Extension Factory Builder

Akere Muna : "Que nos gouvernements mettent en place des systèmes plus transparents"

28/09/2009 à 16h:26
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Akere Muna est notamment vice-président de Transparency International Akere Muna est notamment vice-président de Transparency International © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Avocat camerounais, président du Conseil économique, social et culturel de l’Union africaine, vice-président de Transparency International.

Jeune Afrique : La corruption en Afrique est-elle une fatalité ?

Akere Muna : Non, la corruption repose sur un système et c’est ce dernier qui est en cause. Au niveau économique d’abord, les transactions se font essentiellement en espèces. Or toute économie qui repose sur la circulation d’argent liquide facilite la corruption. Si on généralisait par exemple la carte de crédit pour les fonctionnaires en déplacement, les choses seraient plus claires. On verrait les montants dépensés, les jours de mission… C’est mieux que de se déplacer avec des valises de billets !

Sur le plan institutionnel, ensuite, les dirigeants politiques ont tendance à privilégier ceux qui leur permettent de rester en place au lieu de construire des écoles, des hôpitaux… Si le pouvoir émanait réellement du peuple, s’il était légitime et non pas seulement légal, cela changerait forcément les choses. Quand la démocratie commence à fonctionner, la corruption est en recul : regardez le Ghana, le Botswana… Autre idée importante, dans bon nombre de pays, les gens corrompus doivent souvent, un jour, en répondre devant la justice. Chez nous, ils sont protégés car ils financent le système. 

Difficile dans ces conditions de changer le système…

Une lutte efficace contre la corruption doit s’appuyer sur une coalition entre le secteur privé, la société civile et, dans une moindre mesure, l’État. Car compter sur les dirigeants politiques, c’est comme demander au poisson de voter les budgets pour l’hameçon ! 

Et si la corruption était un facteur de croissance économique ? C’est une thèse défendue à propos de la Chine.

Non, car ce sont les pauvres qui souffrent de la corruption. En Afrique, les plus démunis dépendent de la santé, de l’éducation… C’est même une question de survie. Or celui qui ne paie pas la douane ou ses impôts ne finance pas les routes, les écoles ou les hôpitaux. Plus grave – contrairement, par exemple, à l’Indonésie, où les généraux corrompus ont investi dans leur pays –, en Afrique, l’argent s’évapore et part à l’étranger. 

Dans les pays du Nord, qui ont donc une responsabilité…

Je suis toujours offusqué lorsqu’on met en accusation un Africain sans parler des banques qui accueillent l’argent. Si quelqu’un dépose des millions de dollars, on sait très bien que ce n’est pas son salaire ! La banque se trouve alors en situation de recel. En droit, un voleur et un receleur sont condamnés au même titre. On devrait donc exercer la même pression sur les établissements financiers du Nord que sur les pays supposément corrompus. Par ailleurs, pourquoi l’argent suspect n’est pas placé sur des comptes sous séquestre lorsqu’il y a une enquête ? Les dossiers d’instruction se baladent dans les tribunaux, les banques conservent cet argent et touchent les intérêts ! Ce fut le cas durant la procédure de restitution des fonds de la famille Abacha au Nigeria. Et pour l’affaire des « biens mal acquis » en France, qui sont par exemple les agents immobiliers qui ont servi d’intermédiaires ? 

Dans ces conditions peut-on croire aux pressions internationales ?

Je suis contre les pressions lorsqu’il s’agit de conditionner voire de suspendre l’aide, car ce sont les populations qui en pâtissent. Cela étant dit, il faut bien sûr exercer des pressions sur nos gouvernants pour qu’ils mettent en place des systèmes plus transparents. Mais à condition que ce travail soit aussi fait au Nord. Le trafic d’armes, par exemple : qui fabrique, qui vend ? Comment se fait-il que ce soit dans les pays riches en matières premières qu’il y a le plus de corruption ? Sur ces questions, les Africains sont souvent sur le banc des accusés, car il est plus facile de juger les faibles.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Continental

Notre histoire de l'Afrique

Notre histoire de l'Afrique

Publié aux Éditions de La Martinière, un album revient sur l'aventure de votre hebdomadaire depuis sa création en 1960 par Béchir Ben Yahmed jusqu'à aujourd'hui.[...]

Grands Lacs : la paix est à portée de main

Ban Ki-moon est le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies ; Jim Yong Kim est le président du Groupe de la Banque mondiale.[...]

Top chefs : cuisiniers hors pair pour présidents africains

D'eux, on sait peu de chose. La discrétion fait partie du contrat... Question de sécurité. Leur rôle, pourtant, est essentiel. Rencontre avec ces cuisiniers hors pair qui s'activent[...]

Pour sa première tournée africaine, Obama choisit le Sénégal, l'Afrique du Sud et la Tanzanie

La Maison Blanche a annoncé dans un communiqué, lundi 20 mai, que le président Barack Obama se rendrait du 26 juin au 3 juillet au Sénégal, en Afrique du Sud et en Tanzanie. Une première[...]

Cybercriminalité : l'Afrique face à une menace grandissante

L’Égypte, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie ou encore l'Algérie figurent parmi les pays africains les plus vulnérables à la cybercriminalité. Les principales victimes en sont[...]

Quiz : êtes-vous vraiment à jour sur l'actualité africaine ?

Sahara occidental, présidentielle malgache, Festival de Cannes, manifestations en Côte d'Ivoire... l’actualité de la semaine passée a été riche. Testez vos connaissance en[...]

Racisme : "Be my slave", la mode au centre d'une nouvelle polémique sur l'esclavage

Après la dernière controverse autour de la gamme "style esclave" de la marque Mango, une nouvelle polémique secoue le milieu de la mode. Cette fois-ci, c’est un shooting baptisé "Be[...]

Aide : deux milliards d'euros pour reconstruire le Mali

Une dizaine de chefs d’État et les grandes institutions internationales se rassemblent, mercredi 15 mai, à Bruxelles pour une conférence intitulée "Ensemble pour le renouveau du Mali".[...]

IIe guerre mondiale : le sang des Africains (1ère partie)

Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l'histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l'université[...]

L'OCI appelle ses membres à aider "généreusement" le Mali

L'Organisation de la coopération islamique (OCI) appelle ses membres à contribuer "généreusement" à la conférence des donateurs sur le Mali, prévue ce mercredi 14 mai[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers