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Youssef Daoudi

15/09/2009 à 12:27
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Youssef Daoudi Youssef Daoudi

Au Maroc, il fut longtemps illustrateur de presse sous le pseudonyme de Yoz. Depuis son installation en France, il se consacre – avec succès – à la bande dessinée.

Les jours où il n’avait pas classe, le petit Youssef Daoudi passait volontiers ses après-midi à dessiner dans l’appartement de ses parents à Rabat, près du quartier des Orangers. Femme au foyer, sa mère était elle-même férue de travaux manuels. Quand le jeune garçon lui montrait ses dessins, elle lui faisait admirer ses tricots et ses broderies. « Je ne me souviens pas d’avoir commencé à dessiner, raconte-t-il. Pour moi, c’est aussi naturel que de boire ou de manger. »

 

À 40 ans, il retrouve des Mines d’enfant en brandissant avec fierté le premier album de bande dessinée entièrement écrit et dessiné par ses soins. Le 6 mai dernier, il a sorti chez Glénat, l’éditeur de « Titeuf » (Zep) et du « Décalogue » (Frank Giroud), le premier tome de « Mayday ». Passionné d’aéronautique, il a imaginé l’histoire d’un pilote de l’aviation civile qui enquête sur des accidents d’avion. La BD est un polar, mais l’auteur n’a pas voulu verser dans les clichés habituels. S’il a choisi le milieu de l’aviation civile, c’est pour être plus proche de ce que connaît le lecteur. « Je ne voulais pas d’un héros qui soit un pilote d’avion de chasse roulant des mécaniques », explique-t-il.

Malgré sa passion précoce pour le dessin, il a attendu d’avoir 34 ans pour se lancer dans l’aventure et en faire son métier. En 2004, après un brillant parcours dans la publicité, il décide de renoncer à un salaire plus que confortable et d’embrasser pleinement une carrière artistique. En dépit de son apparente assurance, on devine, entre deux bouffées de cigarette, que Youssef Daoudi est un anxieux : « Je voyais le temps passer et je ne voulais surtout pas avoir de regrets. C’était le moment ou jamais de démontrer qu’il me restait encore un peu de fraîcheur. »

Avec plus d’une histoire dans son sac, il entreprend de démarcher les éditeurs. Un jour, il rencontre le scénariste Philippe Bonifay, auteur des célèbres albums Zoo et Messara. Son destin bascule. Malgré l’inexpérience de Daoudi, Bonifay lui propose d’adapter la « Trilogie noire » de l’écrivain français Léo Malet, créateur de Nestor Burma. « Je crois qu’il a vu à quel point j’étais déterminé », commente Daoudi. Après quelques essais, Casterman accepte de signer un contrat pour trois albums. Tous – le dernier a été édité en 2007 – ont reçu un excellent accueil de la critique. « À partir de là, je n’ai plus eu envie de faire autre chose. »

Ce qui frappe lorsqu’on rencontre Youssef Daoudi, ce sont les zigzags de son parcours. Après des études au lycée Moulay-Youssef, à Rabat, il part en Union soviétique pour y étudier le cinéma. « Manque de chance, le régime s’est écroulé quelques mois après mon arrivée. Je suis rentré au Maroc sans avoir terminé mon cycle », raconte-t-il. De retour au Maroc, il s’inscrit en faculté de droit, puis fait un stage dans une petite maison d’édition. « Je me suis toujours passionné pour beaucoup de choses, mais, bizarrement, je n’ai jamais songé à étudier le dessin ou à faire les Beaux-Arts. »

En 1995, il est recruté par une agence de publicité. Le travail lui correspond parfaitement. Il peut à la fois s’adonner au dessin avec les story-boards, au cinéma avec les tournages de spots et à l’écriture scénaristique. Neuf mois plus tard, il est nommé directeur artistique de la célèbre agence Publicis, à Casablanca.

C’est cette même année qu’un ami de fac, Ahmed R. Benchemsi, aujourd’hui directeur de la rédaction du magazine TelQuel, lui propose de collaborer à l’hebdomadaire La Vie économique. Une démarche originale dans un pays où les médias commencent à peine à se libérer. Et où le dessin de presse est loin d’être entré dans les mœurs. Sous le pseudonyme de Yoz, Youssef Daoudi s’engage avec passion dans cette double vie, qu’en homme discret il choisit de garder secrète. « Nous avions opté pour une vision assez anglo-saxonne du dessin de presse, se souvient-il. Il s’agissait moins de caricaturer que d’illustrer un propos. »

Fort de cette expérience, il travaille aussi pour TelQuel, puis pour Femmes du Maroc. Une véritable gageure : « J’ai vraiment essayé de trouver un style qui parle aux ­femmes. » Daoudi ne garde de cette époque que des souvenirs heureux. « J’aime le monde de la presse, l’ambiance d’une rédaction, le stress du bouclage », raconte-t-il, un rien nostalgique.

Après un bref passage par la Tunisie, où il est envoyé par Publicis, il décide, en 2000, de s’installer en France, la patrie de son épouse. « C’est à ce moment-là que j’ai commencé à caresser l’idée de faire de la bande dessinée. Mon rêve d’enfance ne cessait de se rappeler à moi, j’y pensais tout le temps. Finalement, c’était mon horizon depuis le début. »

Ce métier, il ne voulait l’exercer qu’en France, qui est, avec la Belgique, l’un des plus gros marchés de la BD. Mais c’est surtout la patrie des auteurs de son enfance, ceux qu’il a admirés et dont il a dévoré les albums. Son univers, c’est celui de la BD réaliste des années 1970, qu’ont pu incarner des dessinateurs comme Jean Giraud/Moebius ou Christian Rossi. « Petit déjà, j’étais un fan absolu, mais il n’était pas facile de trouver des bandes dessinées au Maroc. Mes parents m’en offraient pour les grandes occasions, mais c’est l’Institut culturel français qui m’a permis d’assouvir ma soif de lecture. »

 

S’il n’a jamais envisagé de faire carrière au Maroc, c’est parce que les conditions n’y sont pas réunies. « Le dessin et la lecture n’y sont pas assez valorisés. Il y a peu, je me suis rendu dans une grande librairie de Rabat. Sur les présentoirs, les albums n’avaient pas changé depuis les années 1980 ! »

Il a quand même rencontré quelques jeunes Marocains désireux de se lancer et a entendu parler de petits festivals organisés par des écoles d’art, notamment à Tanger et à Tétouan. « Si on me sollicitait, je soutiendrais avec plaisir toutes les initiatives en ce sens », jure-t-il. Il reste néanmoins persuadé que c’est à travers le goût du livre, notamment grâce aux professeurs, que pourront éclore des talents made in Maroc.

« Le dessin est la chose la plus naturelle qui soit. Tous les enfants dessinent. Mais pour ceux qui choisissent de continuer dans cette voie, il faut un encouragement fort. » La production cinématographique et télévi­suelle marocaine l’incite à l’optimisme. « Je crois que les Marocains commencent à se regarder en face. La BD aussi peut servir à ça. »

Youssef Daoudi s’est déjà attelé à l’écriture du ­deuxième album de Mayday, qui se déroulera dans le Nord-Kivu, en RD Congo. Situera-t-il, un jour, les aventures de son ­pilote au Maroc ? Pourquoi pas. En attendant, ce travailleur acharné garde son objectif en tête : continuer à vivre de sa passion. Il n’a rien d’un doux rêveur et sait combien il est difficile de percer sur un marché où plus de cinq mille nouveautés sortent chaque année…

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