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Benita Ferrero-Waldner, la "lionne souriante"

27/07/2009 à 12:30
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Benita Ferrero-Waldner au siège de 'Jeune Afrique', le 14 juillet Benita Ferrero-Waldner au siège de "Jeune Afrique", le 14 juillet © Bruno Levy/Jeune Afrique

Candidate au poste de directeur général de l’Unesco, la commissaire européenne chargée des Relations extérieures mène campagne sur les chapeaux de roue. En témoigne sa récente visite à Jeune Afrique.

Qui sera nommé directeur général de l’Unesco, début octobre, en remplacement du Japonais Koïchiro Matsuura ? La campagne s’annonce chaude, mais l’Autrichienne Benita Ferrero-Waldner (60 ans), actuelle commissaire de l’Union européenne chargée des Relations extérieures et l’une des quatre femmes en lice pour le poste – sur un total de huit candidats –, en a vu d’autres au fil d’une carrière politique bien remplie. En avril 2004, par exemple, elle brigua en vain la présidence de son pays face au social-démocrate Heinz Fischer…

Son talon d’Achille ? Membre du Parti du peuple autrichien (ÖVP), elle fut, en 2000, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement formé par le chancelier Wolfgang Schüssel avec le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) du leader d’extrême droite Jörg Haider, décédé en octobre 2008. « Même si Haider n’était pas un extrémiste, mais un populiste, j’étais hostile à son entrée au gouvernement », s’est-elle justifiée lors de sa visite à Jeune Afrique, le 14 juillet. Simplement, il lui était apparu impossible d’engager les réformes dont l’Autriche avait le plus urgent besoin dans le cadre de l’alliance entre conservateurs et sociaux-démocrates qui dirigeait précédemment le pays.

Ces réformes étaient évidemment libérales. Pour ne pas dire de droite. Une étiquette que Benita Ferrero-Waldner ne récuse pas, même si elle lui préfère celle de chrétienne-démocrate. En tout cas, elle ne cache pas son admiration pour le président français, Nicolas Sarkozy, un vrai « leader » dont elle vante le travail à la tête de l’UE, en 2008, et en compagnie duquel elle s’illustra dans l’affaire des infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus en Libye. C’est elle qui eut avec Mouammar Kadhafi le premier entretien qui contribua à débloquer la situation et déboucha, après deux ans et demi d’âpres pourparlers, sur la libération des prisonniers, en juillet 2007. 

Polyglotte

Dans la course à la direction de l’Unesco, la candidate autrichienne ne manque pas d’atouts. Elle parle l’allemand, bien sûr, mais aussi l’anglais, l’italien, l’espagnol et le français. La maîtrise de la dernière de ces langues, essentielle pour qui ambitionne de diriger une organisation internationale dont le siège est à Paris, est parfaite. Sa longue carrière diplomatique l’a, il est vrai, amenée à résider six ans durant (1987-1993) dans la capitale française, comme conseillère pour les affaires économiques, puis comme première conseillère à l’ambassade d’Autriche. Sans compter les quelques mois passés au Sénégal, en 1986, comme première secrétaire d’ambassade.

Décrite comme une grosse travailleuse, elle affiche une affabilité à toute épreuve. Après l’arrivée au gouvernement du parti de Jörg Haider, en 2000, son pays avait dû affronter l’hostilité de ses partenaires européens, qui avaient décrété une série de mesures qualifiées de « sanctions » par les Autrichiens. Lors de ses délicates rencontres avec ses collègues européens, Benita Ferrero-Waldner s’est battue pied à pied, mais sans jamais se départir de son sourire. Épatés, ses compatriotes l’ont surnommée la « lionne souriante ».

Elle balaie d’un revers de main tout soupçon d’islamophobie, jure avoir toujours œuvré au dialogue entre les religions et se targue de nombreuses initiatives comme la Conférence des imams européens organisée en Autriche en 2006.

