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Ely Ould Mohamed Vall : « Le 6 août est un coup d'Etat de trop »

06/07/2009 à 17:03
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Ely Ould Mohamed Vall dans sa villa de Nouakchott, le 24 juin Ely Ould Mohamed Vall dans sa villa de Nouakchott, le 24 juin © Patrick Flouriot/Jeune Afrique

Deux ans après avoir rendu le pouvoir aux civils, l’ex-président de la transition est sorti de sa réserve en annonçant sa candidature au scrutin présidentiel du 18 juillet. Il affrontera, entre autres adversaires, son cousin et ancien compagnon d’armes, le général Mohamed Ould Abdelaziz. Entretien.

Propos recueillis à Nouakchott par Marianne Meunier

L’horizon d’Ely Ould Mohamed Vall, c’était la présidentielle de 2012. Sa stratégie était d’ailleurs prête : cultiver les réseaux à l’extérieur, ne pas se faire oublier à l’intérieur (sans agacer), suivre des cours de « media training » (technique de prise de parole en public ou devant les médias). Mais la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le 6 août 2008, a précipité les choses. Sans jamais le reconnaître, le tombeur de Maaouiya Ould Taya (au pouvoir de 1984 à 2005) s’imaginait bien revenir par les urnes après avoir rendu le pouvoir aux civils (en mars 2007) au lendemain d’un « coup d’État salutaire » (le 3 août 2005). Bref, suivre l’exemple du Malien Amadou Toumani Touré.

Le 4 juin, pro- et anti-putsch signaient « l’accord de Dakar » et s’entendaient miraculeusement pour la tenue d’une présidentielle ouverte et transparente. Deux jours plus tard, l’ancien colonel était le premier à annoncer sa candidature, confirmant ce que tout le monde savait : « Ely » attendait le moment opportun pour sortir du bois après s’être tenu à l’écart pendant toute la crise qui a suivi le coup d’État du général Ould Abdelaziz.

Ce dernier est son cousin germain. Les deux hommes étaient compagnons d’armes sous Maaouiya Ould Taya – Ely à la direction des renseignements, « Aziz » à la tête de la sécurité présidentielle –, avant de s’associer pour le renverser. Le 18 juillet, au premier tour, Aziz sera le principal adversaire de l’ex-président de la transition. « Tous deux pêchent dans la même mare », résume un proche de Vall. La partie entre cousins ennemis sera très serrée. D’autant qu’ils devront se mesurer à d’autres poids lourds, comme Messaoud Ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale, et Ahmed Ould Daddah, opposant historique aux régimes militaires.

 

Jeune Afrique : Pourquoi, pendant près d’un an, ne vous êtes-vous jamais exprimé publiquement ? En tant qu’ancien chef de l’État, vous auriez pu jouer un rôle dans la crise.

Ely Ould Mohamed Vall : Tous les jours, partout, à tous, j’ai dit que j’étais opposé au coup d’État. Mais je n’ai pas voulu m’exprimer dans les médias pour une raison simple. Dès le 6 août, le pays a été pris en étau entre deux positions extrêmes : celle de la communauté internationale et d’une partie de la classe politique, favorables à un retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et celle des partisans du général Ould Abdelaziz, hostiles à tout compromis. Même si je suis pour la légalité, le réalisme me dictait d’affronter la crise autrement. Les exigences des anti-putsch étaient maximalistes et ne pouvaient être productives. Je ne pouvais pas défendre le retour à la case départ tout en étant persuadé que c’était impossible. Il fallait travailler pour une solution réaliste, celle d’une élection présidentielle dans des conditions acceptables pour tous. 

Les « anti-putsch » ont vite partagé votre « réalisme ». Pourquoi ne pas les avoir rejoints ?

Je partage beaucoup de leurs analyses. Mais je suis ce que je suis et ils sont ce qu’ils sont. 

Vous auriez pu mettre votre poids politique au service de leur combat.

Mon poids, je l’ai mis dans la balance dès le début. À l’intérieur et à l’extérieur. J’ai été partout, à l’Élysée, à la Commission européenne, j’ai rencontré plusieurs chefs d’État africains, toutes les organisations internationales. 

Vous leur avez demandé de faire pression sur le général Ould Abdelaziz ?

Non, je n’ai demandé de faire pression sur personne. J’ai expliqué quelle était la base des négociations pour une solution raisonnable : faire échouer le coup d’État en permettant aux Mauritaniens de voter dans des conditions institutionnelles. 

Rester hors de la mêlée, n’était-ce pas aussi le moyen de préparer au mieux votre candidature ?

Mon attitude a été réfléchie en fonction de l’intérêt de la Mauritanie. Ce n’est pas un calcul personnel. 

Êtes-vous favorable aux sanctions, souvent agitées par l’Union africaine [UA], pour faire plier le général Ould Abdelaziz ?

Je suis opposé à leur usage exclusif. Mais à partir du moment où la communauté internationale fait tout pour trouver une solution et que le pays va de toute façon vers une situation pire que celle des sanctions, elles deviennent incontournables. 

Partagez-vous cette analyse, répandue ici, selon laquelle la France a condamné le coup d’État tout en favorisant le général Ould Abdelaziz ?

