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Le mystère Caster Semenya

28/09/2009 à 15:46
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La jeune athlète sud-africaine dansant chez elle, à Polokwane, le 28 août La jeune athlète sud-africaine dansant chez elle, à Polokwane, le 28 août © Reuters

Championne du monde du 800 mètres

Enfant, Caster Semenya ne portait pas de robe, aimait le football et la bagarre. En anglais, on appelle ce genre de petite fille tomboy (« garçon manqué »). Son père, après la naissance de ses trois sœurs, aurait aimé avoir un fils. Quand Caster est née, il y a un peu plus de dix-huit ans, il s’est résigné : son dernier enfant était une fille. Il n’en a jamais douté, son épouse non plus, même si la petite devenue adolescente n’avait toujours pas de poitrine et développait une bien grosse voix. « Au téléphone, on la prend souvent pour un homme », reconnaît son papa. À la Fédération sud-africaine d’athlétisme (ASA), en tout cas, on l’a prise pour ce qu’elle était officiellement : une fille. Jusqu’à cette course du 19 août, à Berlin.

Caster est alignée au départ de la finale du 800 mètres. Sa musculature, son visage carré soulèvent quelques stupides railleries. Et quelques sérieuses interrogations. Concentration. Silence. Départ. Une minute, 55 secondes et 45 centièmes plus tard, Caster est championne du monde et devient la fierté de l’Afrique du Sud. Gâchant un peu la fête, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) décide de vérifier la « féminité » de la championne. Une fuite dans un journal australien, qui révèle qu’il y a effectivement un problème, et l’affaire devient le scandale sportif de l’année. Mais quel scandale, au fond ? L’IAAF pratique souvent ce genre de contrôle. En 1996, aux Jeux olympiques d’Atlanta, huit athlètes ont vu leur féminité contestée en laboratoire, elles ont pourtant toutes pris le départ. Mais le cas Semenya, c’est autre chose. C’est un mélange de mensonge et de mauvaise foi, ajouté à une dose de voyeurisme.

 

Le premier « coupable » est peut-être le journal australien, qui, négligeant l’aspect intime de ces tests, lançait à la face du monde, mais surtout de Caster, un mot qu’elle n’avait peut-être jamais entendu : hermaphrodite. Terme d’ailleurs qui ne convient pas, puisqu’il désigne quelqu’un qui a des testicules et des ovaires développés, ce qui n’est pas son cas. Les informations, parcellaires – les résultats ne seront connus qu’en novembre –, laissent entendre que Caster a un taux de testostérone anormal, une hormone masculine influant sur la musculature et la pilosité. Elle n’aurait pas non plus d’utérus.

Peu importe, finalement. Caster n’est pas « comme les autres ». Qu’elle soit autorisée ou non à participer à des compétitions féminines n’est pas une décision qui sera prise dans la presse ou au comptoir du café du commerce. Elle relève uniquement des autorités sportives internationales.

Il y a eu dérapage. Et le premier responsable n’est pas la presse mais les dirigeants sud-africains, politiques et sportifs. Il y a d’abord cette propension sud-africaine à voir partout des « complots racistes ». Une fois le mot lancé, impossible d’argumenter. La Ligue des jeunes du Congrès national africain (ANC) a aussi dénoncé le sexisme de l’IAAF… et a prévenu qu’elle n’accepterait jamais que leur championne soit dite hermaphrodite, car « pour l’Afrique du Sud comme pour toute personne saine d’esprit, une telle chose n’existe pas ». Le ministre des Sports a brandi la menace d’une « troisième guerre mondiale » si Caster venait à être exclue des compétitions internationales. Le chef de l’État lui-même, Jacob Zuma, s’est jeté dans la mêlée sans attendre aucun résultat ni prendre de recul. Et le retour de manivelle n’a pas tardé.

Alors que l’IAAF était traînée dans la boue pour avoir osé questionner la féminité de Caster, on apprenait que les dirigeants de l’athlétisme sud-africains savaient. Ils avaient même, avant Berlin, fait faire des tests en Afrique du Sud. Et les résultats n’étaient « pas bons »… Le médecin de la fédération, Harold Adams, avait conseillé à l’AFA de renoncer à aligner Caster à Berlin.

Depuis le début, le président de l’AFA, Leonard Chuene, a menti. Et a laissé les dirigeants de son pays s’engager imprudemment dans une polémique qui n’a qu’une conséquence : humilier un peu plus Caster Semenya, qui n’avait pas besoin d’une telle publicité. Que s’est-il passé ensuite ? Rien. Chuene, dont une grande partie de l’opinion réclamait la démission, a été confirmé à son poste le 24 septembre. Promptes à crier au racisme et au sexisme, les autorités sud-africaines semblent moins déterminées quand il s’agit de dénoncer l’incompétence.

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