Si elle a fait ses preuves dans la diplomatie, quelle légitimité a-t-elle dans le domaine de la culture ? La diplomate rappelle qu’elle a vu le jour en 1948 à Salzbourg, la ville de Mozart, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Et qu’elle est mariée au philosophe et écrivain espagnol Francisco Ferrero Campos, directeur de l’Institut Cervantès de Bruxelles.

Son programme pour l’Unesco n’a rien de très original. Elle insiste sur l’éducation, base de tout développement, et sur la place que les femmes doivent y jouer. Elle se félicite de la Convention sur la diversité culturelle adoptée par l’organisation en 2005. « Encore faut-il la mettre en pratique », dit-elle.

Consciente des problèmes financiers de l’Unesco, qui seront d’autant plus aigus que la contribution du Japon devrait être revue à la baisse après le départ de Matsuura, elle compte mettre à profit son réseau de relations dans le monde de la politique, des affaires, des arts et des sciences. Avec elle, assure-t-elle, les méthodes de travail devraient changer. Elle renforcera les délégations de terrain et, critique à peine voilée du système actuel, s’appuiera sur des gens compétents et motivés. À l’appui de ses promesses, elle met en avant ses compétences en matière d’administration et de gestion. Ne dirige-t-elle pas aujourd’hui un service de plus de six mille personnes doté d’un budget de 4,5 milliards d’euros consacré à l’aide extérieure ?

En attendant, en diplomate chevronnée, elle se garde bien de se prononcer sur ses concurrents. S’agissant de Farouk Hosni, le très controversé ministre égyptien des Affaires étrangères, dont les virulents propos anti-Israéliens ont semé le trouble, elle ne dira rien, même si on sent qu’elle n’en pense pas moins.

Que pense-t-elle de la protestation adressée au directeur général contre sa participation, le 5 juillet, à la conférence mondiale de l’Unesco sur l’enseignement supérieur (voir J.A. n° 2531) ? Elle s’en étonne. Ján Figel’, le commissaire européen à la Culture, ne pouvant se déplacer, il est de règle dans un tel cas qu’un commissaire en remplace un autre. D’autant que, de par ses attributions, en particulier la gestion des bourses Erasmus, elle avait une part de responsabilité dans le dossier.

Curieusement, sa candidature est soutenue, outre son pays, par la Colombie. En reconnaissance des programmes économiques et sociaux, notamment en faveur de la réintégration d’anciens rebelles, qu’elle y a menés au nom de l’UE, explique-t-elle. 

Solidarité arabe ?

À Syrte, lors du dernier sommet de l’Union africaine (du 1er au 3 juillet), elle a rencontré de nombreux dirigeants subsahariens et maghrébins. Ceux-ci invoquent la « solidarité arabe », mais, glisse-t-elle, sa propre notoriété dans la région est réelle. Le vote de septembre étant secret, les Égyptiens peuvent toujours clamer qu’ils ont le soutien de la France, on verra le moment venu.

En dehors de Hosni, l’un de ses principaux rivaux est l’Équatorienne d’origine libanaise Ivonne Leila Juez de Abdel-Baki, présidente du Parlement andin. Ambassadrice à Washington de 1999 à 2002, cette dernière y a noué des relations étroites avec Hillary Clinton, laquelle pourrait, dit-on, lui apporter l’appui des États-Unis. Ce n’est pas tout à fait vrai, corrige la candidate autrichienne, la secrétaire d’État soutient les quatre candidatures féminines.

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’après un Espagnol (Federico Mayor, 1987-1999) et un Japonais (Koïchiro Matsuura, depuis 1999), il serait juste que la direction de l’organisation internationale revienne à un ressortissant d’un pays du Tiers Monde, elle objecte que l’important n’est pas l’origine du prochain directeur mais les décisions qu’il prendra au service de tous.

Si elle est reçue à l’examen de passage devant le conseil exécutif de l’Unesco, en septembre, elle sera la première femme à occuper ce poste. Elle s’amuse à rappeler qu’en 1994 elle avait été la première femme chef du protocole d’un secrétaire général de l’ONU, un certain Boutros Boutros-Ghali. La preuve que Benita Ferrero-Waldner n’a aucun problème avec les Égyptiens !

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