Je n’ai pas une réelle idée de la position de la France. Au début, elle était très nette, c’était « on n’acceptera jamais ce coup d’État ». Après, je n’ai plus eu une grande lisibilité. J’entends ce qui se dit officiellement et ce qui se dit parallèlement, et je n’ai pas d’informations particulières. 

Pourquoi Sidi Ould Cheikh Abdallahi a-t-il été renversé ?

Le 6 août 2008, c’est un coup d’État de trop. Il n’était pas nécessaire car, avec la transition, le pays a été mis dans une situation où tout problème pouvait être résolu par les institutions. Mais la crise entre les parlementaires et la présidence qui a conduit au 6 août a été trop personnalisée. Elle ne pouvait finir qu’ainsi. 

Candidat du Conseil militaire pour la justice et la démocratie [CMJD, la junte au pouvoir pendant la transition], Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne manquait-il pas aussi de légitimité ?

Je ne sais pas à quoi vous faites référence. Il faut bien comprendre qu’il n’y a jamais eu de candidat du CMJD. Il s’était engagé à la neutralité, et il l’a respectée. Ni l’autorité ni les moyens de l’État n’ont été utilisés au profit d’un candidat. Personne ne peut le contester. 

Sans truquer les urnes ou utiliser l’argent public, on peut utiliser son influence en faveur d’un candidat…

Que tel ou tel membre du CMJD ait supporté tel ou tel candidat, ce ne sont que des actes individuels qui n’engagent en aucun cas le CMJD. 

Au fond, le 6 août 2008 ne signifie-t-il pas l’échec de la transition que vous avez conduite ?

Il faut juger la transition à l’aune de ses résultats. Sur ce point-là, la question est tranchée, il n’y a rien à redire. Elle a été évaluée sur les plans national et international. Mais les acteurs de la transition ne sont pas responsables de l’après-transition. 

Quelles sont vos relations avec Mohamed Ould Abdelaziz depuis le 6 août ?

Je ne l’ai jamais vu. 

Et entretenez-vous des relations avec des intermédiaires ?

À partir du 6 août, il y a eu une nouvelle situation politique dans le pays que je ne cautionnais pas, c’est tout. 

Que promettez-vous aux très nombreux Mauritaniens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ?

Avant de s’attaquer à la pauvreté, il faut mettre fin à la spirale de violence et d’instabilité qui paralyse le pays. Sans la stabilité, on ne peut rien. Cela suppose un système politique accepté par tous, qui fonctionne dans la légalité. Le droit et les lois organiques doivent être les arbitres des problèmes politiques. Imposer des décisions par la force ou toute autre méthode, c’est courir à la catastrophe. Nous avons besoin d’un État de droit. 

Vous leur demandez d’attendre encore. Mais leur patience est éprouvée. En quatre ans, ils auront connu deux coups d’État, une transition, deux élections présidentielles, une crise politique…

Créer les conditions de la lutte contre la pauvreté, qui doit être la priorité des priorités, ne prend pas longtemps si l’on se met au travail tout de suite. Ce qui fait perdre du temps, ce sont les querelles byzantines dans lesquelles la classe politique se fourvoie depuis deux ans. Pendant ce temps, l’État n’est pas géré et le pays est pratiquement laissé à l’abandon. 

Vous êtes un produit du système de Maaouiya Ould Taya, qui a régné pendant vingt et un ans avec des méthodes que vous dénoncez. Comment pouvez-vous donner un souffle nouveau au pays ?

Connaissez-vous un seul individu dans ce pays qui ne soit pas un homme du système Ould Taya ? Il n’y a pas eu de système Ould Taya, il y a eu un système politique qui a géré notre pays, avec Maaouiya Ould Taya à sa tête, c’est tout. Il ne concerne pas une personne en particulier, tous les Mauritaniens ont travaillé dans ce système à des degrés de responsabilité divers. Et travailler dans un système ne signifie pas qu’on en est artisan, partisan ou prisonnier intellectuellement. Sinon, je n’aurais pas procédé au changement d’août 2005, qui a été une rupture claire et nette. J’ai vu les problèmes que ce système a créés pour notre pays. 

Il était possible d’être dans l’opposition. C’était le cas de l’un de vos adversaires le 18 juillet, Ahmed Ould Daddah.

Ne me faites pas juger les personnes. 

Si vous êtes élu, rétablirez-vous les relations avec Israël, gelées par Mohamed Ould Abdelaziz ?

Il faut dépassionner cette question. Les relations avec un pays quel qu’il soit dépendent avant tout de l’intérêt de la Mauritanie. Le sujet sera étudié le moment venu. 

Aujourd’hui, de quoi vivez-vous ?

De ma retraite de chef d’État, qui est très officiellement connue. 

Possédez-vous des résidences en dehors de la Mauritanie ?

Je vous en fais cadeau. 

Donc vous en possédez ?

Si oui, je m’engage solennellement à en faire don à Jeune Afrique

Que ferez-vous en cas de défaite ?

Je respecterai la décision des Mauri­taniens, mais je pense que c’est peu probable.

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