’ai rapidement compris que je voulais devenir réalisateur. » À l’Université Paris-VIII, où il passe sa maîtrise de littérature et de civilisation américaines, il visionne et décortique la plupart des classiques de la médiathèque. Parallèlement, il suit des cours de comédie. Pour apprendre à diriger les acteurs.

 

« J’ai eu la veine d’obtenir des rôles », commente-t-il simplement. Ses collaborations avec le réalisateur Manuel Schapira pour deux courts-métrages, Décroche (2005) et Bunker (2008), sont fructueuses. Le premier film obtient un ours d’argent au Festival de Berlin. Le second vaut au jeune acteur le prix d’interprétation au Festival de Clermont-Ferrand.

Un an auparavant, The White Massai, d’Hermine Huntgeburth, dans lequel il interprète le premier rôle masculin, avait fait un triomphe en Allemagne : trois millions d’entrées. Le film n’a jamais été distribué en France, mais Ido s’est rendu jusqu’au Japon en assurer la promotion.

« Nul, dit-on, n’est prophète en son pays. » L’adage pourrait s’appliquer à cet homme dont les meilleures fortunes sont presque toujours venues de l’étranger. Dans sa carrière de réalisateur, un seul de ses films, Descente, a été sélectionné pour le Fespaco, le festival panafricain de Ouagadougou. C’était en 2003. « Je suis très peu sollicité par le Burkina, se désole-t-il, c’est difficile d’être sacré roi chez soi. »

Cela ne l’empêche pas d’enchaîner les réalisations avec « La Famille », le collectif qu’il a créé avec son frère Cédric, acteur lui aussi. Entre 2005 et 2007, ils ont mis en image une vingtaine de sketches humoristiques, qu’ils projettent toutes les semaines au Café culturel de Saint-Denis. Lequel a malheureusement été contraint de fermer ses portes, au mois de mai dernier, pour raisons économiques.

Il n’empêche : c’est là que Jacky Ido s’est forgé sa troisième identité : John Pucc’Chocolat, le slameur. Avec Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, un ami de longue date dont il a réalisé le clip Midi 20, il a fondé en 2004 Slam’Aleikoum, l’une des plus importantes scènes slam de France, où se produisent amateurs et professionnels.

Il est parfois critiqué pour cet éclectisme, que certains assimilent à de la dispersion. Il s’en amuse : « Mes trois disciplines sont imbriquées. Quand je ne réalise pas, je joue, quand je ne joue pas, je slame. L’un nourrit l’autre, c’est le principe des vases communicants. »

Entre le jeu d’acteur, la réalisation et le slam, il y a un lien qui cimente le tout : l’écriture, cette passion d’enfance. « Je me considère comme un raconteur d’histoires qui, pour ce faire, utilise plusieurs outils. »

Un engagement politique quelconque, chez Jacky Ido ? Mieux vaut ne pas lui en parler. Dans le meilleur des cas, il utilise la création artistique pour promouvoir l’idée d’« addition », de préférence à celle d’« intégration », des minorités d’origines africaine.

Le Burkina ? Il reste le pays de son cœur, celui où est enterré son père et où se trouve sa grande famille : « Le Pays des hommes intègres, je prends ce qualificatif très au sérieux. Partout où je vais, je fais en sorte qu’on le respecte. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Sur le même sujet
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Burkina Faso

Éthiopie : Hiroute Guebre Sellassie, une diplomate tout-terrain pour le Sahel

Éthiopie : Hiroute Guebre Sellassie, une diplomate tout-terrain pour le Sahel

De Nouakchott à Niamey, le nouvel envoyé spécial de l'ONU se démène pour mobiliser chefs d'État et partenaires internationaux. Son nom ? Hiroute Guebre Sellassie.[...]

Au Burkina, les étudiants font de la résistance contre Blaise Compaoré

Pour beaucoup d'étudiants, pas question de laisser Blaise Compaoré briguer un cinquième mandat en 2015. Reportage sur le campus de Ouagadougou, potentielle bombe à retardement.[...]

Afrique subsaharienne : ces étonnants banquiers qui aiment le risque

D'un bout à l'autre du continent, des banques rivalisent d'ingéniosité pour offrir aux Africains des services financiers adaptés à leurs besoins.[...]

Burkina Faso : manifestation d'ampleur contre un potentiel référendum

Des dizaines de milliers de personnes ont marché samedi matin à Ouagadougou, renforçant l'opposition burkinabè dans son combat contre un éventuel référendum constitutionnel, qui[...]

Newton Ahmed Barry, journaliste burkinabè : "Je crains pour ma vie"

Les tensions politiques au Burkina Faso se traduisent par une insécurité de plus en plus grande pour les journalistes. Newton Ahmed Barry, le rédacteur en chef du bimensuel[...]

Douze chefs d'État africains avec Hollande aux cérémonies du débarquement en Provence

François Hollande accueille ce vendredi 13 chefs d'État, dont douze africains, à bord du Charles-de-Gaulle pour les commémorations du 70e anniversaire du Débarquement de Provence avec en point[...]

Vol AH 5017 : l'enregistrement des conversations des pilotes est "inexploitable" pour le moment

Le Bureau français d'enquêtes et d'analyses (BEA) a livré les premières informations sur les circonstances du crash du vol AH5017. Selon son directeur, l'avion d'Air Algérie ne s'est probablement[...]

Vol AH 5017 : un premier scénario du crash attendu dans la journée

Deux semaines après le crash du vol AH 5017 d'Air Algérie au Mali, les premiers éléments sur les circonstances de l'accident doivent être révélés jeudi par les[...]

CAN 2015 : les groupes et le calendrier des éliminatoires

Alors que les matchs retour du dernier tour préliminaire se sont achevés dimanche 3 août, on connaît désormais les groupes des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations 2015, dont la[...]

Sommet États-Unis - Afrique : demandez le programme et suivez le guide !

Le premier sommet États-Unis - Afrique s'ouvre ce lundi à Washington. Durant trois jours, Barack Obama et près de cinquante chefs d'État et de gouvernement du continent évoqueront leur[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex