Issa Tchiroma Bakari nous a rendu visite au 57 bis rue d'Auteuil
© F-KLEMCZYNSKI/FEDEPHOTO POUR J.A.
Le ministre camerounais de la Communication travaille l’image de son pays. Il était cet été en France avec le chef de l’État.
Parmi les officiels en costume sombre, sa silhouette filiforme et sa barbe hirsute détonnaient. Membre de la délégation du président camerounais Paul Biya en visite officielle à Paris fin juillet, Issa Tchiroma Bakari, ministre camerounais de la Communication se distinguait également par sa décontraction. Entre deux sonneries de son portable tombé dans les replis de son superbe boubou d’un blanc immaculé, il avouait qu’il n’avait pas encore fait fabriquer de cartes de visite. « Je ne suis ministre de la Communication que depuis vingt-huit jours », se justifia-t-il alors. Sa visite au siège de Jeune Afrique était visiblement motivée par le souci d’améliorer l’image du Cameroun à l’étranger.
Le verbe haut et le sourire malicieux, ce Peul de 63 ans jubile encore du « succès » qu’a été selon lui, la visite officielle de Paul Biya en France fin juillet. « On nous avait dit que des compatriotes vivant en France nous accueilleraient avec des œufs pourris. Il n’en a rien été », se gargarise cet ingénieur mécanicien formé à l’Institut supérieur des matériaux et des constructions métalliques de Paris. Indiscutablement, l’ancien cadre de la défunte Régie nationale des chemins de fer du Cameroun aime encore les trains. Même si sa trajectoire politique est loin d’être aussi rectiligne que les voies du Transcamerounais.
À l’instar de nombreux cadres issus du Nord, Tchiroma est arrêté à la suite de la tentative de coup d’État du 6 avril 1984 et incarcéré pendant six ans, alors qu’il a toujours clamé son innocence. Amnistié en 1990, il participe à la création de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), un parti qui rejoint l’opposition radicale. Élu député en 1992, il siège quelques mois à l’Assemblée nationale, avant d’entrer au gouvernement contre l’avis de son parti, qui l’exclut de ses rangs. Après une longue traversée du désert entamée à la suite de son départ du gouvernement en 1996, il réapparaît en 2008 pour soutenir le projet de modification constitutionnelle, qui permet au chef de l’État de briguer un autre mandat en 2011.
Celui que certains ministres regardent encore avec condescendance se targue du parrainage de Martin Belinga Eboutou, directeur du cabinet civil et conseiller du « patron ». Envisagerait-il de disputer le leadership régional à Marafa Hamidou Yaya, puissant ministre d’État en charge de l’Administration territoriale et poids lourd issu, comme Tchiroma, de la notabilité peule de Garoua ? Les adversaires de l’autre « prince » de la province du Nord n’en espèrent pas moins.

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